B. DE LA RÉSECTION TRAUMATIQUE . PRIMITIVE
Favorisé par les circonstances, le chirurgien a pu sauver le membre de son malade ; guidé par son expérience, s'appuyant sur les principes d’une :saine chirurgie ‘et mettant:à profit les bienfaits de la méthode anti-septique, il va maintenant:s appliquer à parfaire la guérison et-à doter son malade d’un membre vigoureux et d'un fonctionnement utile.
. Pour cela deux voies se:présentent à lui.
En suivant la: première, il se contentera d’aider la nature et fera de la-chirurgie conservatrice pure :et simple en ‘se conformant aux principes que nous exposerons plus loin. S'il prend la seconde, son rôle deviendra plus actif, si nous pouvons nous ‘exprimer ainsi par COMparaison avec la passivité relative. apanage de l’expectation pure-et simple. Bien plus qu'actif, il deviendra hardi, sans être pour cela téméraire, et demandera à la médecine opératoire de lui fournir le moyen d’activer la guérison de :son:sujet. C’est à la résection traumatique :primitive qu'il s adressera.
Examinons donc ce qu'il faut entendre par résection traumatique primitive dans le cas qui nous occupe. Nous verrons ensuite quelle est l'opinion des auteurs au sujet
LPO de cette opération ; nous passerons en revue les statistiques et nous terminerons en donnant quelques observations.
Par résection on entend l’ablation avec conservation des parties molles et souvent aussi du périoste, d’une portion plus ou moins étendue d’un os.
Dans les fractures compliquées du fémur, c’est sur l'extrémité des fragments que porteront les manœuvres, c’est une résection dyaphysaire que l’on pratiquera.
Nous n’entendons point parler ici d'enlèvement d’esquilles plus ou moins adhérentes avec régularisation plus ou moins complète des fragments. Ces manœuvres ne sauraient être regardées comme des opérations, mais comme de simples pratiques, faisant partie du pansement, comme une véritable toilette de la plaie, si on nous passe l’expression, et nous en reparlerons plus loin. Nous avons en vue ici l’enlèvement de fragments notables, nullement ébranlés, destiné à mettre en rapport deux portions absolument saines de la diaphyse fémorale.
L'idée de résequer les fragments d'un fémur fracturé n’est sûrement pas une invention nouvelle.
Bien que nous ne possédions point de documents anciens, nous pouvons croire que cette opération a été pratiquée de tout temps.
Nous savons qu’en effet Hippocrate recommandait la résection dans la continuité des os longs; que Galien et plus près de nous Guy-de-Chauliac, Tagault, A. Paré, les deux Fabrice, Gourmelieu, Daleschamps la pratiquaient également.
So . Nous ne saurions dire au juste s’il s'agissait ici d’opérations primitives ou secondaires, et si elles étaient pratiquées pour des fractures ou des affections chroniques des os. ?
À une époque voisine de nous, Percy semble avoir pratiqué un grand nombre de résections primitives.
« Toutes les fois, dit-il, que dans les fractures comminutives des os longs, avec complication de plaie, j'ai pu avec la scie, et après avoir enlevé les esquilles isolées, retrancher les sommets âpres et inégaux des fragments pour y établir des surfaces planes semblables à celles qu'offraient ces sommets dans l'espèce qu’on appelle en navet, j'ai obtenu une guérison aussi prompte qu’elle l’est ordinairement dans ces fractures, sauf le raccourcissement du membre qui est inséparable de la nécessité en général un peu exagérée par les observateurs, de mettre en contact les extrémités des fragments. »
Baudens, quoique du même avis, fait des réserves pour la résection de la cuisse, « On ne parvient jamais, dit-il, à guérir les fractures de cuisse alors même qu'on est parvenu à extraire toutes esquilles, et quand, par miracle, on a obtenu un succès en apparence, celui qui a eu le fémur fracturé conserve toute sa vie des fistules, avec issue de temps à autre de portions d'os nécrosé.
Briot, dans son Histoire des progrès de la chirurgie militaire en France recommande formellemeut la résection.
« Ainsi, dit-il, dans une fracture par une balle à la partie moyenne de la cuisse, on pratiquerait une longue incision à la face antérieure du membre ou même à l'en-
Legrand. &
ou droit de la blessure, on extrairait les esquilles, on ferait sortir les extrémités des fragments à travers cette plaie, et on opérerait la réséction. Ensuite on placerait le membre dans une position avantageuse, et on se conduirait au reste comme dans une fracture ordinaire avec plaie. » | |
A notre époque, Verneuil, Léon Lefort, À. Guérin, ne sont pas opposés à la résection, ils conseillent pourtant de ne point l'employer à la légère, d'observer de combattre l’inflammation et de réserver la résection pour les cas où les accidentsmenacent d’emporter le malade.
Eufin Heyfelder croit la résection indiquée :
1° Quand les fragments font saillie à travers les parties molles et ne peuvent être ramenés en arrière.
2° Quand les extrémités ‘osseuses sont tranchantes, aiguës ‘et occasionnent des douleurs intolérables, menacent de perforer les vaisseaux, et sont denature à neplus présenter des surfaces susceptibles d’être affrontées par la coaptation. Dans ces conditions, l'opération sauve la vie et permet d'appliquer les appareils aveclesquels le blessé peut-être transporté. Mieux que la résection dans la contiguïté, la résection diaphysaire se prête à la pose d'un bon appareil contentif. Elle convient naturellement quand on atout sous la main, une bonne installation, des aides nombreux, mais dans les grandes guerres, sa contre-indicationest formelle.
Le chirurgien russe reconnaît 1l est vrai que cette opération condamnée par plusieurs médecins militaires sacrifie trop l'os, donne de moins bons résultats que la résection secondaire et lui préfère celle-ci dans tous les