PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT
Traitement. — L’affection étant susceptible de guérir spontanément, ne présentant aucune gravité et étant très facilement irritable, il convient de la traiter aussi modérément que possible. Il faut d’abord examiner avec soin l’état des voies digestives et traiter les troubles gastro-intestinaux quand ils existent. (Régime, traitement de la constipation, antisepsie gastro-intestinale, etc.) Si le sujet est nerveux, et s’il existe du prurit, on le traitera en conséquence. (Voir Traitement du prurit en général.)
On a conseillé les bains sulfureux, savonneux, les pommades au soufre, à l’ichthyol, à l’acide phénique, à l’huile de cade, au naphtol, au menthol, les lotions ou pommades aux préparations mercurielles, etc.
Nous préférons les traitements moins actifs et surveillés avec soin : Bains d’amidon ou alcalins faibles ; bains de son; lotions chaudes faiblement antiseptiques ; pommades à l’oxyde de zinc, à l’acide borique; pommade avec ;
Axonge fraîche.. 50 grammes.
Calomel à la vapeur. 2 —
Essence de menthe.. X gouttes.
Les saupoudrages avec des poudres inertes. Amidon, oxyde de zinc, talc, etc.
E. Besnier conseille le traitement suivant :
« Bains amidonnés, ou alcalinisés, ou au borate de soude, 25 à 50 grammes pour 200 litres d’eau, un ou deux bains par semaines, onctions à l’onguent de zinc salicylé, résorciné, boraté ou soufré, mais en débutant par des doses légères, de 1 à 2 0/0 en moyenne. Si l’éruption persiste et si la peau est tolérante, on emploie des préparations plus actives, telles que :
pityriasis versicolore
Bésorcine. Acide salicylique.
Baume du Pérou. ââ 1 à 2
Soufre précipité. làtO —
Lanoline et vaseline. ââ 30
« Ou bien : .
Slfne^/-;;. «grammes.
Vaseline ( .. SO —
« Les onctions se font le soir au coucher; le matin, lotion savonneuse tiède, puis saupoudrage à l’amidon. La peau doit être' couverte de linge fin et mise absolument à l’abri des vêtements de tricot, de laine ou de flanelle. »
L. Brocq recommande en outre le glycérolé d’amidon pur ou additionné d’un peu d’acide salicylique ou d’acide tartrique, la pommade à l’oxyde de zinc pure ou additionnée d’un centième ou d’un soixantième d’essence de menthe, toute la série des préparations calmantes si les téguments s’enflamment et s’il y a des démangeaisons.
En résumé, les traitements les moins irritants sont les meilleurs.
2" Pityriasis versicolore. — Le Pityriasis versicolore est une dermatomycose produite par le microsporon furfur d’Eichstedt et de Robin. Il est caractérisé par des taches plus ou moins étendues et très variables de coloration, d’où le nom de la maladie; tantôt lisses, brillantes, de niveau, tantôt plissées, mates, elles sont le plus souvent couleur café au lait, peau de chamois; mais on peut rencontrer tous les degrés dans cette teinte soit en excès, soit en défaut; c’est ainsi que dans quelques cas ces taches sont brunes, dans d’autres à peine teintées, quelquefois même rosées, simulant le Pityriasis rosé de Gibert. Ces taches peuvent être
PITYEIASIS VEESICOLOEE
petites, régulières, formant un pointillé élégant (Pityriasis ponctué), ou bien constituées par des petits éléments arrondis (Pityriasis en gouttes ou lenticulaire) ; le plus souvent elles sont irrégulières, à contours géographiques, et ont des dimensions qui varient depuis celle d’une pièce de 20 centimes jusqu’à celle de la main, parfois même elles sont plus étendues, occupant sur le tronc de larges surfaces avec quelques intervalles restreints de peau saine. Dans quelques cas très rares, le Pityriasis est circiné ou annulaire, à anneaux pâles au centre, bruns à la périphérie (Unna).
