On retire les fils, réunion par première intention
13. — On constate une petite eschare de la peau au niveau de la par-
Fio. 24.
lie interne de l'extrémité inférieure de l’humérus. Du côté externe existe une plaque rouge.
18. — Une petite phlyctène apparaît au niveau de cette plaque.
21. — Les plaies externe et interne sont presque complètement cicatrisées. On commence la mobilisation du coude que l’on continue ensuite d’une façon régulière. Les mouvements de flexion et d’extension deviennent de plus en plus faciles. Massage des muscles du bras et de l’avant-bras pendant plusieurs mois.
7 juillet 1903. — Les mouvements d’extension et de flexion de l’avantbras ont presque retrouvé leur amplitude normale ; pendant ces mouvements, on perçoit des frottements rudes dans la nouvelle articulation. La pronation et la supination sont très limitées. Il existe de légers mouvements de latéralité, mais le coude n'est pas ballant.
La malade peut porter un seau de charbon et fléchir l’avant-bras en tenant dans la main un poids de 1 kil.
Nous revoyons la malade le 9 janvier 1905 (presque deux ans après l’opération).
La flexion et l’extension de l’avant-bras sont absolument normales (fig. 25 et 26), mais dans ces mouvements, la face antérieure de l’avantbras, au lieu d’être tournée en avant, regarde en dedans.
La pronation et la supination sont très limitées. Lorsqu’on cherche à
faire exécuter ces mouvements en immobilisant le bras, on constate que le radius est complètement fixé au cubitus et que ce sont les deux os de l’avant-bras qui se déplacent ensemble au-dessous de l’extrémité
inférieure de l’humérus ; un ressaut et un frottement rude accompagnent ce déplacement.
On peut imprimer de légers mouvements de latéralité à 1 avant-bras,
Fig. 27.
mais l’avant-bras n’est pas ballant. Quand le membre supérieur est en abduction à angle droit, l’avant-bras reste en effet dans le prolongement de l’axe du bras (fig. 27),
La malade peut porter des fardeaux de 10 à 12 kilos, elle peut plier l’avant-bras à angle droit en tenant un poids de 5 kilos et le fléchir complètement en tenant un poids de 3 kilos.
L’extension active est impossible, la malade ne peut relever l’avantbras coudé à angle droit sur le bras placé en abduction, l’extension se fait exclusivement par la pesanteur.
Malgré la limitation des mouvements de rotation de l’avant-bras, la malade peut ouvrir facilement une porte et déboucher, avec une légère
Fig. 28. — Radiographie faite le 18 janvier 1905.
difficulté, une bouteille avec un tire-bouchon. Elle peut exécuter de fins travaux, coudre toute la journée.
Elle affirme qu’à l’heure actuelle, elle se sert aussi facilement de son membre supérieur droit que de celui du côté opposé.
Obs. XIX. — M. Berger, in Bulletins de la Société de Chirurgie, 1903, p. 998.
Ankylosé fibreuse du coude due à une arthrite plastique et compliquée d’une paralysie du nerf cubital. — Résection orthopédique ostéoplastique avec interposition musculaire.
La malade était atteinte d’une paralysie presque complète du nerf cubital, due à ce que le nerf était en quelque sorte étouffé, au niveau
du coude, par les organisations fibreuses dont il était entouré ; aussi l’opération eut-elle autant pour but de dégager ce nerf que de rendre le mouvement au coude.
La libération du nerf, si délicate dans les résections orthopédiques du coude, fut ici tout particulièrement difficile et même dangereuse ; le nerf était ramolli et gras, complètement dégénéré, et ce ne fut qu’avec les plus grandes difficultés que je parvins à le sculpter au milieu des tissus plus durs et plus denses que lui au milieu desquels il se trouvait pris.
Pour pratiquer la résection, j'ai commencé par isoler l’humérus des os de l’avant-bras, ce qui fut possible, l’ankylose qui remontait à plusieurs années (et pour laquelle on avait proposé l’amputation à la malade) étant une ankylosé fibreuse très serrée. Je réséquai ensuite des extrémités osseuses une longueur de 3 centimètres pour l’humérus, de 2 pour le cubitus ; à ce niveau je taillai au ciseau une lamelle postérieure figurant un crochet analogue à l’olécrane, et que l’on reconnaît très aisément en arrière de l’humérus. J’enlevai le périoste dans la même étendue que les os ; je ménageai néanmoins les insertions du tendon du triceps au périoste de l’olécrane que je conservai. Enfin pour assurer la mobilité de la néarthrose et pour éviter le retour de l’ankylose, je ramenai, au-dessous de l’extrémité inférieure de l’humérus dont j’avais arrondi avec soin la section, une lame musculaire empruntée à Vanconé, et je la fixai, par quelques points de suture, au brachial antérieur.
