‹ Traitement des Brûlures Superficielles Par la Solution Saturée d'Acide PicriqueChapitre 21 sur 29 · CHA PTERE, PEINE MEER · texte numérisé non relu

CHA PTERE, PEINE MEER

H istorique.

Avant de préconiser, comme étant nouveau, le traitement des brûlures par l'acide picrique, nous avons fait des recherches dans le but de savoir s'il avait été antérieurement employé? L

La bibliographie reste à peu près muette à cet égard. M. Thiéry nous dit avoir déjà remarqué en 1886, lors-

OS qu'il travaillait dans le laboratoire du professeur Richet, à l'Hôtel-Dieu, l'action remarquable de l'acide picrique sur les brûlures légères qui surviennent fréquemment comme accidents de laboratoire, brûlures par verre en fusion, cire à cacheter, allumettes, etc.

D'après lui ce traitement a dû être employé puisqu'il le connaissait sans avoir fait de recherches à cet égard et il l’a fréquemment employé d'une façon empirique pour ainsi dire et accidentelle jusqu’en 1891 ; puis il l'a systématiquement appliqué au traitement des brûlures, principalement à la consultation externe et dans le service de son maître, M. le professeur Tillaux, à la Pitié (1892) et à la Charité (1893). Mais il n'a pu nous indiquer l'origine de ce procédé thérapeutique. Nous avons interrogé à cet égard plusieurs chirurgiens des hôpitaux qui ne connaissaient pas ce traitement ; nous avons ensuite, grâce à la recommandation du docteur Marcus, surveillant au Val-de-Grâce, de M. Colson, examinateur à l'Ecole polytechnique, chimiste distingué qui s'est occupé de la préparation de nouvelles poudres, cherché a obtenir quelques renseisnements émanés des poudreries les plus importantes. Nous ferons connaître plus loin la réponse que nous avons obtenue.

Mais nous pouvons dire que, connu ou non dans ces centres industriels, ce procédé est resté totalement ignoré dans les hôpitaux, à tel titre qu'il n’en est aucun actuellement, croyons-nous, à l'exception du service du professeur Tillaux, où les solutions d’acide picrique figurent sur l'appareil des salles au milieu des autres

préparations antiseptiques couramment employées.

Aussi n’aurions-nous pas perdu notre temps et aurions-nous fait œuvre utile, si, à la suite de la publication de notre modeste travail, l’acide picrique était regardé comme le remède nécessaire et indispensable des accidents d'urgence si fréquents dans les grands centres, si enfin le praticien des campagnes, convaincu par nos affirmations, avait à sa disposition ce précieux topique. | |

Comme on le voit précédemment d'après la rapide : revue que nous avons faite des divers topiques préconisés dans le traitement des brülures, l'acide picrique n'y figure à aucun titre, la thèse récente et si consciencieuse de M Nageotte n'en fait pas davantage mention, non plus que les nombreux formulaires que nous avons consultés.

__ Nous sommes donc en droit de conclure qu’au moment où nous avons entrepris notre travail et avant de posséder les renseignements fournis par les établissements industriels auxquels nous nous sommes adressé, le traitement des brûlures par l'acide picrique constituait un traitement à peu près nouveau, en tout cas et certainement ignoré qui méritait d’être vulgarisé et introduit dans la pratique.

Voici maintenant les seules indications qu'ont pu nous fournir MM. Marcus et Colson:

« L'acide picrique couramment employé dans les poudreries de l'Etat, ont répondu à M. Colson des pyrotechniciens distingués, n'est nullement connu

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comme constituant un topique contre les brülures si fréquentes dans nos établissements. »

Cependant, d’après ses souvenirs; le docteur Marcus croit avoir entendu parler de son application au traitement de ces lésions. Les recherches bibliographiques récentes qu'il a si obligeamment entreprises sur ce point, sont restées négatives, mais d'après les indications que lui a fournies un membre de sa famille, l'acide picrique a été à diverses reprises et, dès 1881, employé par lui pour de petits accidents ; 1l tenait lui-même ce procédé d'une personne de Malesherbes : il ne se rappelle pas s’il s'agissait d’un médecin, c'est là la seule mention que nous ayons trouvée du traitement des brûlures par l'acide picrique, mais y est-il dit: « Nous avons loujours employé ce remède avec succès même pour des brülures assez grandes ; cela empêche l'ampoule de s'étendre et [cela fne forme jamais plaie; la peau soulevée durcit sous l’action de l'acide picrique et reprend sa place peu à peu ».

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Action de l’acide picrique sur les brûlures.

Indieations thérapeutiques.

Après ce préambule sur les applications thérapeutiques de l'acide pricrique, et surtout après l'étude que nous avons faite des divers procédés et topiques jusqu'ici appliqués au traitement des brülures, il nous reste à démontrer que l'acide picrique offre sur eux des avantages et que sa supériorité est incontestable.