Quelques sujets n’ont que deux, trois ou quatre taches pityriasiques disséminées sur le thorax, d'autres en ont un nombre considérable, répandues sur tout le corps, les mains et les pieds exceptés. Le cou dans sa partie découverte, et la face dans sa moitié inférieure sont quelquefois mais très exceptionnellement atteints ; en résumé, les régions les plus atteintes sont, par ordre de fréquence, les suivantes : régions sternale, interscapulaire, cervicale, axillaire, l’épaule, le ventre, l’aine, le membre supérieur du côté de la flexion surtout, le membre inférieur enfin et très rarement la face.
Particularjté très importante au point de vue du diagnostic : quand on donne avec l’ongle un coup sec, rapide au niveau de la plaque, on détache une lamelle épidermique très nette qui, examinée au microscope, renferme en extrême abondance le microsporon; au dessous de cette lamelle ainsi enlevée, la peau est à peine irritée, quelquefois cependant rouge et légèrement saignante {signe- dn coup d’ongle ou du copeau).
Les troubles subjectifs sont peu accentués; le prurit, phénomène toujours très variable, est très modéré, quelquefois même nul. Dans d’autres cas, il est assez
PITYBIASIS VEESICOLORB
actif, et même chez les malades très nerveux il peut être vif, intolérable, et provoquer des lésions de grattage très développées.
Le P. versicolore a une marche et une durée variables; il évolue très lentement et, s’il n’est pas reconnu, peut durer indéfiniment, quinze, vingt ans et plus, bien que Kaposi déclare sa régression constante à un certain âge (?). Diagnostiqué, il est détruit très aisément mais récidivé avec une facilité extrême, même après une guérison complète.
Le pityriasis versicolore, affection parasitaire, est contagieux, mais sa contagiosité est beaucoup moins marquée que celle de toutes les autres dermatomycoses ; les cas de contagion avérée, les relations d’épidémie sont très rares. Dans tous les cas de P. versicolore, nous avons observé des troubles manifestes de la digestion gastro-intestinale et de la séborrhée qui, sans aucun doute, rendent le tégument beaucoup plus accessible à l’invasion du microsporon furfur, parasite presque banal et très répandu : s’il est plus fréquent chez les tuberculeux, c’est que ceux-ci ont en même temps des troubles gastro-intestinaux. Enfin on l’observe, de préférence chez les sujets qui portent un gilet de flanelle ou ne prennent pas des soins de propreté suffisants.
Thaitement. - Il n’est pas difficile de faire rapidement disparaître les taches de P. versicolore, mais elles récidivent très fréquemment : pour éviter ees récidives, il faut non seulement instituer un traitement externe actif et ordonner les mesures prophylactiques propres à toutes les dermatoses parasitaires (désinfection, passage à l’étuve, savonnage du linge de corps), mais encore prescrire un traitement interne
PITYEIASIS VERSICOLORE 173
destiné à combattre la dyspepsie gastro-intestinale. Nous ne nous étendrons pas ici sur les nombreux traitements des différentes variétés de dyspepsies. La constipation, qui est habituelle chez les sujets atteints de P. versicolore, devra être énergiquement traitée (purgatifs huileux fréquemment répétés et précédés de lavements simples ou huileux, podophylle, cascara sagrada, strychnine, belladone (Trousseau), hydrothérapie, massage de l’intestin, lavage de l’estomac, etc.). La constipation ayant disparu, on pratiquera pendant quelque temps l’antisepsie intestinale à l’aide du naphtol, du salol, du benzonaphtol, du bétol, etc.
Traitement externe. — Il consiste à produire une desquamation active des couches épidermiques superficielles qui sont le siège du parasite, ainsi que des cellules des infundibula pilaires, qui, ainsi que le font observer MM. Besnier et Doyon, sont également le refuge du microsporon furfur. Tous les agents de desquamation peuvent donc être utilisés et donnent de bons résultats si leur emploi est soigneusement surveillé et suffisamment prolongé.
