‹ Traitement des Brûlures Superficielles Par la Solution Saturée d'Acide PicriqueChapitre 20 sur 29 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Applications thérapeutiques de l’acide picrique.

Malgré d'assez longues recherches, nous n'avons pas trouvé de nombreuses mentions ayant trait à l'emploi de l'acide picrique en thérapeutique.

Employé dans les laboratoires pour la conservation et la fixation des pièces destinées à l'examen microscopique ; employé encore pour le tannage de certains tissus animaux qu'il colore en jaune soufre et durcit, - propriété sur laquelle nous reviendrons, il a été aussi parfois utilisé pour la décalcification des os qu'il ramollit. Telles sont ses principales applications dans les laboratoires; ajoutons encore qu'il entre dans la composition du picrocarminate d'ammoniaque, d'un usage si courant en histologie.

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Quant à ses applications en thérapeutique médicale, elles sont, à la vérité, fort peu nombreuses.

Quelques auteurs eurent l'idée d'utiliser son amertume et le firent rentrer dans la classe des amers au même titre que le vin de tulipier. la phloorhizine (tirée de l'écorce fraiche de racines de pommier), le cnicin, la gentiane, la petite centaurée, le menyanthe, le can-. chalagua du Chili, le quassia, l'écorce de simarouba, le colombo, l'augusture, le marronnier, les feuilles d'olivier, les oranges amères, etc., pour ne citer que les plus connus.

Ferrand le dit fort peu usité, tout au plus aurait-il quelques propriétés fébrifuges.

Bouchardat le signale comme ayant été employé en qnalité de fébrifuge et dans l'anémie et l'hypochondrie.

Le docteur Parisel l'a appliqué au traitement de la chlorose, à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour.

Ses sels ont été préconisés, en particulier le picrate de fer etd'ammoniaque, en pilules à la dose de 5 à rocentigrammes, et à raison de trois pilules par jour : il serait fébrifuge et tonique.

Le docteur Aspeud a administré le picrate d’ammoniaque comme fébrifuge.

Ossian Henry a proposé comme succédané de la quinine une combinaison de l'acide picrique avec les alcaloïdes isomères de la quinine, d'où l'emploi de picrates de quinine et de cinchonine, à la dose de 2 milligrammes à 1 centigramme par jour, en pilules.

Enfin le picrate de fer (paillettes vertes) a été con-

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seillé par Parisel et employé surtout dans les pays espagnols (1).

Mais comme le fait remarquer Hetet, « tous ces médicaments eurent une existence éphémère, comme tant d’autres préparations pharmaceutiques plus sérieuses qui encombrent les formulaires ».

En chirurgie, son emploi paraît avoir été, jusqu'à présent, non moins restreint et’ nous ne trouvons guère mention que des travaux de Curie (1876) et Chéron (1876), qui remarquent que l'application de compresses imbibées d'acide picrique supprime la suppuration des plaies. Nous allons plus loin, et à priori, nous pensons quon pourrait lui reconnaître encore d'autres avantages que nous ferons surtout ressortir après avoir étudié l'action de ce topique dans le traitement des brülures.

Disons cependant dès maintenant que son action analgésique n'est pas douteuse, la fixité de sa composition, la facilité a ec laquelle il se conserve, et entre en solutions saturées pour lesquelles il n'est besoin d'aucune pesée, l'absence de causticité, l'irritation nulle de la peau, qu'il provoque contrairement à bien des antiseptiques (acide phénique, iodoforme, sublimé, salol), qui peuvent provoquer des érythèmes, enfin

(1) L’acide picrique administré à l’intérieur donne, au bout de quelques jours aux téguments, une teinte jaunâtre qu’il faut bien se garder de confondre avec l’ictère. Cette teinte disparait d’ailleurs spontanément huit jours environ après que l’on a cessé l'emploi du médicament.

l'absence d'odeur en fontun topique de premier ordre, qui réunit les avantages du pansement sec et du pansement humide. :

Quantà sonaction antiseptique, elle est suffisamment prouvée par l’absence de fermentation des pièces anatomiques qui sont journellement conservées dans l'acide picrique, pour le durcissement, dans la plupart des laboratoires.

Enfin l'acide picrique est entré, grâce auxtravaux de Cerasi (1), dans le férmulaire thérapeutique de la dermatologie. C'est principalement contre l'eczéma impétigineux, que cet auteur a vanté ce topique, etilena obtenu, dit-il, les meilleurs résultats. Il l'a employé dans sept cas d’eczéma impétigineux, et a donné à son topique les deux formules suivantes :

1° Acide picrique os

dissous dans l'éther, et incorporé dans :

Fanolineet x. 6,9 grammes; 0 1 n 1 O$5 2° Acide picrique < I £T.

dissous dans l'éther, et :

EAU EME .. 150 grammes.

Sous l'influence de ce topique, les éruptions impétigineuses seraient rapidement modifiées et guéries.

(1) Cerasi. Gaz. med. di Roma, avril 1889.

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