‹ Traitement des brûlures: par les rayons infra-rougesChapitre 11 sur 25 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBSERVATION N° 1. — L’enfant Michel Charles, âgé de °18 mois, tombe en arrière dans l’eau bouillante, le vendredi 13 octobre 1939.

Les premiers soins qui lui sont donnés sont, en ce qui concerne le traitement local, à base d’acide picrique.

L'enfant est amené à l’hôpital l’après-midi du même jour où, pendant deux jours, samedi et dimanche, on associe au traitement général classique (sérum tonicardiaque...) le traitement local par balnéation javelisée. L’actinothérapie par les infra-rouges ne sera instituée que le lundi 16, donc trois jours après l’accident, date à laquelle nous voyons l’enfant. A ce moment, la brûlure présente les particularités cliniques suivantes : Elle s’étend des lembes au tiers supérieur du dos, dépassant la ligne qui joint la pointe des omoplates. Sa limite inférieure est bifurquée et la brûlure s’étend ainsi à droite comme à gauche sur la face externe des fesses et la partie supérieure de la face externe des cuisses, Elle affecte la forme d’une selle de cavalier et son étendue totale peut approximativement être évaluée à quinze ou dix-huit pour cent. C’est une brûlure de second degré avec des phlyctènes à contenu hémorragique et surtout purulent. L’ensemble forme une vaste plaque purulente, uniforme. Cet état local s’accompagne d’une atteinte de l’état général marquée par une température qui oscille entre 38-39, un pouls rapide et faible, un faciès pâle. Enfin il s’y joint un certain degré d’agitation qui, avec les petits cris, traduisent la douleur et entraînent

l’insomnie. Les urines sont cependant sensiblement normales tant quantitativement que par l’absence du sucre et d’albumine.

C’est ainsi que l'enfant reçoit la première application de rayons infra-rouges, le lundi 16, après un décapage préalable.

Les séances se répètent à raison de deux par jour, une le matin, une le soir. La durée de chacune étant de une heure, et le malade reposant entre temps sans pansement sur des alèzes stérilisées. Le lendemain de la” première séance, c’est-à-dire le mercredi, le malade présente brusquement un syndrome alarmant de pâleur avec hyperthermie à 41°. Grâce à des injections de sérum, d’adrénaline et strychnine l’état s’améliore très rapidenient. L’enfant recoit quand même sa séance d'irradiation et le soir de ce même jour, la température est redescendue à 38°. L'enfant va uriner abondam-

nent dans la nuit. Ses urines ne présentent ni sucre, n1 albumine.

On arrive ainsi au troisième jour d’actinothérapie ; les surfaces brülées sont recouvertes de croûtes jaunàâtres épaisses. Avant que de pratiquer d'irradiation, on applique un pansement humide à l’eau bcriquée qui décape la surface de la brûlure.

Les jours suivants, c’st-à-dire les 21, 22, 23, la température reste élevée, oscillant autour de 39°. Mais l’état général est conservé presque normal. Le petit malade, en particulier, boit beaucoup et présente une diurèse très abondante.

LGcalement, cependant, il faut l’avouer, l’évolution semble trainer. Le 24 aectobre, en effet, une semaine après le début du traitement par les rayons infra-rouges, on constale encore, en certains points, l’existence de croûtes brunâtres, soulevées par un suintement seropurulent. C’est à ce moment que nous commençons à douter de l’action des rayons, mais sous les assurances

Ha) Ducs

renouvelées du docteur Gautier nous persévérons dans ce traitement. On fait une application de pansement humide à l’eau boriquée avant d’irradier. Mais on s’abstient volontairement de toute application d’antiseptique.

Le 25 et le 26 octobre, on est frappé alors par la brusque tournure de l’évolution de la brûlure. La plaque de suppuration diffuse qui, les jours précédents, nous avait laissé sceptique sur l’action des rayons, a presque complètement disparu. Il ne persiste plus qu’un léger suintement rosé au centre de la surface brülée.

Le 28, la dessication est complète sur toute la zone excentrique recouverte, par endroits, d’une croûte mince qui a déjà tendance à tomber spontanément. Entre les croûtes, et sous elles la surface apparaît lisse, rosée et régulière. Sous l'influence des radiations, elle devient vernissée, brillante.

Le 1° novembre toutes les croûtes $ont tombées, sauf au centre, région qui correspond à la charnière lombaire et où les mouvements faisaient craqueler la croûte, expliquant ce retard d’évolution sur les autres régions.

Enfin, 15 jours après la première application de rayons, la guérison est complète — la cicatrisation est absolument parfaite.

Telle fut l’évolution de cette brûlure, évolution qui fut d’ailleurs entrecoupée d'incidents : nous avons déjà signalé la crise d’hyperthermie avec pâleur. La température resta longtemps élevée, nous estimons qu'il s'agissait là d’une fièvre de rayons.

Cette observation est une observation personnelle que nous avons suivie au jour le jour dans le service du docteur Gautier, à l'Hôpital d’Angers.

Nous allons publier maintenant une série d’obser-

Ps

vations que nous allons classer en trois degrés : brülures du deuxième degré, brûlures du degré mixte,

brûlures du troisième degré.

OBSERVAÏTIONS DE BRULURES DU DEUXIEME DEGRE

OBSERVATION N° 2. — J.…., âgé de 29 ans, entre à la clinique le 19 novembre 1937, pour brûlures étendues causées par un jet d’eau bouillante. Ces brûlures, au niveau des deux membres supérieurs, occupent toute la face antérieure de la main, de l’avant-bras et remontent jusqu’à la partie moyenne du bras. Sur les membres inférieurs, elles recouvrent la face antéro-externe des deux jambes et la face dorsale des pieds.

Ce sont des brûlures du 2° degré avec phlyctènes volumineuses ; mais, de plus, on trouve sur la face dorsale du pied droit une lésion plus profonde ayant détruit toute la peau sur une surface comparable à une pièce de deux francs.

À son arrivée, le blessé, qui a déjà reçu un pansement à base d’acide picrique, est traité de la façon suivante. Après nettoyage minutieux des surfaces atteintes et large excision des phlyctènes on pratique pendant une heure un irradiation d’infra-rouges, complétée par une irradiation d’'U. V. de dix minutes. Au bout de vingt minutes environ, les douleurs qui étaient très vives ont cessé et après la séance de rayons, le brûlé est placé dans son lit, sans aucun pansement, les parties malades reposant sur des alèzes stérilisées, et un cerceau empêchant le contact des draps avec les membres inférieurs. Le lendemain, malgré l’absence de toute douleur, le blessé subit le même traitement et il en est aïnsi les Jours suivants.

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