CHAPITRE PREMIER
Ankylosé temporo-maxillaire.
g f . — Historique.
Nous n’avons pas l'intention d'exposer, en détail, l’historique du traitement des ankylosés de l'articulation temporo-maxillaire ; on le trouvera dans les articles de Verneuil (I) et dans les thèses de Zipfel (2), Fondet (3) et Deramé (4).
Cependant, nous désirons montrer comment les chirurgiens, après avoir considéré ces ankylosés comme au-dessus des ressources de l’art, ont pu, par des opérations sur le maxillaire, rétablir la mobilité de la mâchoire et comment, pour éviter les récidives qui survenaient assez souvent, après ces opérations, ils ont été amenés à recourir à l’interposition musculaire.
Jusqu’au commencement du xixe siècle, le traitement des ankylosés
(1) Verneuil, Gazette hebd. de méd. et chir., 1803 ; Arch. gén. méd.,
(2) Zipfel, De l'ankylose osseuse de l’articulation temporo-maxillaire, Th. Paris, 1886, G. Steinheil, éd.
(3) Fondet, Th. Lyon, 1893.
(4) Deramé, De l'ankylose temporo-maxillaire et de son traitement chirurgical, Th. Paris, 1898, G. Steinheil, éd.
de l’articulation temporo-maxillaire était uniquement palliatif. On se contentait d’arracher une ou plusieurs dents de façon à obtenir entre les mâchoires une ouverture permettant l’introduction dans la bouche d’aliments liquides.
Avec Tenon, commence le traitement curatif. Tenon fut, en effet, un des premiers chirurgiens qui employèrent la dilatation progressive de l’orifice buccal en introduisant des coins de bois entre les dents. Louvrier et Bonnet ont recours au redressement forcé et pour l’application de cette méthode Stromever, Heister, Valentine Moot font construire des instruments spéciaux.
Bérard (1), le premier, en 1838, entrevoit la possibilité d’un traitement véritablement chirurgical. Il propose d’étendre à la mâchoire ce que Bhea Barton avait fait au fémur, c’est-à-dire l’ostéotomie du col du condyle maxillaire.
John Carnochan (2), de New-York, ayant obtenu une amélioration, passagère en fracturant accidentellement le maxillaire pendant qu’il pratiquait la dilatation forcée de l’orifice buccal avec un levier à vis, proposa « de réséquer, soit vers l’angle, soit en tout autre point que la nature du cas pourrait indiquer, une portion de la mâchoire inférieure de façon à assurer par cette perte de substance, l’articulation artificielle » (1847).
Richet (3), dans sa thèse de concours, en 1850, ignorant ce qui avait été dit avant lui, donne une technique détaillée de l’ostéotomie du col du condyle par la voie sous-périostée, mais sans l’essayer sur le vivant.
G. Humphy (4), de Cambridge, en 1854, pratique le premier et avec succès la résection du condyle pour une ankylosé consécutive à une arthrite rhumatismale.
Un an plus tard, Von Bruns (5), de Tubingen, réséquant la branche montante pour une constrietion consécutive à une gangrène de
(1) Bérard, Dictionn. en 30 vol., t. XVIII, p. 440.
(2) Carnochan, New York med. Journ., 1847.
(3) Richet, Th. agrég., 1850, p. 87.
(4) Humpry, Vie assoc. med. Journ., 1856.
(5) Von Bruns, Handbuch der praktis. Chir., 1857.
la bouche, obtient une reproduction de l’ankylose. Diffenbach reprend la question en 1856 et propose dans sa Chirurgie opératoire l’ostéotomie de la branche montante, au ciseau, et par l’intérieur de la cavité buccale, opération pratiquée en 1863 par Grübe de Charkow.
En 1853, 1858, 1860 paraissent les célèbres travaux d’Esmarch (1) en Allemagne et de Rizzoli (2) en Italie sur le traitement de la constriction des mâchoires d’origine cicatricielle par la résection et la section du corps du maxillaire en avant des adhérences. Les chirurgiens abandonnent alors complètement les premiers procédés de traitement pour ne plus s’occuper que de ceux des chirurgiens allemand et italien [Verneuil (3), Duplay (4), Mathé (5), Maur (6)].
