‹ Traitement des chorees et des tics de l'enfanceChapitre 12 sur 20 · D. AIN · texte numérisé non relu

D. AIN

saud et H. Meige, sur laquelle nous aurons d’ailleurs à revenir plus en détail à propos de tics.

Elle à surtout pour but de faire disparaître les mauvaises habitudes motrices en s’efforçant aussi de créer de bonnes habitudes.

Ses apphcations ne s'adressent pas seulement aux mouvements nerveux ; elles permettent de corriger les défauts de langage, les habitudes vicieuses d’alimenta-

uon, de régulariser les fonctions viscérales (1).

IT. TRAITEMENT GÉNÉRAL. — Seront applicables à tous les cas les prescriptions générales suivantes :

Faire prendre à l'enfant deux fois par jour un bain à 39° de 10 minutes {Comby), ou un {ub tiède, matin et soir (l’eau ne donnera aucune sensation de froid ni de chaud). Ces bains ou ces tubs seront suivis de friclions générales de la peau avec une flanelle, que l’on pourra humecter d'eau de Cologne ; mais en petite quantité. On a en effet constaté chez de jeunes enfants, après frictions avec de l’eau de Cologne employée en trop grande abondance, une véritable intoxication alcoolique pouvant conduire jusqu’au coma. Les vapeurs d'alcool sont en effet absorbées avec la plus grande facilité par les poumons et aussi par la peau. Nous avons entendu le D' Marfan citer même un cas où un nourrisson eut un coma de ce genre à la suite d'un séjour prolongé sur le genou gauche d’une nourrice, alors qu'elle se frictionnait le droit avec de l'alcool camphré.

On surveillera l'alimentation avec soin. Elle se com-

(4) H. Merce et Feinpez. Remarques cliniques thérapeutiques sur quelques tics de l'enfance. Journ. de Neuro, 1904, p. 10.

posera principalement de lait, d'œufs, de farineux, d’un peu de viande. Le vin, le café, le thé, les alcools seront sévèrement proscrils.

SI

des mouvements n'a pas diminué sensiblement, on est

, au bout de deux mois de ce traitement, l'intensité autorisé à avoir recours aux médicaments.

1° On pourra faire prendre la potion suivante indiquée

par Marfan :

RS PE ane Guests soda to ee Re ne ane 100 cm.$ SIROP ECC A OT. AMÈTOSM 6 A4 20 «de des de ss ae à 50 — ANNE er er nee es à date SET ve mue ge CE PAST: ATSÉNIAI UC BOMUES L:2. 20 eee de do eee 0,01 centig.

Prendre 3 fois par jour une cuiller à café de cette potion.

2° Dans les cas réellement graves, on emploiera le traitement de Comby, par la liqueur de Boudin, dont on prendra au début 10 gr. par jour, en augmentant de 5 gr. les jours suivants, jusqu'à concurrence de 35 gr. et redescendre à 10 gr. en suivant la progression inverse. Pendant ces 11 jours, 1l sera veillé très attentivement à ce que l'enfant prenne du lait.

Enfin, 1l va sans dire, si la chorée est accompagnée de manifestations nettement rhumatismales, que l'emploi du salicylate de soude s'impose.

Que les mouvements aient disparu où qu'ils persistent encore, il ne faudra pas négliger non plus l'état général du choréique. S'il est anémique, il sera nécessaire de la traiter, soit par la liqueur de Fouwler, (TV gouttes par jour pendant 3 semaines, se reposer les trois semaines suivantes et refaire une nouvelle période de trois semaines), soit par le fer, en ordonnant 1 à 2 pilules par jour de :

et

Protoxalaterde "fer neue, ol, pes shit; 0 gr. 07 ICXTDAIL CO BENHANE. 2e di side 1 À ©, di Poudre de gentiane bras pour 1 pilule.

Ou bien IV gouttes de teinture de mars lartarisée. soit enfin par une saison dans une station estivale, la Bourboule par exemple, où les enfants, ceux des grandes villes surtout, trouvent un air pur, frais, et une médication arsénicale naturelle appropriée à leur anémie.

Nous apportons ici quelques observations inédites de chorées de l'enfance que nous ferons suivre des remarques auxquelles elles nous ont paru pouvoir donner lieu.

Observation I (Personnelle).

(Recueillie dans le service de M. le Pr Brissaup, à l'Hôtel-Dieu).

Nous avons à faire à un enfant de 10 ans, Victor M..., qui en est à son troisième accès de chorée.