Quels sont les résultats que doit s’efforcer d'atteindre le traitement? « Il doit, dit M. Reclus, calmer les douleurs intolérables, empêcher l'infection de la plaie, » mais aussi ajouterons-nous, consolider ou garder l'épiderme. Il doit donc réunir trois qualités nécessaires : être analgésique, antiseptique, kératogène ; enfin, le

ep se pansement doit se rapprocher autant que possible du pansement sec.

La valeur antiseptique de l'acide picrique n’est guère a démontrer bien que trop peu mise en lumière; Île fait de la conservation indéfinie des pièces anatomiques dans les solutions picriquées le démontre surabondamment.

Quant à sa valeur analgésique, elle est très réelle; nos observations la démontrent et les nombreuses observations de brülures douloureuses que leur insignifiance ne nous a pas engage à publier (brûlures par allumettes, cire à cacheter, etc...), y compris un cas personne:, viennent confirmer cette propriété de l'acide picrique : en règle, si l'on intervient de bonne heure, la douleur n'apparait pas; si elle s'est déja montrée le pansement à l'acide picrique la diminue puis la fait disparaitre.

On remarquera que, dans notre Observation [IT où le pansement était douloureux, l'application d'acide picrique était précédee de lavages à la liqueur de Labarraque à laquelle il faut attribuer la douleur.

Quant à l'action de l'acide picrique sur les tissus qu'il durcit, sur les épithéliums qu'il fixe, elle est re-, marquable : nous allons surtout étudier cette dernière propriété.

Les dermatologistes ont beaucoup étudié l’action des antiseptiques sur l'epithélium des téguments et Unna en particulier, a fait sur ce sujet des travaux remarquables : « La cicatrisation convenable des plaies cutanées dépend du rapport qui s'établit dans la formation des

feuillets meso et ectodermiques ; des bourgeons charnus irréprochables peuvent rester longtemps sans s'épidermiser, £e qui se voit souvent sous nos pansements antiseptiques. Les deux feuillets ne peuvent réagir de la même façon vis-à-vis des subtances chimiques et des méthodes de pansement.

Le phénol, l'acide salicylique, le sublimé un peu concentrés sont directement kératolytiques détruisent l'épiderme, empêchent la kératinisation... La kératinisation se fait malgré les antiseptiques mais elle n'est pas favorisée par eux... La majorité des antiseptiques sont des oxydants, des ozonides, en même temps des substances qui activent le bourgeonnement.

Peu de substances réductrices peuvent être utilisées en médecine: lelest l'acide pyrogallique, substance éminemment réductrice et héraloplastique.. (1) »

Et l’auteur (Unna) continue en vantant comme kératoplastique la pommade à 10 °, de soufre, l'ichthyol.

Mn Nageotte, conformément à ces préceptes, rejette les pansements humides et gras et nous partageons son opinion.

Nous croyons qu'au point de vue thérapeutique, il y a plus d'un point d'affinité entre l'acide picrique et l'acide pyrogallique : il est inconstestable que l'acide picrique, comme l'acide pyrogallique de Unna, est éminemment kératoplastique. — Il suffit, pour s'en assurer, de constater une fois les plaques étendues de desquamation dont sont couverts tous les membres

(1) L’encre employée populairement se rapproche des gallates...

atteints de brûlures traifées par ce pansement. Ainsi, d’après ce qui précède, ce serait surtout par ses propriétés kératoplasques et nous ajouterions volontiers épidermogènes que l'acide picrique est héroïque dans les brûlures, ce qui nous explique d'emblée sa double action, suivant que la brûlure est ancienne ou date déjà de quelques jours.

Supposons le traitement d'une brûlure au duxième degré appliqué de suite, avant la formation des phlyctènes, ou tout au moins avant que celles-ci ne soient infectées ; dans ce cas l'immersion dans la solution picriquée fixe les éléments du derme et de l'épiderme, coagule sans doute les albuminoïdes ; toujours est il que l'épiderme ne se soulève pas, la sérosité ne s'épanche pas, l'épiderme se dessèche et s'accole au derme, et à sa chute la néoformation épidermique est déjà parachevée. Si au contraire les phlyctènes se sont soulevées, si, déchirées par place elles ont permis linfection, la sérosité épanchée se résorbe ou se concrète ; le membre se recouvre de squames croûteuses et on assiste à la guérison par le procédé de la cicatrisation sous-crustacée.

Aussi les propriétés ‘ kératoplastiques de l'acide picrique le font-elles réserver presque uniquement au traitement des brûlures où il est possible de conserver au moins partiellement et temporairement l'épiderme, c'est-à-dire brûlures des premier, deuxième et troisième degrés.