.4vant d’employer l’agent de desquamation épidermique, il faut savonner à l’eau chaude toutes les régions envahies. Puis, quand les plaques ne sont pas trop étendues, on pratique des badigeonnages de teinture d’iode renouvelés tous les deux jours jusqu’à ce que la desquamation des couches superficielles de l’épiderme ait eu lieu. Généralement, huit à dix jours de traitement suffisent. Toutefois, il convient de n’employer la teinture d’iode qu’avec prudence chez les femmes susceptibles de se décolleter, car la teinture d’iode, dont la composition est assez variable, provoque parfois sur les peaux sensibles tantôt une irritation
PITYBIASIS VBESICOLOBE
vive, tantôt une coloration jaunâtre persistante, tantôt enfin une tuméfaction œdémateuse de la peau avec dilatation des orifices glandulaires, altération cutanée des plus disgracieuses et des plus tenaces rappelant tout à fait Taspect de la peau d’orange. Quand les plaques sont très étendues, ou quand la teinture d’iode ne peut être employée, on prescrira les divers traitements suivants (E. Besnier) :
1° Savonner très exactement à l’eau chaude toutes les parties malades, le matin au lever;
2» Le soir, au coucher, faire une friction de quelques minutes sur les surfaces malades avec la pommade suivante :
Résorcine et acide salicylique... ââ 4 à 3 grammes.
Soufre précipité.. S à dS —
Lanoline, vaseline, axonge. ââ 23
(L. Bhocq,) « Tous les soirs, avant de se coucher, ou tous les matins en se levant, on frictionne les points malades avec de l’eau chaude et du savon noir de cuisine ; on laisse la mousse sécher sur les téguments, puis on lave à grande eau. On prend de plus tous les jours ou tous les deux jours un bain sulfureux, et, dans le bain, on frictionne les parties malades avec du savon noir ou du savon au goudron, au naphtol, au soufre, à l’acide salicylique, du savon ponce ou un mélange de 250 grammes de pierre ponce pulvérisée pour 500 grammes de savon noir. Lorsque la peau est très irritée, on suspend le traitement pendant quelques jours, puis on le reprend si la guérison n’est pas parfaite. »
Les autres agents médicamenteux employés par les différents auteurs sont les suivants : les pommades mercurielles, au calomel, au précipité jaune, au turbith
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minéral au 1/20, à la résorcine, au naphtol, au soufre précipité, à l’anthrarobine, etc., etc.
Aux frictions faites avec ces pommades, il convient d’ajouter des lotions quotidiennes avec les médicaments suivants ; acide acétique dilué, hyposulfite de soude au huitième, acide sulfureux, acide lactique, thymol, sublimé à 1/200 (Ddhring), teinture de veratrum vert (Dohring), ou blanc (Lilienfbld), résorcine, etc.
L’oléate de cuivre a été particulièrement conseillé par les dermatologistes américains (J. Shoemaker, Le Sieur Weir). Nous l’avons également essayé dans plusieurs cas, et il nous a donné de bons résultats. Il n’irrite pas la peau, et il a suffi en moyenne de six applications d’oléate de cuivre dissous dans l’étber pour guérir des P. versicolores étendus ; mais ce mode de ti-aitement présente un double inconvénient : l’oléate de cuivre a une odeur désagréable et colore la peau en vert d’une façon très intense et assez tenace : enfin il est assez difficile de s’en procurer de bonne qualité.
Plus récemment encore, on a conseillé la losophane (voir ce mot) (E. Saalfeld) soit en solution, soit en pommade.
Solution avec :
1 à s grammes.
Losophane.
Lanoline......
Vaseline.
3“ Pityriasis rubra pilaire ou folliculaire (E. Besnieh)- — Pityriasis pilaris (Devehgie et Richaud). — Lichen
1 à 2 grammes.