Dès le quinzième jour, je commençai à mobiliser la néarthrose : les mouvements de pronation et de supination furent l’objet d’une surveillance attentive.
Actuellement, on peut juger de la perfection du résultat.
Les mouvements de flexion et d’extension ont leur étendue normale ; il s’en faut qu’ils aient la force qu’ils auront plus tard, car l’opération ne date que de trois mois et demi ; le triceps n’a pas encore repris son action, et l’extension de l’avant-bras sur le bras est encore presque exclusivement passive ; il persiste encore un degré assez limité de mobilité latérale du coude ; je suis certain qu’avec du massage, de l'électrisation des muscles eL surtout du triceps, l’exercice des mouvements actifs et passifs, l’amélioration des fonctions fera de très notables progrès.
La déformation en griffe cubitale a disparu, et les doigts ont repris déjà une bonne partie de leurs mouvements.
L’opération a donc été une résection large, comprenant le périoste, mais une résection modelante, reproduisant la forme approximative du crochet olécranien et la trochlée humérale. L 'interposition de l'anconé entre les surfaces de section osseuse distingue surtout le procédé que j’ai suivi de la technique ordinaire de l’opération. J’attribue à cette interposition une bonne partie du résultat fonctionnel que j’ai obtenu.
Obs. XX. — M. Quénu, in Bulletin de la. Société de Chirurgie , décembre 1903.
Ankylosé du coude d'origine traumatique . — Résection orthopédique suivie d'interposition tendino-aponévrotique .
X..., 17 ans. Le 2 août 1902, ce malade eut le bras gauche pris entre deux rouleaux métalliques ; l’extrémité inférieure de l’humérus était broyée, la peau détruite à la face interne du bras : en plus, fracture des deux os de l’avant-bras à leur extrémité inférieure ; les veines humérales étaient déchirées, l’artère mise à nu mais indemne ; le nerf cubital était violemment contusionné et il ne tarda pas à en résulter l’atrophie des muscles de l’avant-bras, des muscles interosseux et hypothénariens (main en griffes) ; la plaie humérale contuse et compliquée d’eschares suppura longtemps. Au mois de mars 1903, sept mois après l’accident, l’ankylose du coude était complète, le membre amaigri, atrophié et absolument mutilé, les doigts en griffes ne saisissant que difficilement un objet.
« J’opérai le jeune malade, dit M. Quénu, le 31 mars 1903, avec l’intention de réaliser le procédé que j’ai décrit il y a un peu plus d'un an, c’est-à-dire d’interposer le ligament antérieur doublé d’une tranche de brachial antérieur.
Le coude ouvert, après une incision postéro-médiane de Park, je constatai que le muscle brachial antérieur était friable, atrophié, le ligament mince et inutilisable ; j’eus recours alors au procédé suivant.
J’avais, je le rappelle, réséqué les deux extrémités supérieures des deux os de l’avant-bras, et l’épiphyse humérale. Je fis une petite encoche en V sur le milieu de l’extrémité humérale. Alors pratiquant une incision longitudinale dans la couche fibro-aponévrotique, à 2 centimètres de l'incision médiane de la capsule et parallèlement à elle (côté interne), je mobilisai ce ruban tendineux, lixé encore à ses deux extrémités, le logeai dans l’encoche et le fixai solidement au tissu fibreux précubital par deux points de suture ; par cela même une partie de la capsule fibro-tendineuse s’interposa entre le cubitus et la partie interne de la tranche humérale.
Les deux lèvres de la boutonnière faite à la capsule furent suturées au catgut et la plaie réunie sans drainage.
Je partis en congé et je retrouvai mon malade vingt-trois jours après, toujours dans le plâtre où je l’avais placé; aucune ankylosé ne s'était produite et je m’appliquai non à augmenter les mouvements, mais à obtenir une meilleure nutrition des muscles. »
Le 9 décembre 1903, jour où M. Quénu présente le malade à la Société de chirurgie, l’état est le suivant :
Le malade fléchit l’avant-bras au delà de l’angle droit, il a une bonne extension mais incomplète, une bonne pronation et une difficulté à franchir la position intermédiaire. Le bras n’est pas ballant et les mou-
vements du coude s’accomplissent dans toutes les attitudes du bras. L’articulation de l’épaule enraidie et atteinte d’arthrite dès les premiers jours qui suivirent l’accident est restée raide.
