‹ Traitement des chorees et des tics de l'enfanceChapitre 8 sur 20 · LES TICS DE L'ENFANCE · texte numérisé non relu

LES TICS DE L'ENFANCE

« Le tic est un acte primitivement commandé par une cause extérieure ou par une idée et coordonné vers un but; par la répétition, cet acte passe à l’état d'habitude et finit par se reproduire involontairement, sans cause et sans but, en s'exagérant dans sa forme, dans son intensité et dans sa fréquence; 1l prend ainsi les caractères d’un mouvement convulsif et intempestif répété à l'excès ; son exécution est souvent précédée d’un besoin impérieux, et sa répression, d’un malaise. La volonté, la distraction peuvent le suspendre ; 1l disparaît dans le sommeil.

» Le tic apparaît chez les prédisposés, 1l coexiste fréquemment avec les autres manifestations du déséquilibre mental » (1).

Comme nous l’avons fait pour la chorée infantile, nous allons esquisser brièvement le portrait du jeune tiqueur, en nous inspirant de l’enseignement de M. le Prof' Brissaud (2), du bvre Les tics et leur traitement de MM. H. Meige et E. Feindel (3), de la récente monographie de

(1) H. Meice. Tics (Monographie n° 42. OEuvre medico-chirurg.). Masson, 45 juin 1905, p. 2.

(2) Brissaun. Tics et spasmes de la face. Leçons sur les maladies nerveuses, re série, 1893-94.

(3) H, Merce et E. Fennec, Les Tics et leur traitement, 1 vol. Masson, 1902,

M. H. Meige, consacré aux Tics, et des nombreuses publications de ce dernier sur ce sujet.

Voici un jeune homme de 17 ans, qu'on nous dit atteint de « mouvements nerveux ». Pendant les premiers moments de la consultation, il reste tranquille, très attentif à ce qu'on dit de lui, et ce n’est qu’au bout de quelques instants qu'on lui voit faire inopinément un clignement d'œil, un hochement de tête, un haussement d'épaule, brefs et brusques.

Or, notre jeune homme, sachant pourquoi il est 101, s'est surveillé pendant un moment. C'est, en effet, le propre des tics que de dispara..re pour un temps sous l'influence de l'attention. Mais cette contention n'est pas de longue durée; l’attention du tiqueur est fugace, et c'est précisément parce qu'il s'est contenu un instant, qu'on va le voir bientôt se livrer à une véritable débauche de tics.

Décrire tous les mouvements qu'il fait, nous entraînerait trop loin.

Prenons un de ses tics en particulier, un tic de la face. C'est une grimace rapide, un brusque mouvement des lèvres. C'est un acte convulsif, intempestif, mais qui ne semble pas particulièrement coordonné vers un but défini.

Quand a-t-1l commencé ? On nous apprend que c'est à la suite de l'extraction d’une molaire. L'enfant passait son temps à sucer la plaie laissée par cette ablation, d’où déplacement de la commissure labiale.

C'était devenu un besoin impérieux, auquel, malgré les observations de ses parents, le petit malade ne pouvait résister. Une autre dent est poussée à la place; mais le mouvement a persisté, s’est transformé peu à peu, a

pris une allure plus convulsive et, s'étendant, est devenu une véritable grimace.

Ce mouvement des lèvres était donc au début coordonné vers un but défini, bien qu'aujourd'hui sa destination puisse sembler illogique. C’est bien là le propre du tic; celui-ci « peut être considéré comme une perturbation fonctionnelle, en ce sens qu'il représente un acte commandé par un besoin exagéré, intempestif, auquel succède une satisfaction excessive, déplacée » (1).

Poursuivons notre interrogatoire. L'enfantnous apprend quil a pu se contenir au début de la visite, bien qu’il éprouvât une violente envie de tiquer, si violente qu'elle était pour lui une véritable souffrance.

« Si le sujet est incapable de maîtriser le besoin d’exécuter des actes habituels et s’il souffre de ne pouvoir les exécuter, 1l s’agit bien de tics. La constatation de cette souffrance est un point excellent de diagnostic (2) ».

Demandons à notre petit malade les circonstances et le temps le plus long pendant lesquels il a pu rester sans tiquer.

Il nous répond que c’est à la pêche, sa distraction favorite : tant qu'il tient sa ligne baissée, dans l’espérance de voir mordre le poisson — et cela dure quelquefois une demi-heure — il reste tranquille ; mais dès qu'il la relève, il éprouve un grand soulagement à donner libre cours à ses tics.

Il prend actuellement des leçons d'escrime : pendant l'assaut, il garde une attitude correcte; mais l'assaut terminé, la grimace reprend de plus belle.

(1) H. Merce et E. Fennec. Les tics et leur trailement, Masson, 1902, p. 129. (2) Ibid.

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De son côté, sa mère nous apprend qu'il tique à peu près depuis l’âge de dix ans. Il a eu successivement des tics des paupières, un hochement de tête, un haussement d'épaule : tics de forme clonique.

Ces « mouvements nerveux » viennent par accès qui durent plus ou moins longtemps et qui sont suivis d'une période de calme.

