II. — La Curiethérapie
Nous venons de voir que la Curiethérapie we peut être appliquée immédiatement après la résection ; le mieux serait évidemment de placer des aiguilles dans les masses cancéreuses à la fin de l’opération en profitant de l’anesthésie, comme on le fait dans le traitement des cancers du maxillaire supérieur.
Les applications de radium peuvent comporter
19 La puncture des masses néoplasiques par la bouche et par la plaie opératoire, associée à une irradiation par un appareil de surface, pour les adénopathies (1).
20 Ou l’application d’un appareil moulé unique, irradiant la tumeur primitive et les régions ganglionnaires:
19 La punclure à été pratiquée dans les observations IV, V. VTet VIT. Les aiguilles sont placées après une anesthésie locale à Ia novocaïne et fixées à la masse cancéreuse par un fil de soie. |
Elles tombent souvent : il faut alors les replacer.
(1) On sait que, dans ce cas, l’appareil de surface ne doit être appliqué, que. lorsque les aiguilles de platine sont retirées. Celles-ci, en effet, joueraient le rôle de radiateurs secondaires, ef l’on assisterait, à une nécrose massive de la région irradiée. :
2 Les appareils en pâle Colombia, moulés sur l'individu lui-même, permettent l'irradiation à distance. Cet éloignement des foyers de radium qui doit être de 3 centimètres au moins et peut être porté à 4, réalise l’égalisation des doses en largeur, mais surtout en profondeur, et ‘èn particulier protège la peau. On a avantage quand on le peut à dérouler la région à irradier,en plaçant la tête du sujet en hyperextension avec rolalion du côlé opposé. On augmente ainsi la surface à irradier. Toutefois dans ce cas, on ne peut laisser les appareils en place que 10 ou 12 heures par jour et on est ainsi obligé de prolonger l’irradiation, ce qui n’a pas d’inconvénient d’ailleurs.
Les doses données ont été dans nos observations de 150 à 912 millicuries détruits, ce qui a fait par centimètre carré une dose qui.a varié de 0,7 à 2,7 millicuries détruits.
Ces doses ont été réparties sur un traitement qui a varié de 6 à 10 jours, afin de frapper toutes les cellules, en profitant de leur retour périodique de plus grande radiosensibilité.
Ajoutons pour terminer, que les doses totales dont nous venons de donner la valeur, ont été souvent adminïStrées en plusieurs traitements, deux, quelquefois trois, soit à cause du mauvais état général du malade, soit parce qu’on PoUe tâter la susceptibilité du cancer (1).
Les suites — Les résultats.
Les suites du temps chirurgical sont sévères.
Les suites du traitement curiethérapique le sont généralement aussi.
Elles sont le plus souvent marquées par une grosse altération de l’état général : un changement de teint, un amaigrissemént important et de la température. L'absence d’alimentation, les résorptions, l’absence de sommeil, l’infection en sont tout autant la cause que l’action même du radium.
Dans presque tous les cas les ulcérations se recouvrent
(1) Pour le détail des techniques à employer, consulter le compte rendu des leçons de l’Institut Curie (Janvier 1925), et le livre de Mme Laborde : La Curiethérapie des Cancers, Masson, 1925.
ÉD MS ENAE L] d’enduits diphtéroïdes, qui marquent la réaction des muqueuses à l’action du Radium, la suppuration est profuse, des lambeaux sphacéliques se détachent. Dans l’observation IT, alors que les suites opératoires avaient été relativement bonnes, celles" du traitement curiethérapique furent marquées par une suppuration considérable et la production de fausses membranes abondantes. Il en fut de même dans l'observation V, dans l’observation ITI, une broncho-pneumonie emporta le malade 16 jours après la fin du traitement. Dans les autres, par contre, les suites furent meilleures. | Par ailleurs, la réaction des muqueuses est toujours très marquée. Les muqueuses, labiales, buccale et pharingée, sont très vulnérables et leurs lésions précoces. Elle se traduit subjectivement par des douleurs souvent très intenses et objectivement par une rougeur diffuse et marquée, par des fausses membranes, puis par une desquamation brutale. La réparation en est plus ou moins rapide: De son côté, la réaction de la peau aboutit à la chute de l’épiderme et peut revêtir un caractère exsudatif, allant à déterminer des crevasses et même un aspect phlyctenoïde. La répartion peut être assez longue.
Les résultats ont été les suivants :
Observation I. — Pas d'arrêt du cancer. — Apparition deux mois et demi après le traitement d'infiltration néoplasique au niveau de la mastoïde et d’adénopathies sus-claviculaires du même côté que le cancer.
Mort six mois après.
Observation II. — Guérison apparente qui a duré sept mois. Récidive in situ huit mois après le radium. - Mort un an après le radium.
Observation III. —— Mort par broncho, seize joursaprèsle radium.
Observation IV. — Guérison apparente pendant cinq mois : plus d'infiltration, plus de ganglions, souplesse parfaite ; fonctions normales.
A ce moment, récidive in silu et dans la queue de Ia cicatrice : infiltration du menton qui aboutira rapidement à une ulcération.
Deuxième traitement : amélioration.
Continuation in situ aboutissant très vite à la perforation de la joue.
Dissémination néoplasique périphérique : plancher, tempes, menton, zigoma. Troisième traitement : Mort.
Observation V. -- Pas d'arrêt du cancer.
Deuxième traitement : pas d'arrêt du cancer.
Deux mois après : apparition d’un noyau au menton. Mort quatre mois après le radium.
Observation VI. — Pas d'arrêt du cancer, qui continue et perfore la joue. Ë Me
Apparition d’une métastase sur l’autre joue, quatre mois après le radium, précédant la mort de peu.
Observation VII. — Pas d'arrêt du cancer.
Trois mois et demi après le radium, adénopathie carotidienne.
En résumé, et en dehors du cas n° ITT, les résultats ont été mauvais, dans les. observations [, V, VI et VIT. Chez ces malades le cancer qui a pu diminuer n’a pas cessé d'évoluer, puis a repris rapidement, perforant la joue ici, donnant là une'métastase dans la joue opposée, ou des infiltrations néoplasiques à marche rapide tout autour de la zone irradiée et s’ulcérant souvent pour leur propre compte : région mastoïdienne, menton ; adénopathie carotidienne, adénopathie sus-claviculaire.
La mort, dans ces différents cas, est survenue dans des délais qui ont varié de quatre à six mois après la fin de l’apphcation du radium.
Les résultats ont été meilleurs dans les observations IE IV, donnant respectivement sept et: cinq mois de guérison apparente : souplesse parfaite de toutes les régions antérieurement malades, absence d’adénopathies, mouvements faciles. Mais l’un des malades récidive ensuite in suu et meurt un an après le traitement ; l’autre, malgré un deuxième et un troisième traitement, dissémine circulairement des noyaux cancéreux dans le menton, le plancher, la tempe, le zigoma et meurt encore plus vite.
Cette disséminalion circulaire, tout autour de la zone irradiée, dans les régions voisines ou dans les territoires ganglionnaires, et marchant conjointement à la récidive in situ, semble l’évolution la plus fréquente.