M. Quénu, auquel nous avons demandé des renseignements sur ce malade, nous a appris que son opéré était mort il y a quelques mois de tuberculose pulmonaire.
Obs. XXI. — Due à l’obligeance de M. Delbet , résumée dans les Bulletins de la Société de chirurgie (décembre 1903).
Ankylosé osseuse du coude droit de cause inconnue. — Résection, récidive. — Nouvelle opération suivie d'interposition d'un faisceau du cubital antérieur. — Guérison .
Mlle Catherine B..., 16 ans, entre à l’hospice de Bicêtre le 2 février
Cette malade présente une ankylosé du coude à angle à peu près droit, remontant à la première enfance et sur laquelle on n’a pu avoir aucun autre renseignement. Le bras, complètement atrophié, n'a pour ainsi dire plus de muscles. L’avant-bras et môme la main du côté ankylosé sont plus petits que ceux du côté opposé et on ne trouve à cette atrophie aucune autre cause que l’ankylose survenue dans les premières années de la vie.
Opération le 11 février 1903 par M . Delbet. — Incision médiane postérieure après application delà bande d’Esmarch.
Le squelette mis à nu, on ne rompt pas l’ankylose mais on résèque en bloc les os soudés par deux traits de scie passant l'un à un demi-centimètre au-dessus de la ligne réunissant l’épicondyle à l’épitrochlée, l’autre au-dessous du bec coronoidien. On lit une résection soigneusement sous-périostée . (L’examen de la pièce obtenue de cette façon montra qu’il n’existait aucun mouvement ni des os de l’avant-bras sur l’humérus, ni du radius sur le cubitus.) Suture des téguments au fil d’argent. On place le membre à angle droit dans une gouttière articulée.
On commence la mobilisation le cinquième jour et on continue ensuite tous les jours. Les mouvements devenant déplus en plus difficiles, on fait la mobilisation sous chloroforme le 10 mars. Malgré ces manœuvres, tous les mouvements avaient disparu deux mois après l’opération.
Nouvelle opération le 16am/ 1903. — Incision sur la cicatrice de la première opération.
Le manchon périostique était tapissé de stalactites osseuses irrégulières, on en fit une ablation minutieuse. Puis on enleva sur l’humérus d’un côté, sur le radius et le cubitus de l’autre, trois tranches osseuses mesurant chacune un demi-centimètre d’épaisseur. Enfin on interposa entre les os un faisceau du cubital antérieur qui, outre J’avantage de séparer les extrémités osseuses, avait celui de protéger contre elles le nerf cubital.
Malgré tout, la tendance à la réankvlose fut encore très marquée et
un mois après l’opération l’étendue des mouvements possibles dans le coude n’était que de quelques degrés.
5 juin. — M. Delbet fit faire à son interne, M. Chevé, une mobilisation sous chloroforme. Ce ne fut qu’après 20 minutes de mouvements prudents et lents qu’on arriva à la flexion à angle aigu, on immobilisa le membre dans cette position.
La malade souffrait beaucoup, on dut lui faire des injections de morphine. Deux jours après en enlevant le pansement, on s’aperçut de la formation à la partie postérieure du coude d’un hématome assez volumineux et très douloureux. Il fallut immobiliser l’articulation jusqu’à la résorption du sang dans une gouttière en bois articulée qui permit l’immobilisation alternative dans la flexion et dans l’extension.
Enfin on put reprendre la mobilisation. Mais les muscles du bras très atrophiés et presque complètement fibreux ne se contractaient pas et M. Delbet en était arrivé à désespérer de rendre la mobilité à cette articulation .
Cependant, grâce à l’électrisation, au massage, à la mobilisation méthodique, on finit par obtenir un résultat très satisfaisant.
Le 23 décembre 1903, jour où M. Delbet présente la malade à la Société de chirurgie, l'état est le suivant : la flexion est assez énergique et dépasse légèrement l’angle droit, l 'extension est presque complète, elle se fait avec une certaine force même quand elle n’est point aidée par le pesanteur. La malade met aisément la main sur sa tête. Bien qu’elle ne soit pas grande, elle peut décrocher les pancartes qui sont suspendues au lit des malades. Bref, son bras lui rend les plus grands services (c’est le droit) et elle peut exercer le métier de domestique.