Alcool..
Eau distillée..
Pommade avec :
PITYEIASIS RUBEA PILAIRE
ruber de la plupart des dermatologistes américains. — C est une affection très distincte du pityriasis rubra vrai, voisine du psoriasis, mais parfaitement individualisée. Elle est généralement mal connue des médecins praticiens en raison de sa rareté, et aussi et surtout des aspects très variés que prennent les caractères objectifs suivant la période d’évolution ou la localisation de l’affection qui peut simuler le psoriasis d’abord, ainsi que l’eczéma, l’ichthyose ansérine, le lichen pilaire! la xérodermie ou kératose pilaire simple, le lichen ruber, etc., etc.
Le pityriasis rubra pilaire ou folliculaire, dans ses cas typiques, présente des caractères cliniques nettement tranchés, dont les trois plus importants sont les suivants :
1“ Des petites saillies papuleuses, desquamatives coniques, acuminées {cônes cornés, cônes épidermiques circumpilaires, papules cornées, etc.), blanc grisâtre, plâtreuses, mates, ternes au début, quelquefois, plus tard, rouge pâle, rouge brun, brillantes, et redevenant opaques par le grattage, tantôt très petites et visibles à la loupe seule,, tan tôt saillantes et ayant la grosseur d’une tête d’épingle ou d’un grain de millet; leur sommet est parfois plein, le plus souvent conique, tronqué, donnant issue à un poil atrophié cassé à une très faible distance de la surface, donnant à la région malade l’aspect d’une barbe mal. rasée (comédon pilaire), engainé ou non de lamelles cornées, enrou-
i. Consulter les divers travaux do M. le Dr Ji Besnier sur le pityriasis rubra pilaire, dans Annales de dermatoloqie et de syphiligvaphie 2» série, 1889, et dans la deuxième édition de la traduction des Leçons de Kaposi, 1891, t Dr, paees S8S et suivantes. °
PITYEIASIS RUERA PILAIRE 177
lées, sébacées, qui pénètrent plus ou moins dans le follicule jusqu’à l’abouchement des orifices sébacés et forment une bague autour de la tige. Ces éléments caractéristiques, discrets au début, deviennent cohérents, confluents; la peau des régions envahies est alors sèche, dure, rugueuse, râpeuse, xérodermique (peau de volaille fraîchement plumée, peau d’ichthyose pilaire, etc.).
Leur disposition sur la surface cutanée est variable. Généralement symétriques, ils peuvent être disposés sans ordre, ou bien former des lignes régulières qui suivent la direction anatomique des follicules ; ils sont tantôt discrets, tantôt confluents par développement excentrique de la base de chacun d’eux; ils forment parfois des îlots réguliers sur le dos de phalanges, par exemple; d’autres fois, ils sont confluents et recouverts de substance cornée en excès formant des masses plâtreuses, squameuses, psoriasiformes 'ou eczématiformes (coudes, genoux, hanches) avec exagération des plis de la peau; souvent, on constate sur les régions atteintes une mosaïque plus ou moins régulière formée de quadrilles, de losanges, de rectangles, et disposée selon les petits plis de la peau.
Les éléments caractéristiques du P. rubra pilaire peuvent occuper toute la surface cutanée, à l’exception du cuir chevelu. Ils sont très rares au niveau des régions palmaires et plantaires. Leurs principaux lieux d’élection sont les suivants : face antéro-externe des membres, sommets et plis des grandes articulations, partie supérieure du tronc, des phalanges; quand ils sont réunis et forment de vastes plaques, ils peuvent être limités par des bords d’érythème lisse ; à la périphérie de ces plaques on observe généralement des
l'/S PITYRIASIS RUBEA PILAIRE
éléments typiques permettant de faire plus aisément le diagnostic;
2“ Le second caractère clinique, le plus important du P. rubra pilaire, est la desquamation. Elle précède parfois l’apparition des cônes cornés typiques,occupant le visage, particulièrement ses régions velues, le cuir chevelu, où elle peut être des plus abondantes.