Il avait pris, il y a quelques mois, l'habitude de tourner brusquement sa tête à gauche. Il la maintenait dans cette position un temps assez long, et il accentuait encore ce mouvement quand il lisait ou écrivait, ou encore quand il était fatigué. Aussi, était-ce le soir qu'il se manifestait avec la plus grande intensité. Le repos et principalement celui de la nuit le faisait disparaître et le malin au réveil, le jeune homme restait un assez long temps sans tiquer. C'était un tic de forme fonique.

En dormant, aucun mouvement nerveux, — les vrais tics disparaissent toujours pendant le sommeil.

Il parle très vite et ses phrases se terminent par un véritable bredouillement. De temps à autre, sans raison aucune, 1l émaille son discours de l’exclamation « ah ! »

Par ailleurs, nous apprenons également que depuis longtemps 1l mange avec précipitation, en mastiquant à peine, et parfois avec une sorte de voracité. Souvent, dans la journée, mais à des heures très variables, 1l réclame impérieusement à manger. Aussi, ses fonctions digestives sont-elles fréquemment troublées : 1l a tantôt de la constipation, tantôt de la diarrhée.

Sa démarche est incorrecte, elle est en général très rapide, et même par un besoin irrésistible, 1l fait de temps en temps quelques « pas de course » et quelques génuflexions incompréhensibles.

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Examinons-le de plus près. Son asymétrie faciale est frappante, un côté de la figure est plus petit que l’autre, le nez est de travers. |

Les réflexes sont normaux, la sensibilité objective aussi; mais 1l accuse une foule de sensations bizarres, la moindre gène l’exaspère et la plus légère douleur donne lieu à des réactions motrices disproportionnées.

L'examen de tout tiqueur comporte une enquête mentale. Voici à cet égard ce que nous apprenons. Bien que notre malade ne soit plus un enfant (il a en effet 17 ans) il est sous certains rapports aussi jeune de caractère que son frère, de 7 ans moins vieux : même insouciance, même légèreté. Il s'entend parfaitement avec celui-ci et prend volontiers part à ses jeux.

La moindre réprimande provoque chez lui des crises de larmes, qui surprennent d'autant plus que le jeune homme est assez avancé dans ses études. Il a toujours été pour certaines matières un brillant élève, se distin- guant par sa vive imagination, sa mémoire et sa grande facilité d’assimilation ; mais il s’est toujours montré rebelle aux mathématiques et d’une façon générale à toutes les études qui nécessitent un raisonnement prolongé.

Sa timidité est extrême, elle s'accompagne parfois d’une sorte d'angoisse. Le moindre obstacle l’effraye et une question nouvelle posée, à un examen, d’une façon inopinée, le déconcerte.

En travaillant, il lui arrive parfois de jeter dans sa chambre ses cahiers et ses livres, dans un moment d’impatience et de colère.

Lorsqu'il se déshabille le soir, 1l faut que ses vêtements

= 30e = soient toujours placés sur la même chaise et dans le même ordre. Il ne pourrait s'endormir sans avoir satisfait à cette manie et sans s'être baissé trois fois pour regarder sous son lit.

Cet état mental n’est pas spécial au tiqueur; on le retrouve chez la plupart des prédisposés. Désharmonie des diverses facultés mentales (Magnan), imperfection de la volonté, infantilisme mental (H. Meige), instabilité psychique en rapport avec l'instabilité motrice, obsessions, idées fixes, petites manies.

Le portrait clinique que nous venons de tracer n’a pas la prétention de s'appliquer à tous les tiqueurs. Rien n'est plus variable que les formes des tics n1 que les anomalies psychiques qui les accompagnent et dont ils dépendent souvent.

Quelques mots, pour finir, de leur étiologie.

C’est entre 7 et 8 ans qu'apparaissent les tics de l’enfance ; alors, les fonctions psychiques ont acquis un développement suffisant pour que leurs imperfections, si elles existent, puissent se révéler. »

Une autre époque où les tics font fréquemment leur apparition est celle de la puberté. j

Charcot a montré combien l’hérédité était constante chez les tiqueurs. Cette hérédité est : 1° similaire, dans quelques cas, et les sujets qui en sont porteurs forment les familles de tiqueurs ; 2° dissemblabe ; et dans ces cas toutes les tares névropathiques ont été retrouvées.

L'imitation joue dans l’étiologie des tics un rôle des plus importants ; elle peut être volontaire et consciente, ou involontaire et inconsciente {(écholalie, échokinésie

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de Charcot). Certaines occupations professionnelles, l'entourage, la mauvaise éducation, le surmenage cérébral sont encore des facteurs que l’on a signalés.

Quant aux causes premières des tics, elles nous échappent actuellement et on peut dire avec H. Meige :

« Nous ne serions pas surpris de voir les constataüons d’autopsies demeurer toujours négatives dans les cas de tics. Nous ne croyons pas, en effet, que l’affection soit sous la dépendance d’une lésion acquise ; nous supposons plus volontiers qu'il s’agit d'anomalies congénitales, d’arrêts ou de vice de développement des voies d'association corticales ou des anastomoses infra-corticales, minuscules malformations tératologiques que nos connaissances anatomiques sont malheureusement encore impuissantes à reconnaître. »

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