Obs. XXII (Inédite). — Due à l’obligeance de M. Launay et recueillie par M. Lamouroux, externe des hôpitaux.
Ankylosé fibreuse du coude complète consécutive à une arthrite plastique. Résection orthopédique. — Interposition musculaire.
Mme P..., 28 ans, domestique, entre le 6 avril 1904 à l’hôpital Laennec dans le service de M. le professeur Landouzy.
Accouchée pour la quatrième fois à la Maternité le 2 février 1904, cette malade fut prise brusquement vingt jours après son accouchement de frissons, de fièvre (39°) et d’une tuméfaction douloureuse dans le coude droit rendant tout mouvement impossible. Trois hypothèses ont été émises à ce moment : arthrite tuberculeuse bien qu’il n’y eut aucun autre signe ni antécédent ; arthrite blennorrhagique sans que la blennorrhagie fut certaine, arthrite par infection post-partum bien qu’il n’y eut point de symptômes nets du côté génital.
A son entrée à l’hôpital, la phase aiguë de l’arthrite a disparu. Le coude est simplement douloureux, un peu tuméfié, et les mouvements impossibles.
La malade passe dans le service de M. le professeur Reclus le 1er septembre. L’avant-bras est en extension presque complète. L’ankylose est très serrée ; les mouvements actifs sont impossibles. On peut arriver, en examinant la malade, à provoquer de très légers mouvements d’extension et de flexion. Il n’y a plus ni tuméfaction, ni douleur à la pression. Le bras est amaigri et les extrémités osseuses saillantes. Les mouvements de pronation et de supination sont très limités.
Opération le 2 septembre 1904. — Sous chloroforme par M. Launay.
Incision verticale, médiane postérieure dont le milieu correspond au sommet de l'olécrane. Section de la peau, puis du triceps suivant cette ligne. La face postérieure de l’articulation est mise à nu.
Les deux moitiés du tendon du triceps sont soigneusement conservées avec le périoste y attenant, le cubital est protégé avec un écarteur. Les deux saillies épitrochléennes et épicondyliennes sont péniblement dénudées à la rugine. Dans un effort de flexion de l’avant-bras, on rompt l’ankylose, après avoir sectionné des trousseaux fibreux importants entre l’olécrane et l’humérus. L’ankylose est fibreuse, très serrée ; les surfaces articulaires sont rugueuses, dépolies, le cartilage a presque complètement disparu. L’humérus est attiré au dehors de la plaie et sectionné à la scie immédiatement au-dessus des saillies épitrochléennes et épicondyliennes. La surface articulaire du cubitus est abrasée à la scie sur l’olécrane verticalement, sur la coronoïde horizontalement de sorte qu’il reste une surface osseuse à angle droit formée par les deux apophyses conservées : coronoïde et olécrane. Résection de la cupule radiale qui déborde le cubitus (Il n’y avait pas d’ankylose radio-cubitale). Ensuite, on taille un lambeau comprenant le ligament antérieur de V articulation et les fibres les plus profondes du brachial antérieur, c’est un lambeau rectangulaire à pédicule supérieur. Il est attiré entre l’humérus et le cubitus ; ses trois bords libres sont suturés, en arrière et latéralement à la face profonde du tendon tricipi tal et de ses expansions. Le lambeau reste ainsi étalé entre les deux surfaces osseuses. Hémostase soignée. Suture du triceps en entourant l’olécrane de fibres musculaires et tendineuses du triceps de façon à envelopper complètement l'apophyse.
Suture de la peau. Pas de drainage. Pansement à la gaze stérilisée légèrement compressif. Immobilisation dans une gouttière en fil de fer, l’avant-bras étant à angle droit sur le bras.
Suites simples. Le pansement n’est défait que le dizième jour et on enlève les fils.
On commence aussitôt quelques légers mouvements d’extension et de flexion et le massage des muscles.
Ces manœuvres sont continuées journellement pendant trois mois.
D’abord étendus, les mouvements diminuent peu à peu d’amplitude.