Quant aux brûlures des autres degrés elles peuvent encore être pansées à l'acide picrique, mais nous ne

croyons pas qu'il présente alors sur les autres topiques de bien grands avantages ; ce serait un point à élucider par de nouvelles observations.

A ces trois propriétés fondamentales :

Analgesie, Antisepsie, Kératoplastie,

l'acide picrique joint encore d’autres avantages qu'H n'est peut-être pas inutile de mettre en relief, la production à outrance d'innovations thérapeutiques laissant toujours un peu le lecteur en garde contre l'exageration professionnelle. Son application est exempte des. accidents que provoquent parfois les antiseptiques, car il n'est ni irritant (érythème), ni caustique (douleur), ni toxique (empoisonnement), il devient donc le pansement de choix et de sécurité des grandes brûlures. étendues, et celles-ci ne sont, par surcroit, presque jamais profondes; elles sont donc justiciables de ce procédé.

La manipulation du topique offre elle-même des avantages fort appréciables : sa faible solubilité qui permet d'employer. la solution à saturation 1/200° environ, dispense de toute recherche ou dosage ; le bon marché extrême du produit et sa stabilité permettent aux praticiens de la ville ou de la campagne de conserver sous le faible volume d'un flacon ou d'un paquet des litres. de la solution médicamenteuse ; bouillie extemporanément, elle offre toutes les qualités antiseptiques désirables que ne peuvent jamais remplir les corps gras.

ave L'application du pansement est d’une si excessive simplicité qu'elle répond victorieusement au reproche que nous avons adressé à la méthode excellente, mais si compliquée et si minutieuse de M Nageotte; ici il n'est pas besoin d'initiation aux mystères d’nue antisepsie délicate, le premier infirmier venu peut appliquer le pansement.

C'est de plus un pansement rare, qu'on peut ne renouveler que trois ou quatre fois dans tout le cours du traitement, si la brûlure n'était pas déjà envahie par la suppuration. Si elle est suppurée, l'acide picrique par la dessiccation qu'il provoque s'oppose à l'extension des microorganismes, et a bientôt tellement asséché le terrain que les microphytes n'y végètent plus.

Aussi, par son action durcissante, le pansement à l'acide picfique se ‘rapproche-t-il singulièrement du pansement sec bien que l’on emploie des compresses humides pour le parfaire : si l’on à soin de supprimer d'ailleurs le taffetas imperméable, l'eau de la solution s'évapore bientôt et c'est un véritable pansement à la gaze picriquée qui reste appliqué.

Il serait possible d’ailleurs d'obtenir le pansement tout à fait sec, par l'emploi de la poudre d'acide picrique : nous n'avons pas employé ce procédé qui doit donner de bons résultats.

Nous avons songé aussi à utiliser la solubilité de l'acide picrique dans le pétrole pour l'employer dissous dans ce liquide dont l’action favorable sur les plaies vient d'être remise récemment en lumière : mais nous

vs n'aurions plus alors affaire au pansement sec, et nous nous rapprocherions du pansement gras que nous considérons comme si défavorable, que nous n'avons même pas essayé une pommade picriquée qu'il eût été facile de formuler.

Nous résumeronsles avantagesque présente à notre avis, le pansement à l'acide picrique, en disant qu'il nous paraît appelé à remplacer les autres pansements pour les motifs suivants :

1° Il est excessivement simple à appliquer;

2° C’est un pansement peu coûteux;

3° I1 peut rester longtemps en place ;

4 Les solutions sont faciles à préparer (ébullition, saturation), extemporanément ;

5° Il n'entraine aucun accident : (érythème ou intoxication) ;

6° Il est analgésique, antiseptique, kératoplastique, et nullement caustique.

Nous voulons encore rappeler qu'il est indiqué surtout dans les brülures localisées ou étendues super icrielles (1, 2:73" degré).

Plus la brûlure est récente, plus le traitement est appliqué avec succès (1).

Mais dans les brûlures anciennes suppurées il est

(1) L'effet de ce pansement est tout à fait remarquable dans les plaies punctiformes si fréquentes produites par la cire à cacheter ou le phosphore des allumettes : l'immersion du doigt pendant quelques minutes dans une solution d’acide picrique suffit à supprimer toute douleur et à guérir pour ainsi dire extemporanément cette petite lésion.

ne encore, surtout si elles sont superficielles, indiqué comme des plus favorables à la cicatrisation rapide et parfaite.

S'il s'agit, au contraire, de brülures profondes et infectées, on pourra encore recourir à ce pansement, mais non sans avoir détergé la plaie auparavant par des antiseptiques puissants : l'acide picrique n'aura plus alors d'autre valeur que celle d’un antiseptique astringent, il diminuera cependant encore dans de notables proportions la durée de la suppuration.

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