Son père, représentant de commerce, actuellement âgé de 46 ans, s’est toujours bien porté, sauf en 1898, où il a souffert de douleurs probablement rhumatismales localisées aux genoux ; il ne s'en est pas ressenti depuis.

Sa mère, qui a toujours été en bonne santé, a eu quatre enfants, tous bien portants : trois garçons âgés respectivement de 17, 14, 10 ans et une filletie qui a 7 ans.

Tous ces enfants sont nerveux, coléreux, facilement excitables.

Le deuxième a eu des cauchemars à l’âge de 5 ans. La fillette est extrêmement pusillanime, la plus petite chose l’effraye et l’impression causée par la crainte ressentie dure plusieurs heures. Jamais elle n'irait seule la nuit dans une pièce non éclairée,

Ils sont tous intelligents.

Notre jeune malade a eu la rougeole à 2 ans, la coqueluche à & ans. Il n’a pas eu de convulsions dans sa première enfance.

En 1900, étant âgé de 5 ans 1/2, sa mère l'a trouvé un matin dans son lit dans la position suivante : le corps raidi entièrement, la tête rejetée en arrière, les épaules effacées, les omoplates se touchant ; il ne parlait pas. Ses yeux étaient ouverts. Il avait avec cela de la fièvre, 40 degrés. Un lavement et une purgation au calomel donnés le 2 jour eurent raison de cette crise et il revint rapidement à lui.

Pendant une huitaine de jours il garda la tête rejetée en arrière et une certaine raideur de tout le rachis. C’est à ce moment qu'il accusa des douleurs dans les doigts, les poignets, les genoux (1).

On peut supposer qu’il s’agit là d'une infection rhumatismale avec, au début, localisation aux enveloppes cérébro-spinales et plus tard aux articulations.

En effet, pendant environ 25 jours encore, il eut de violents maux de tête et, plusieurs fois par jour, des élévations de température, atteignant 41 degrés, brusques et de courte durée.

L'ensemble de ces phénomènes morbides dura environ 7 semaines.

Un an après, vers la fin de 1901, étant âgé de 8 ans, un jour qu’il revenait de l’école, sa mère s’aperçut qu'il faisait avec les bras des mouvements désordonnés et continuels et en particulier avec le droit, le mouvement que l’on exécute lorsque l’on veut faire claquer un fouet.

Son cahier était rempli de taches et l'écriture était illisible.

Sa bouche était animée de mouvements continuels, tels que pincement des lèvres, moue à droite, à gauche, mouvements de latéralité du maxillaire inférieur.

La parole était lente, défectueuse ; le malade était comme embarrassé de sa langue.

Tous ces mouvements disparaissaient pendant le sommeil.

Les membres inférieurs furent tout à fait indemnes.

Cette première crise dura environ # mois; pendant ce temps l'enfant n’alla pas à l'école et il fut traité par l’antipyrine.

(4) On lui prescrivit du salicylate de soude,

En juillet 1903, il eut une deuxième crise très violente avec mouvements désordonnés des bras, parole embarrassée. Sa maladresse était telle qu’il ne pouvait plus manger seul.

Cette fois, les membres inférieurs furent atteints au point qu'il ne pouvait plus ni marcher, tellement il s'embarrassait de ses jambes, ni rester debout sans tomber; il fallait le tenir quand il voulait uriner.

L'accès dura quatre mois, le jeune Victor fut traité à Trousseau pendant 15 jours par le pyramidon et le séjour au lit, mais il passait son temps à jouer avec les autres enfants.

Durant les trois mois et demie qui suivirent, il prit de l'antipyrine.

En mai 1905, sa mère le voyant très anémié, fit venir un médecin. Celui-ci conseilla d'envoyer l'enfant aux colonies de vacances.

Au commencement de juillet, troisième accès à début assez brusque.

Cette fois-ci le malade présenta encore toute une série de mouvements de la bouche analogues à ceux déjà décrits, mais il s’y ajouta un claquement de la langue fréquent, que la mère a observé pendant son séjour au lit.

Ce n’est que trois mois plus tard qu’il nous fut donné de voir le petit malade, amené par sa mère à la consultation du mercredi.

C'était un choréique type. Il vint s'asseoir en sautillant, les yeux inquiets, regardant de tous côtés. Etant assis, il haussait les épaules: son corps, sa tête changeaient de position à tout instant; ses mains et ses doigts exécutaient comme un pianotement sur ses genoux; ses jambes se balançaient pendant qu'il tournait ses pieds en tous sens.