Au commencement de décembre, la flexion de l’avant-bras sur le bras atteint à peine l’angle droit par les mouvements volontaires, atteint
cet angle par les mouvements provoqués. L’extension n'est point complète. La pronation et la supination se font facilement. La malade se sert aisément de son membre, elle se coiffe, mange, etc..., ce qui était impossible auparavant.
Revue le 20 janvier 1905. La flexion active maxima atteint 105°, passive 80°. L’extension active et passive maxima est de 155°, elle est possible volontairement sans être aidée par l’action de la pesanteur. La pronation et la supination sont un peu moins étendues que du côté sain , et on peut pi’ovoquer de légers mouvements de latéralité à l’avant-bras. La malade peut porter 3 kilogrammes mais la flexion volontaire n’est possible qu’avec 1 kilogramme.
Nous n’avons pas l’intention d’étudier le traitement des luxations anciennes du coude. Cependant nous allons en rapporter deux observations parce que, dans ces deux cas, on fit une résection semiarticulaire et on interposa des lambeaux musculaires. La première observation est intéressante, car elle démontre que les mouvements l'estent limités quand on conserve le crochet cubital, la seconde parce qu’elle prouve la nécessité d’une hémostase soignée et les dangers de l’infection sur la vitalité des lambeaux musculaires interposés.
Obs. XXIII (Inédite). — Due à l’obligeance de M. le Dr Ombrédanne.
Luxation ancienne du coude. — Hémirésection humérale.
Interposition musculaire.
Mme Y..., 30 ans. Cette malade, dans une chute de voiture, tombe sur la main gauche et perd connaissance. Un médecin constate une lésion du coude et immobilise le membre dans un appareil plâtré. Quinze jours après l’accident, le plâtre est retiré et on constate que l’avantbras gauche est immobilisé en extension presque complète. Des massages et une tentative de mobilisation sous chloroforme ne donnent aucun résultat.
Deux mois après l’accident, la malade vient à Paris, consulte le Dr Tourtourat qui l’adresse à M. Ombrédanne.
M. Ombrédanne constate une luxation non réduite du coude en arrière avec extension de l’avant-bras. Les mouvements de flexion et d’extension sont complètement abolis ; ceux de pronation et de supination très limités. La radiographie confirme le diagnostic.
Opération le 21 juillet 1902. — M. Ombrédanne pratique sur le côté interne du coude une incision verticale de 14 centimètres passant par l’épitrochlée. Il dégage en arrière le nerf cubital qu’il confie à un écarteur, puis met à nu la plus grande partie de la face postérieure de l’hu-
mérus. La trochlée est de même dégagée sur la face antérieure du coude.
Une incision externe de 8 centimètres passant par l’épicondyle permet de dégager complètement l'épiphyse humérale et de mettre à nu la tête du radius englobée dans une coque fibreuse de néoformation épaisse d’au moins 6 millimètres.
M. Ombrédanne fait fortement incliner l’avant-bras en dehors de façon à subluxer et à faire sortir l’extrémité inférieure de l’humérus par la plaie interne du coude. Puis, il résèque cette extrémité en faisant sur l’os, avec la scie à chantourner, une section plane dans le sens transversal, légèrement convexe en bas dans le sens sagittal et dont les extrémités passent par les sommets de l’épitrochlée et de l’épicondyle.
Après ablation de la portion osseuse sous-jacente à cette section, l’extrémité inférieure convexe de l’humérus s’emboîte très bien dans la concavité du crochet cubital et la tête radiale vient se placer sous l’épicondyle.
La flexion complète de l’avant-bras devient possible, mais provoque des craquements dans le triceps brachial rétracté.
Pour s’opposer à la formation d’une ankylosé, M. Ombrédanne pratique une interposition musculaire entre l’humérus réséqué et les os de l’avant-bras. Pour cela, il taille sur le muscle premier radial externe un lambeau large comme le petit doigt qu’il sectionne à 5 centimètres au-dessous de l’articulation. Ce lambeau resté adhérent à l’humérus par son extrémité supérieure est coudé et disposé transversalement entre les nouvelles surfaces articulaires et fixé par des catguts aux tissus fibreux de la face interne du crochet sigmoïdien. Ce lambeau comble les deux tiers externes de la cavité intermédiaire aux surfaces osseuses.
Un autre lambeau musculaire de même volume, mais un peu moins long, pris sur la face profonde du brachial antérieur, tout près du bord interne de ce muscle, est fixé au même point du cubitus. Ce lambeau interne comble le tiers interne de l’espace vide intermédiaire aux os.
