CHAPITRE III
Revue du traitement des brûlures.
Il n'est pas sans intérêt de passer en revue les divers modes de traitement qui ont été successivement préconisés dans le traitement des brûlures en nous attachant plus particulièrement au traitement des brûlures superficielles et étendues.
Le nombre de ces traitements est infini et tout en croyant être très complet, nous n'avons pas la prétention de les mentionner tous.
Pour apporter un peu d'ordre dans cette énumération, nous avons cru utile d'adopter la division suivante :
St
I. Pansements populaires ; IT. Pansements par les poudres inertes ; IIT. Pansements par occlusion ; IV. Pansements par les corps gras; V. Pansements par balnéation ; VI. Pansements antiseptiques : A humides, B secs; VII. Soins chirurgicaux divers ; VIII. Traitement général.
ÏJ. — PANSEMENTS POPULAIRES.
Comme le peut faire prévoir ce titre, ces pansements varient à l'infini avec la naïveté, la crédulité ou la sottise des malades dépourvus d'instruction. L'urine elle-même a été appliquée sur des brûlures : n'est-ce pas tout dire!
Cependant quelques-uns des topiques les plus vulgaires ont joui d'une certaine vogue et quelques médecins n'ont pas craint d'y attacher leur nom.
Parmi ces derniers nous citerons :
a) Les cataplasmes de pulpe de carotte ;
b) Les cataplasmes de pomme de terre ;
c) Les cataplasmes de bouillie de pommes ;
d) Les bulbes de lis écrasés qui, macérés dans l'huile ; ont une efficacité souveraine ;
e) Le millepertuis (kypericum perforatum) qui, préparé comme les bulbes de lis, jouit des mêmes vertus ;
f) Application de légumes, confitures de groseilles, fruits divers non mentionnés ;
2) Application de boue des rues. (Panarole) ;
h) Fricassée de crottin de cheval et de lard. (Reyne de Vaucouleurs. Lemery) ;
i) Les solutions de sel de cuisine.
Nous relevons dans le Nouveau recueil de curiosilés, etc... par le sieur d'Emery (Leyde, chez Pierre Vandaire, marchand libraire, 1648) qu'a bien voulu nous communiquer le docteur Marc Létang, les recettes suivantes, que nous reproduisons à cause de leur singularité :
« Brâlures. Il faut étendre de la chaux vive et, après, filtrer l'eau dans laquelle plongerez la partie brûlée ou la mouillerez avec un linge.
« Autrement faites dissoudre du camphre dans l’eaude-vie et faites comme cy-dessus. »
« Pour le même : prenez de la fiente fraiche de cheval que vous fricasserez dans une poële avec de la graisse douce puis exprimez le jus dans une presse, à travers un linge, duquel jus, graisserez la partie affligée, mettant un papier par dessus. »
« Pour le même : coupez de petites bandes de drap en serge bleue et les trempez dans l'huile de la lampe, puis les allumerez, et toute l'huile qui en tombera en brülant, recueillez-la sur une assiette d’étain et en graissez la partie... mettez un papier par dessus. »
« Onguent pour la brûlure. Prenez de l'huile d'olive et cire blanche, fondez le tout ensemble, puis quand il commencera à fondre vous prendrez du camphre en
poudre, le mettrez dedans, le remuerez puis vous le
mettrez dans une bouëtte »
« Autre pour la brûlure : prenez des glaires d'œufs, les bien battre, y ajouter de l'huile d'olive ou de navette (des plus vieilles) puis battre tout ensemble et appliquer avec une plume. »
« Autre : prenez deux sols de mine de plomb, mettez dans un petit tonneau de vinaigre, tirez après vingtquatre heures, ajoutez de l'huile d'olive qu'il faut bien battre avec l’autre, le mettre sur la brülure recouvert d'un linge et laisser jusqu'à ce qu'il tombe de luimême. »
On dirait bien plutôt lire un livre de cuisine qu’une pharmacopée !
La crédulité de certaines gens est sans bornes. Nous avons donné nos soins à un malade atteint de brülures au troisième degré, qui nous a raconté le fait suivant :
Le jour de l'accident il fit venir un empirique (comme il y en a tant) réputé pour son savoir faire à l'égard des brülures. Voici, au dire du malade, sa façon d'opérer :
Le guérisseur se munit d’un soufflet et dirigeant le souffle de l'instrument sur la partie brûlée, il prononce gravement ces paroles : Feu du ciel perds tes chaleurs.
D'après les croyants la brülure s'arrête ({extuel) et la guérison s'opère rapidement, sauf dans les cas nombreux, comme celui de ce malade, où le patient, las d'attendre la guérison et dont les souffrances persistent, se décide enfin à faire appeler le médecin qui,
BAR DE malheureusement, pourrait quelquefois arriver trop tard. Et tant d’autres exemples que nous pourrions citer à l'appui de ce fait.
Nous n’osons aller plus loin, partout dans ces traitements empiriques et surannés éclate la crédulité et un tel mépris des notions les plus vulgaires, non d'antisepsie, mais de propreté, qu'il nous semble inutile d'insister davantage.