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OBSERVATION IV

(Lancereaux et Paulesco. — ©.-R. de l’Ac. de méd. et Journal de méd. int., oct. 1898.)

Anévrysme de l'artère sous-clavière droite. — Traitement par des injections sous-cutanées de gélatine. — Guérison.

F. Achille, cocher, âgé de 50 ans. entre dans notre service le

11 janvier 1898. | Ce malade, qui nous à été envoyé par M. le docteur Jousset, éprouva tout à coup, en juillet 1897, en lavant sa voiture, un . engourdissement avec fourmillements dans le bras droit qui resta insensible au froid pendant environ 5 minutes. Les jours suivants, cel accident s'étant renouvelé, accompagné dé douleurs lancinantes sur le trajet des nerfs du bras, le malade alla consulter un médecin qui constata dans le creux sus-claviculaire gauche l'existence d'une tumeur pulsatile, et prescrivit de l’iodure de potassium. Mais, peu à peu. le bras devint faible et le malade pouvaità peine s’en servir, de scrte qu'il fut obligé de quitter son métier. Depuis lors, il a continué à souffrir beaucoup, tout le long du bras, principalement le matin en se levant.

Rien de particulier à signaler dans les antécédents héréditaires du malade. Lui-même s’est toujours bien porté ; n’a pas eu de fièvres éruptives, ni de fièvre typhoïde, ni de fièvres in termittentes, malgré un séjour d’un mois en Afrique {Alger). Il n’a présenté aucun signe d’herpétisme et n'est pas atieint d'artério-sclérose. A l'âge de 34 ans. ila dû avoir la syphilis ; à cette époque. en effet, il à eu un chancre etquelque temps après des ulcérations sur le voile du palais. Il s'est marié à 46 ans et a un enfant bien portant, sa femme n’a pas fait de faussescouches. Il habite Paris depuis 1864. et exerce le métier peu fatigant de cocher de remise.

C’est un homme robuste, gros et gras, très poilu et à face colorée. Son cœur parait un peu volumineux, on sent la pointe battre dans le 5° espace à 13 centimètres de la ligne médiane, mais l'ausculiation ne révèle rien d’anormal. Les poumons sont intacts, le foie de même, la rate mesure 11/16 centimètres. Rien de particulier du côté des urines. [l rend dans les 24 heures environ 1.500 grammes d’urine, ayant 1.027 de densité et ne renfermant ni sucre ni albuminé ; pas de polyurie nocturne,

Dansletriangle sus-claviculaire droit, on constate la présence d’une tumeur du volume d’une grosse noix, appréciable au palper et même à la vue, lorsque le malade est debout; elle occupe le milieu de l’espace compris entre le sterno-cleido-mastoïdien ét le trapèze, et se trouve située immédiatement en dehors des scalènes. Arrondie et un peu allongée dans le sens transversal (4) la tumeur est lisse et nettement limitée en haut et sur les côtés, tandis qu’en bas elle s’enfonce derrière la clavicule. Cette tumeur'est animée de battements synchrones aux pulsa: tions de l'artère. on constate en outre qu’à chaque diastole artérielle la poche anévrysmale se laisse distendre par l’ondée san-

(1) Les limites de la tumeur marquées à l’encre sur la peau, donnent 3 centimètres pour le sens vertical et 5 centimètres pour le sens transversal.

guine qui y pénètre, et le mouvement d'expansion est très manifeste. Pas de frémissements, ni de souffles au niveau de la tumeur ; à l’auscultation on n'entend que les battements de l’artère.

Les pulsations artérielles ne sont pas perceptibles au-delà de lâ tumeur, ni à l’axillaire, ni à l’humérale, ni à la radiale ; tandis qu'à gauche, le pouls régulier, normal, bat 68 fois à la minute et l’artère radiale ne paraît pas dure ni sinueuse. La main et tout le bras droit sont plus chauds que ceux du côté gauche ; le malade prétend qu'au début, tout le membre supérieur droit était froid « comme du marbre », insensible et engourdi ; actuellement, il n'y a que les extrémités des doigts qui soient le siège d’un engourdissement pénible avec sensation de fourmillements. Les dernières phalanges sont augmentées de volume, les ongles sont allongés et recourbés, surtout dans le sens de la longueur. La sensibilité, sous toutes ses formes, est normale, sauf au bout des doigts, où l'on constate de l'hyperesthésie ; la force musculaire parait un peu affaiblie.

Le malade éprouve au niveau de l’anévrysme des élancements qui s’irradient dans le bras, sous forme de douleurs extrèmement vives : « comme si des chiens me rongeaient les os ».

Le 18 janvier, pour la première fois, on injecte dans le tissu sous-cutané de la fesse droite, 200 cc. d’une solution de gélatine à 2 0/0. On n'observa, à la suite. aucune réaction locale ou générale. Des injections semblables furent faites le 22 et le 27 janvier : le 2, le 9, le 18 et le 26 février ; le 4, le 16 et le 26 mars ; le 2 et le 9 avril.

Dès la première injection, la poche anévrysmale durcit manifestement ; après la troisième. on percevait à ce niveau, à l’auscultation, un double souffle très doux qui n'existait pas auparavant; puis ce souffle disparut et avec lui les mouvements d'expansion de la poche; les battements transmis par l'artère persistaient seuls. Néanmoins on ne sentait pas encore

le pouls à la radiale. Le malade ne souffrait plus, demandait à sortir pour reprendre son travail.

Pendant 20 jours on permit au malade de s'occuper et même de travailler dans le jardin ; mais au bout de ce temps, il recommença à souffrir et l’on s’aperçut que la poche était devenue de nouveau molle, qu'elle avait grossi. pour ainsi dire subitement ; de plus, on y percevait de nouveau des mouvements d'expansion. Deux injections (à trois jours de distance) suffirent pour que la poche durcisse et que les mouvements d’expansion disparaissent ceite fois définitivement. En même temps les douleurs nerveuses cessèrent et, depuis lors, le malade ne souffre que lorsque le temps est orageux. Du 17 mai au 20 juin, on fit encore huit injections de gélatine, à la même dose que précédemment ; à deux reprises, le malade a eu, à la suite de l'injection, des frissons et une élévation passagère de la température.

Le 5 juillet, pour la première fois, on sentitle pouls battre à la radiale droite ; il était faible, mais très manifeste. Jusqu au 4er août on ne fit plus d'injection ; le pouls radial, de plus en plus faible, disparut de nouveau, mais sans que la poche ait augmenté de volume et sans que les mouvements d'expansion aient réapparu. À la suite des deux nouvelles injections, le !T et le 11 août. il fut de nouveau possible de sentir le pouls à la radiale droite. AE

Le malade ne souffrant plus, quitte l'hôpital le 13 août et recommence son travail. Depuis lors. nous avons eu l'occasion de le voir une fois et de constater que la guérison de son

anévrysme se maintient.

« Ce malade, atteint depuis six mois d'un ané-

vrysme de l'artère sous-clavière droite, qui compri-

‘mait les nerfs du bras et causait de vives souffrances,

est soumis à des injections sous-cutanées de gélatine. Sous l'influence de ce traitement, on constata au ni-

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