Drainage avec un tube de caoutchouc sortant par l’angle inférieur de la place interne. Sutures de la peau au crin de Florence.
L’avant-bras est immobilisé à angle droit dans une gouttière plâtrée.
Suites opératoires normales. Le quatrième jour, on retire le drain et on imprime à l’avant-bras des mouvements de pronation et de supination.
Le sixième jour, ces mouvements peuvent s’effectuer spontanément sans effort ni douleur. On commence la mobilisation du coude. On arrive à fléchir l’avant-bras jusqu’à 45° et à l’étendre jusqu'à 150®. En provoquant le mouvement d’extension, on détermine une vive douleur qui s’accompagne d’un gros craquement.
Le dixième jour, les fils sont enlevés. L’appareil plâtré est supprimé le quinzième jour.
Chaque matin, à partir du dixième jour, M. Tourtourat pratique le
massage et l’électrisation des muscles du bras et de l’avant-bras et des mouvements passifs de flexion et d’extension. Ces manœuvres étant très douloureuses, sont remplacées ensuite par des tractions élastiques qui permettent de maintenir pendant quelques minutes l'avant-bras dans l’attitude désirée. De plus, la malade fait travailler elle-même son coude avec des haltères et un appareil Sandow.
Les mouvements actifs, d'abord très limités, se sont peu à peu déve-
Fig. 29. — Radiographie quelques semaines après l’opération.
loppés et leur étendue s’est rapprochée de celle des mouvements passifs.
26 octobre 1902. — M. le Dr Tourtourat examine à nouveau la malade et nous envoie les résultats suivants :
Mouvements de pronalion et de supination entièrement récupérés. Angle formé par l’avant-bras et le bras, dans la flexion passive 65° dans la flexion active 77°, dans l’extension passive 140°, dans l’extension active 130°. En somme, trois mois après l’opération, l’amplitude des mouvements actifs est de 53° et la malade est très satisfaite du résultat obtenu.
Obs. XXIV (Inédite). — M. Nélaton, recueillie par M. Descomps, interne des hôpitaux.
Luxation ancienne du coude. — Hémirésection humérale. — Interposition musculaire . — Réanhylose .
Irma B..., 25 ans, femme de ménage, entre le 9 novembre 1903, salle Denonvilliers dans le service de M. Nélaton.
Le 7 juin 1903, dans un accident de voiture, chute sur la main droite. La malade éprouve une vive douleur dans le coude et constate qu’il lui est impossible de fléchir complètement l’avant-bras sur le bras. Dix jours après l’accident, un médecin appelé constate une luxation du coude en arrière et en pratique la réduction. Au bout de deux jours, reproduction de la luxation, nouvelle réduction ; récidive, réduction, récidive. Devant l’insuccès des tentatives antérieures, la malade refusa une quatrième réduction. Les mouvements de l’avant-bras d’abord possibles dans une certaine étendue, ne tardèrent pas à diminuer d’amplitude et la malade très gênée se décide à entrer à l'hôpital.
A l’examen, on constate tous les signes d’une luxation complète du coude en arrière. L’avant-bras est légèrement fléchi sur le bras. L’extension presque complète est possible, mais la flexion ne peut pas dépasser 135°. Mouvements de pronation et de supination intacts.
Opération le 14 novembre 1903. — Ethérisation. Bande d’Esmarch sur le bras.
L’articulation est découverte par deux incisions latérales verticales, l’une externe, l’autre interne.
Résection de l’extrémité inférieure de l’humérus à la pince-gouge. On cherche à respecter le ligament latéral externe pour éviter une trop grande mobilité latérale de l’avant-bras.
Deux larges lambeaux musculaires taillés l’un dans l 'anconé, l’autre dans le rond pronateur sont placés transversalement et fixés entre les surfaces osseuses.
On enlève la bande d’Esmarch. Ligature des plus gros vaisseaux. Sutures. Drainage par la plaie interne.
Suites. — Au premier pansement, on trouve des caillots sanguins dans la plaie et le lambeau interne sphacélé. L’articulation est légèrement infectée. Pendant quelques jours on dut faire des pansements humides et drainer en dedans et en dehors. La réunion se fit lentement. Mobilisation. Massages.
La malade a quitté l’hôpital à la fin de mars 1904. Le coude est en demi-flexion et ne présente que de légers mouvements d’extension et de flexion. La malade refuse toute intervention nouvelle.