Elle est alors au début très finement pityriasique, puis apparaît au sommet des éléments cornés eircumpilaires, puis sur les placards constitués, couvrant de larges surfaces qui semblent revêtues d’un enduit épais, sec, plâtreux, desquamant; mais, à un examen attentif, on constate que les lamelles épidermiques abondantes et exfoliantes ne forment pas une masse compacte, mais bien un granité très net qui recouvre chaque petite papule cornée, et reproduit tous les plis de la surface. Cette desquamation cesse d’être fine, pityriasique au niveau des faces palmaires et plantaires des extrémités,et devient plus épaisse,lamellaire, c’est-à-dire en lambeaux plus ou moins étalés, disjoints aux plis de flexion, adhérents au centre; en même temps, les ongles présentent des altérations profondes caractéristiques, survenant soit dès le début de la maladie, et avant les autres manifestations cutanées, soit en même temps que celles-ci, soit enfin quand l’affection est déjà ancienne.
Ces altérations unguéales, qui sont tantôt très peu marquées, tantôt considérables, et qui tantôt enfin, mais très rarement, font défaut, sont les suivantes :
Les ongles, particulièrement dans leur moitié et leur tiers inférieurs, sont épaissis, ramollis, jaunâtres, prennent l’aspect du tissu moelle de jonc, bombés, saillants, hyperesthésiques, mais la matrice reste indemne, il n’y a ni décollement, ni chute.
PITYRIASIS RUERA PILAIRE
3» Rougeur. Hyperhémie cutanée. — Ce troisième caractère clinique du P. rubra pilaire survient généralement quand les deux précédents sont déjà développés. La rougeur est d’abord limitée au pourtour des éléments cornés, puis envahit leurs intervalles, disparaissant à la pression, formant alors un fond rouge sur lequel sont disséminés les placards éruptifs et les débordant légèrement; mais bientôt à la rougeur se joint de l’hyperhémie cutanée, de l’infiltration du derme, de la tuméfaction rouge qui comblent les espaces qui séparent les petites papules cornées; on constate alors une rougeur uniforme envahissant de grandes surfaces du tégument qui est rouge pâle, ou rouge jaunâtre, chamois, bistré ; la rougeur ne disparaît plus complètement sous la pression du doigt ; elle peut envahir des régions entières, le visage, par exemple, qui prend un aspect spécial; la peau, couverte de squames fines ou lamellaires et d’enduit séborrhéique, est tendue, ce qui provoque parfois un ectropion léger.
« Le pityriasis rubra pilaire est alors réellement constitué ; en même temps, sur les régions érythémateuses et légèrement tuméfiées, on constate l’exagération des plis que nous avons signalée, le plissement fin et régulier, dessinant en lignes élégantes toutes les séries papillo-sudorales et sébacés pilaires, à un niveau sensiblement égal et sans rugosité appréciable au toucher, ailleurs que dans les plis articulaires, sur tous les points où la peau est convenablement tendue. » (E. Besnier.)
Tels sont les principaux caractères objectifs du pityriasis rubra pilaire, sur lesquels nous avons cru devoir insister en raison de la difficulté de dignostic de cette affection. Examinons maintenant rapidement la
180 PITYRIASIS BUBEA PILAIRE
marche, l’évolution, la terminaison et l’étiologie du pityriasis rubra pilaire.