En 1872, Rottini (7), ayant à traiter un cas d’ankylose bilatérale de la mâchoire, revient à la résection du condyle qu’il pratique des deux côtés a ne pouvant, dit-il, imiter Rizzoli en fracturant la mâchoire, car l’obstacle était double, ne voulant pas imiter von Bruns en incisant la branche montante dont le résultat avait été mauvais ». Depuis Bottini la résection du condyle est pratiquée par de nombreux chirurgiens et différents procédés opératoires sont publiés. [Little, 1873 ; Whitehead,1874 ; Koenig, 1878 ; Bassini, de Schulten, 1879 ; Hagedorn, Langenbeck, 1880 ; Hearth, 1884 ; Ranke, 1885 ; Zipfel, 1886 (procédé de Farabeuf) ; Capony, 1892 (procédé d’Ollier), etc...]
Les différentes opérations que nous venons de signaler donnent généralement de bons résultats, malheureusement, de temps à autre, on voit l’ankylose se reproduire. C’est à la suite d’un échec semblable, survenu chez un de ses opérés, pourtant guéri aseptique ment et avec un bon résultat immédiat, qu’IIelferich (8), de Greifs-
(1) Esmarch, Traducl. Veiïneuil, Gaz, liebcl. de méd. et chir., 1863, et Archives gén. méd., 1870.
(2) Rizzoli, Bull, délia S. med. ch. di Bologna, 1858.
(3) Verneuil, loc. cil.
(4) Duplay, Archives gén. méd., 1864.
(5) Mathé, Th. Paris, 1864.
(6) Maur, Th. Paris, 1865.
(7) Bottini, Comm. à Y Acad. roy. de Turin, 1872.
(8) IIelferich, XX U B Gong. chir. allem., 1894.
wald, le 29 juin 1893 eut l’idée de faire, sur un autre malade, une interposition d’un lambeau de muscle temporal entre les surfaces réséquées.
Lentz (1), sans connaître l’opération du chirurgien allemand, et guidé par la même idée, pratique le 18 décembre 1894 une intervention à peu près analogue.
Henle (2) et Bilezynski (3) répètent avec succès l’opération d’Helfericb.
Mikulicz (4) et Kusnetzow (5) modifient le procédé en employant un lambeau de masséter et Glück (6) en interposant un lambeau de peau.
Enfin M. Rochet (7) (1894), trouvant que la résection du condyle expose à la blessure du nerf facial et de l’artère maxillaire interne, reporte l’incision osseuse plus bas dans une région moins dangereuse. Il fait une ostéotomie ou plutôt une résection trapézoïdale de la branche montante du maxillaire à la hauteur du trou dentaire qui a l’avantage, contrairement à l’opération d’Esmarck-Rizzoli, de conserver l’action des muscles masticateurs sur le côté opéré. De plus, pour éviter la réankylose favorisée par l'action permanente des muscles élévateurs, il interpose dans la brèche osseuse un lambeau de masséter qu’il suture au ptérygoïdien interne. Le chirurgien lyonnais pratique quatre fois, avec succès, cette opération, qui est ensuite répétée par Schmidt (8) en 1901.
§ 2. — Technique opératoire.
Deux opérations suivies d’interposition musculaire peuvent être pratiquées contre l’ankylose de l’articulation temporo-maxillaire :
(1) Lentz, Congrès fr. decliir., 1893.
(2) Henle, in thèse Lesser, Tubingen, 1898.
(3) Bilezynski, Centr. für Chir., 1898.
(4) Mikulicz, in thèse Lesser, Tubingen, 1898.
(3) Kusnetzow, Analysé in Presse méd., 1899.
(6) Gluck, XXXI* Congr. chir. ail., 1902.
(7) Rochet, Archives prov. de chir., 1896.
(8) Schmidt, Khirurgia, Moscou, 1899.
1° La résection du condyle, avec ou sans résection de l’apophyse coronoïde, suivie d’interposition d’un lambeau de temporal (procédé d’Helferich) ou de masséter (procédés de Mikulicz et de Kusnetzow).
2° L’ostéotomie (résection trapézoïdale) de la branche montante à la hauteur du trou dentaire suivie d’interposition d’un lambeau de masséter (procédé de M. Rochet).
Bien que le traitement des constrictions d’origine cicatricielle ne rentre pas dans notre sujet, nous dirons cependant quelques mots de l’ostéotomie et de la l’ésection partielle du corps du maxillaire (opérations de Rizzoli, d’Esmarch et de Levrat), car nous pensons que ces opérations peuvent être complétées, avec avantage, par une interposition musculaire ou une interposition de parties molles.
Fig. 1. — 1. Résection du condyle maxillaire.