Mais des renseignements intéressants nous furent fournis par l’'interrogatoire de la mère. Celle-ci nous apprend, outre ce que nous avons dit plus haut, que son fils a eu, pendant un certain temps, beaucoup de difficulté à s’habiller seul, qu'il en éprouvait une encore plus grande à marcher sans être accompagné : les jambes flageollent, les pieds s’entrecroisent et s’'embarrassent, et c'est à grand peine qu'il parvient à ne pas tomber.

BRUEL, k

+ SNS

Au lit il gesticule et frappe le mur.

Le caractère de l'enfant a, lui aussi, été touché; pendant les accès il devient sombre, taciturne et brutal ; il bat sa Jeune sœur, s'emporte à tout propos et dit de gros mots lorsqu'on le réprimande.

Chose exceptionnelle, son goût pour le travail n'a pas diminué, il lit avec plaisir, avec excès même, et il enrage de ne pas pouvoir écrire correctement.

Il arrivait quelquefois que l’enfant, pendant les repas, en particulier, restait quelques minutes la bouche ouverte, bavant, ne pouvant pas parler, puis il se remettait à manger.

Quand on lui demande de rester tranquille, il peut arrêter ses mouvements pendant un temps très court.

Le jeune Victor se sent moins vigoureux : il soulève, avec plus de difficulté qu'autrefois, certains objets.

Nous lui trouvons un pouls arythmique, rapide. Les battements du cœur sont violents, irréguliers: rien du côté de l’appareil respiratoire.

L'appétit est excellent, même exagéré, et il n’est pas rare de voir le jeune Victor, entre les repas, demander plusieurs fois à manger quelque chose.

Il est assez grand pour son âge, mais malingre, pâle, anémié.

Fait important, son sommeil est tranquille.

Les réflexes sont vifs, mais égaux des deux côtés.

Nous ne trouvons pas de troubles de la sensibilité, pas de traces d’anesthésie.

Le traitement suivi pendant le troisième accès a été le suivant :

Les trois premières semaines : antipyrine, puis séjour dans une colonie de vacances à Fontainebleau pendant 3 semaines.

A son retour, vers le 1# septembre, l'enfant étant plus affaibli que jamais, les mouvements choréiques ayant augmenté, sa mère le conduisit à Trousseau où on lui donna un traitement qu'il suivit pendant quatre semaines.

4° Antipyrine ;

2 Enveloppement dans un drap mouillé froid, un quart d'heure chaque matin ;

3° Alitement.

Mais, durant ce séjour au lit, le jeune Victor avait continuellement près de lui une ou plusieurs personnes ; il jouait avec sa jeune sœur, se levait pour prendre ses repas et lisait beaucoup.

Il eut une hallucination nocturne il y a huit jours : il crut voir remuer ses pantoufles !

À l’hôpital on conseilla de suspendre l’antipyrine.

Tout ceci ne correspondait pas du tout au traitement préconisé par le Prof Brissaud. Aussi, malgré l’antipyrine, le drap mouillé, le lit, les mouvements subsistent-ils encore assezintenses trois mois et demie après le début du troisième accès.

Nous avons ordonné à la mère :

1° De maintenir la suppression de l’antipyrine ;

2° D'abandonner le drap mouillé et de le remplacer par deux tubs, un le matin et un le soir, l’eau ayant la température du corps, c’est-à-dire ne donnant ni la sensation du froid, ni celle du chaud ;

3° D'exiger le repos absolu au lit, les repas devront y être pris, avec autorisation de ne se lever que pour satisfaire à ses besoins naturels, enfin de maintenir la pièce dans l’obscurité aussi complète que possible ;

L° De tenir l'enfant isolé; sa mère seule doit s’occuper de lui, et de ne permettre aux autres membres de la famille d'aller voir le petit malade qu'une fois par jour et pendant un temps très court;

5° De donner une alimentation abondante : lait, œufs, farineux, peu de viande, éviter le thé, le café, le vin.

Quinze jours après, la mère nous ramène son fils comme nous le lui avions demandé. Elle nous raconte qu'elle lui fit suivre pendant huit jours le traitement prescrit, dans toute sa rigueur. Dés le 5e jour, l’enfant ne remuait plus. À partir du 8°, il resta levé de 9 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir. L'écriture était redevenue normale, les mouvements avaient complètement disparu, mais ils revinrent peu à peu à dater du 11°, sans cependant atteindre la même intensité qu'auparavant.

La mère nous rapporte, en outre, que pendant son séjour au lit, il urina deux fois sans s’en apercevoir, et qu’il eut le matin même un engourdissement du bras et un embarras de la langue accompagné de salivation.

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