Le plus souvent il débute par la desquamation, puis les cônes cornés apparaisseùt, puis la rougeur. Mais il peut y avoir interversion dans cet ordre ; en tout cas, il survient sans trouble de la santé générale, sans prodrome, si ce n’est parfois un peu de malaise, de picotements, et surtout de prurit et d’hyperesthésie, particulièrement aux extrémités, au niveau des ongles ; il évolue ensuite fort lentement et d’une façon irrégulière, le plus souvent de haut en bas et par poussées successives entremêlées de périodes d’accalmie plus ou moins prolongées, simulant la guérison. Dans quelques cas rares, l’affection peut s’arrêter définitivement ou provisoirement, demeurer fruste ou être abortive, ne se généraliser qu’après des intervalles extrêmement prolongés. Quoi qu’il en soit, même dans les cas les plus intenses et les plus prolongés, l’état général ne s’altère jamais sérieusement; on constate seulement quelquefois, quand les lésions sont très étendues, une sensibilité particulière au froid, quelques frissonnements, de l’irritabilité nerveuse, des démangeaisons modérées généralement limitées, etc. La durée de la maladie est indéfinie, celle des crises généralement longues, plusieurs mois, un, deux, trois ans et plus : les récidives sont des plus fréquentes, mais la période de pseudo-guérison qui les précède peut être très prolongée.
Le pityriasis rubra pilaire peut s’observera tout âge, mais débute généralement dans l’enfance ou l’adolescence; il est un peu plus fréquent chez les hommes. Son étiologie est des plus obscures. On a invoqué le nervosisme, le lymphatisme, le rhumatisme des sujets ou de leurs ascendants? Gomme causes occasionnelles, signalons
PITYRIASIS RUERA PILAIRE 181
l’action bien incertaine et banale du froid, des excès, d’une émotion, des irritants externes, d’une affection aigüe, etc., etc. Sa nature intime, sa pathogénie sont également inconnues à l’heure actuelle.
Traitement. — On ne connaît aucune médication interne efficace dans le traitement du pityriasis rubra pilaire : il suffit de prescrire une hygiène et un régime appropriés à l’état général du sujet. On a essayé vainement l’huile de foie de morue à haute dose, l’acide phénique et les différentes préparations arsenicales; ces' dernières ont été accusées par quelques auteurs de provoquer des poussées érythémateuses. Les différents sudorifiques semblent être indiqués pour combattre la sécheresse du tégument (jaborandi, pilocarpine en injections hypodermiques, exercices violents, bains de vapeur, bains chauds et prolongés, etc.).
Le traitement local donne des résultats très inégaux, et ne met pas à l’abri des récidives. Il est subordonné à l’âge, l’étendue, la localisation des lésions. Ses indications générales sont à peu près les mêmes que celles du psoriasis. On essayera les onctions huileuses simples ou médicamenteuses (huile de foie de morue, huile faiblement salolée, huile de cade faible ou forte), le glycérolé tartrique, V acide pyrogallique et l’acide chrysophanique, qui agissent généralement assez bien, aux mêmes doses que dans le psoriasis (Voir Psoriasis). Quand les lésions seront assez limitées, on préférera les emplâtres caoutchoutés perforés à l’huile de cade, à l’huile de foie de morue, à l’acide pyrogallique, à la résorcine, à l’acide salicylique, au naphtol, à l’ichthyol, etc., à dose en rapport avec la tolérance du sujet; on peut encore prescrire l’emplâtre de Vigo, ou l’emplâtre rouge de Vidal.
Quand les lésions sont très étendues et irritées, on
PITYEIASIS EUBEA PILAIEE
aura recours aux topiques émollients ou modérément actifs (glycérolé d’amidon légèrement phéniqué; pâte à l’oxyde de zinc, vaseline boriquée, cataplasmes de fécule, bains émollients, enveloppements humides, etc.).
L’enduit séborrhéique souvent très épais du cuir chevelu sera détaché à l’aide de douches de vapeur ou de pulvérisations, de savonnages à l’eau très chaude et au savon de goudron ou naphtolé, de pommades au calomel à 1/20, ou à, l’acide pyrogallique à 5 0/0 qui a l’inconvénient de colorer fortement les cheveux, ou à l’acide salicylique.
