‹ Traitement des Affections Pulmonaires Aigües à Pneumocoques Par Le Sérum Antipneumococcique PolyvalentChapitre 5 sur 21 · LES DIFFÉRENTS SÉRUMS CURATIFS · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTS SÉRUMS CURATIFS

Après avoir éclairci l’histoire bactériologique du pneumocoque, il a été facile de procéder à l'étude approfondie de la sérothérapie.

Des sérums divers avaient été déjà utilisés à l'étranger,

(1) Bulletin de l’Académie de Médecine, 24 mai 1919.

(2) PROCÉDÉ DE FORGES. — Le culot de culture est additionné d’eau physiologique acidulée par l'acide chlorhydrique et porté à 100° pendant cinq minutes ; après refroidissement, on neutralise par la soude,

mais, ni les sérums préparés par PANE et WASHBOURN, non plus que ceux de RoMER, de NEUFELD et HAENDEL, ne frent preuve de leur efficacité.

À la suite du classement des divers groupes de preumo coques, les chercheurs de l’Institut Rockfeller, en Amérique, réalisérent un sérum antipneumococcique agglutinant les pneumocoques I et doué, en même temps, de propriétés préventives et curatives à l'égard de tous échantillons du même type.

Continuant leurs travaux, AVERY, CHICKERING COLE et DOCHEZ (1917) préparérent également un sérum antipneumococcique dirigé contre. le type II.

Celui-ci, moins actif que le sérum type |, au dire de nombreux auteurs, serait, d’après l’avis de certains autres, susceptible d’agglutiner non seulement le pneumocoque II, mais aussi le type I, quelques variétés du type III, un grand nombre de streptocoques et même d’autres germes tels que les bacilles typhique, dysentérique, etc.

Un sérum actif contre le type III n’avait pu être réalisé jusqu’à ces derniers temps. Par de patientes recherches et une rigoureuse sélection, TRUCHE, à l’Institut Pasteur, réussit à préparer un sérum donnant satisfaction entière.

Une des difficultés à prévoir dans l’application pratique des sérums américains était la détermination du type de pneumocoque., existant dans la maladie en cours. Cette recherche pouvait faire perdre un temps précieux pour le traitement, sans compter les manipulations microscopiques délicates qu’elle entraînait. Pour cette raison, il est de beaucoup pré-

férable d'employer le sérum n° 2 de l’Institut Pasteur (Truche et Cotoni), qui est polyvalent et agit sur les trois types de pneumocoques admis maintenant par les auteurs tant Français qu’Anglais et Américains.

Les pneumocoques utilisés pour la préparation de ce sérum sont très virulents, tuant la souris de 20 grammes les uns au dix-milliardiéme de centimètre cube, les autres au millioniéme. Mile A. RAPHAËL, dans sa thèse (Paris 1916) avait déjà vérifié que plus la virulence du microbe est grande et plus le pouvoir antigène de ce microbe est étendu; d’où la nécessité de se servir de germes très virulents pour obtenir un sérum à grand domaine d'action. Afin que les cultures soient suffisamment riches, il a été nécessaire d’employer un milieu spécial, décrit sous le nom de milieu T, de réaction alcaline, se composant d’eau peptonisée à 4 o/o, salée à o,3 o/o et glucosée à 0,2 o/o. Avec ce milieu, les cultures sont d’une très grande abondance, le dépôt obtenu par la centrifugation de 10 centimètres cubes représentant 1 centigramme de matière microbienne vivante. Celle-ci est émulsionnée dans l'alcool absolu qu'on additionne ensuite d’une égale quantité d’éther. Au bout de vingt quatre heures, le mélange est décanté et l’on desséche à l’étuve de Jouan ou dans le vide sulfurique. On pulvérise le résidu blanc-grisâtre, ainsi obtenu, au moyen du broyeur à bille de BLAIzOT et la poudre -est ensuite conservée à la température du laboratoire, au sec dans un récipient contenant de la chaux vive.

Pour immuniser les chevaux, on leur injecte tous les jours, pendant dix jours, une quantité donnée de la poudre micro-

ni

bienne émulsionnée dans de eos physiologique. On laisse | ensuite reposer les animaux dix jours, ils sont saignés le onzième et le sérum est alors titré.

S'il n'arrive pas, à la dose de :1/10° de centimètre cube à protéger la souris de vingt grammes contre 1/100° et 1/1.000° de centimètre cube d’une culture virulente tuant au moins à 1/1.000.000°, on le rejette. <

Parallélement au titrage chez la souris, on fait l'épreuve de l’agglutination et de la déviation du complément, et le sérum n’est livré pour l’utilisation chez l’homme que lorsque les

| résultats obtenus chez on ont été entièrement | Hatis-

faisants.

LE TRAITEMENT SÉROTHÉRAPIQUE

Dans toutes les affections pulmonaires aigües, la thérapeutique traditionnelle de la pneumonie doit toujours être appliquée et n’a rien perdu de sa grande valeur. Nous n’insisterons pas sur ce sujet qui est trop bien connu de tous et n’aurons en vue, dans tout ce qui suit, que le traitement sérothérapique exclusivement.

VOIES D'INJECTION. —— Toutes les voies d'injection ont ont été tour à tour préconisées et quelques-unes se partagent la faveur des auteurs; ce sont les voies : intrapulmonaire, intratrachéale, intraveineuse et intramusculaire.

VOIE INTRAPULMONAIRE. — La voie intrapulmonaire, pour l'injection de sérum antipneumococcique a été préconisée, entre autres, par NOBÉCOURT et PARAF (1) et par PIERRE MAURIAC (2). :

La technique employée par ces auteurs se résume ainsi brièvement : on ponctionne le poumon au moyen d’une fine aiguille et il est possible d’aspirer, le plus souvent, une goutte de sérosité sanglante que l’on peut ensemencer. Le sé-

(1) Journal de Médecine de Paris, juillet 1910. (2) Gaz. hebd.-des sciences médicales de Bordeaux, 25 mai 1910.

Re

rum est alors injecté, lentement, à la dose de 2 à s centimètres cubles chez le nourrisson, de 10 à 15 centimètres cubes chez l'adulte. D’après Nobécourt et Paraf, plusieurs centaines d’injections ainsi pratiquées n'auraient entraîné aucun accident.

Cependant, de nombreux auteurs ont signalé des accidents dramatiques survenus à la suite de l'injection intrapulmonaire de sérum. ;

LEMAIRE (1) en décrit un en ces termes : « à peine avionsnous injecté 3 centimètres cubes de sérum, que l'enfant fut pris d’une dyspnée intense avec cyanose, d'une prostration voisine du coma. L'enfant ne fut que difficilement ranimé; l’auscultation montra des râles d'œdème pulmonaire. Après la mort survenue très rapidement, on trouva, à l’autopsie, de vastes zones d’apoplexie pulmonaire. »

SLOBOZIANO (2) par des recherches histologiques expérimentales chez l’animal, trouva que l'injection intrapulmonaire de sérum provoque des lésions pulmonaires plus ou moins graves, mais toujours considérables, avec œdème, foyers hémorragiques et infarctus bronchique.

Les discussions récentes de la Société Médicale des Hôpitaux concluent dans le même sens. On ne traumatise pas impunément le parenchyme pulmonaire, c’est une opération barbare et aveugle dont les avantages trop hypothétiques ne peuvent compenser les dangers trop certains qu’elle com

(1) Commentaires sur analyses. Le Nourisson n° 3, mai 1921. p. 180. (2) Etude sur les injections intrapulmonaires de sérum antipneumococcique. Presse Médicale, 29 septembre 1920. n° 70. p. 688.

Page 1