Les lésions de la face demandent à être traitées rapidement et énergiquement, d’abord à cause même de leur localisation, ensuite pour éviter les difformités nasales, l’ectropion, la destruction des poils, etc. On conseillera les douches de vapeur fréquemment renouvelées, les applications de pommade à base de lanoline et de vaseline renfermant du calomel, 1/20, du naphtol, 5 0/0 de l’acide salicylique, de l’ichthyol, de l’huile de cade mitigée, du glycérolé faiblement tartrique, pommade avec :
Vaseline. 13 grammes.
Lanoline. 23
Huile d’amandes douces 3 —
Oxyde de zinc.,
Acide salicylique..
Essence de menthe
XII gouttes.
On peut également essayer, mais avec beaucoup de précaution, l’application du masque de caoutchouc. Enfin, quand les lésions occuperont le tronc et les membres, on appliquera les différents agents que nous venons d’indiquer en donnant la préférence à l’acide pyrogallique et à l’huile de cade, et en incorporant à la préparation choisie un peu de menthol si le prurit est
PITYRIASIS RUERA 183
marqué. On pourra, quand les lésions seront limitées, prescrire les vernis médicamenteux formulés suivant le mode indiqué par Unna (voir Vernis), qui ont l’avantage d’agir doublement, par le médicament qu’ils renferment et pur l’occlusion qu’ils produisent. Pour le pansement des lésions unguéales, on donnera la préférence aux emplâtres qui s’appliquent très exactement, et peuvent demeurer très longtemps en place.
Pityriasis rubra. — Sous ce nom on a décrit autrefois toutes les affections généralisées rouges et desquamatives que M. E. Besnier a réunies sous le nom A’Enjthro- (lermies exfoliantes pour en faciliter l’étude; ce groupe artificiel au point de vue nosologique renferme une série de dermatoses absolument distinctes, parmi lesquelles nous signalerons simplement le Pityriasis rubra pilaire généralisé (voir ci-dessus). — La Lyniphodermie pernicieuse de Kaposi (voir ce mot et Mycosis fongoïde). — Les érythèmes généralisés desquamatifs artificiels (médicamenteux ou produits par l’application de topiques irritants). (Voir Éruptions médicamenteuses et Érythèmes.) — Les poussées aiguës qui se produisent assez souvent dans le cours d’un eczéma, d'un psoriasis, d'un pemphigus, d’un lichen planus, etc. (Voir ces affections.) — Les Herpétides exfoliatives de Bazin, simenant chez des sujets débilités, avancés en âge, cachectiques arrivés à une période avancée d’un eczéma, d’un psoriasis, d’un lichen, d’un pemphigus. — Mais, à côté de ces faits, il existe, ainsi que le fait observer Brocq * dans les remarquables revues critiques qu’il a
1. li. BrocQ, Archives générales de médecine, 1884 : Communication au Congrès international de dermatologie, 1889 ; Traitement des maladies de la peau, 2“ édition 1892, p; 632 : Communication à la Société française de dermatologie, etc., etc.
PITYRIASIS RUBRA
publiées sur ces questions encore si discutées, d’autres érythrodermies exfoliantes dont l’étude est encore incomplète auxquelles on pourrait, avec une certaine apparence de raison, conserver le nom générique de Pityriasis rubra. « Il est probable, dit-il, qu’on les « classera peu à peu en un certain nombre de variétés <i distinctes : quoiqu’il ensoit,voici les formes morbides « que nous croyons dès maintenant pouvoir admettre :
« Érythème scarlatiniforme desquamatif ou dermatite « exfoliative aiguë bénigne de L .Brocq. — {Dermatite scar- « latiniforme généralisée récidivante de Vidal et Leloir.) « (Voir Érythème scarlatiniforme.)
« 2“ Dermatite exfoliative généralisée proprement dite « subaigué. »