‹ Traitement des Fractures de l'Olécrâne: Par le CerclageChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La chirurgie ancienne était incapable de mettre entre les mains des opérateurs une méthode qui leur permit de marcher à la fois à la solution de ce triple but ; et il a fallu attendre, pendant de nombreux siècles, la révolution bienfaisante opérée dans la chirurgie par Lister, pour qu’on püût, à la faveur de la méthode antiseptique, établir un traitement rationnel des fractures de l’olécrâne.

Jusqu'à cette époque, le meilleur était ennemi du bien ; il fallait se borner et, entre ces maux : atrophie musculaire, cal fibreux, ankylose, savoir choisir le pire, pour le combattre. Suivant l'accident le plus redouté, le traitement variait ; aussi, en verrons-nous apparaître un nombre considérable qui seront tour à tour préconisés puis délaissés.

Les anciens avaient surtout pour but d'éviter l’ankylose. Hippocrate, puis Celse et Galien abandonnaient à elles-mêmes les fractures de l'olécräne : le

membre malade, placé en demi-flexion, était simplement soutenu par une écharpe et le patient devait, autant que la douleur le lui permettait, mobiliser son articulation le plus tôt possible. Cette manière de faire évitait l’ankylose, mais donnait quelquefois une pseudarthrose, toujours un cal fibreux ordinairement long. Néanmoins elle semble avoir satisfait pendant longtemps les chirurgiens, le silence absolu qu'on trouve, au sujet des fractures de l’olécrâne, dans tous les écrits médicaux, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, laissant à supposer qu'on appliquait alors, comme étant le meilleur, le traitement des anciens.

En 1751, Duverney, qui savait qu'il ne peut y avoir ankylose que s’il y a eu arthrite et que l’immobilisation, loin d'occasionner celle-ci, est au contraire le meilleur moyen de la prévenir, réforma le traitement des fractures de l’olécrâne et le dirigea dans ce sens nouveau : obtenir un cal fibreux aussi court que possible. Pour atteindre ce but, il immobilisa le membre en extension moyenne, après avoir rabaissé, par un bandage approprié, le fragment supérieur. Il obtenait ainsi un cal fibreux ne dépassant pas un pouce, suivant Boyer. L’ankylose était le plus souvent évitée, mais il persistait des raideurs articulaires, contre lesquelles on réagissait par une mobilisation plus ou moins précoce.

Desault, tout en y apportant quelques modifications de détail, adopta cette manière de faire et tel fut, jusque vers le milieu du XIXe siècle, le traitement des fractures de l’olécrâne, traitement qu'on

op jugeait alors excellent et dont Nélaton disait qu'il assure au membre sa force et son agilité.

La question en était là, lorsque Malgaigne, en 1847, la reprit et démontra, observations en mains, qu’un cal fibreux, quelque court qu'il soit, n’est qu’un pis-aller ; car, très souvent incomplet, il est toujours susceptible sinon de se rompre, du moins de s'étendre. Aussi, persuadé qu’il n’y a de satisfaisant que le cal osseux et que, pour l'obtenir, il faut, de toute nécessité, que les fragments demeurent en contact, ainsi que Cooper l’a démontré expérimentalement (1), adopta-t-1il l'immobilisation en extension complète qui permet, surtout dans les fractures de la base, une coaptation presque parfaite.

Richet, tant à cause de la douleur occasionnée par cette attitude que par ses inconvénients au cas malheureux où se produirait une ankylose, persistait à suivre la méthode de Desault ; pendant que d’autres chirurgiens, en particulier Camper, Baudens, Huyghens, contestant la valeur des résultats obtenus par leurs collègues, revenaient résolument au traitement séculaire d'Hippocrate.

Mais les résultats des uns et des autres n'étaient pas brillants. Prolongeaient-ils l'immobilisation, ils aboutissaient sinon à une ankylose définitive, du

(1) Cet auteur prit deux séries de chiens. À ceux de la première il fractura l’olécrâne transversalement, la réunion s'effectuait toujours par du tissu fibreux; à ceux de Ja seconde il fractura l’olécrâne longitudinalement, la réunion se faisait alors par un cal osseux.

moins à des raideurs articulaires aussi longues que douloureuses à vaincre; mobilisaient-ils de bonne heure, ils voyaient se former un cal fibreux ; combinaient-ils, comme Hamilton, l'immobilisation et la mobilisation, ils étaient sûrs de ne pas avoir d'ankylose, mais, en revanche, il leur était interdit d'espérer la consolidation osseuse et ils devaient s'estimer heureux quand ils avaient une consolidation fibreuse.

C'est alors qu'apparurent plusieurs instruments qu'on pourrait presque qualifier de torture (1), dont le but était de coapter avec force les fragments osseux et d’enempêcherla dissociation aux premières tentatives de mobilisation. L'intention dans laquelle ils avaient été construits était évidemment bonne, mais les résultats auxquels ils arrivèrent le furent moins, si bien qu'André, dans sa thèse, écrite pour préconiser l'appareil de Pingaud, fait lui-même quelque part cet aveu : « Cependant nous ne voudrions pas, sur ce seul fait et sur celui de M. Rigaud, que nous citons

(1) Rigaud, pour coapter les fragments, se servait d’une griffe qui, implantée dans l’olécrâne, allait s'accrocher à une vis enfoncée dans le cubitus.

Mayor abaissait l’olécrâne avec un brassard mobile placé au-descus du coude et attiré en bas par deux liens attachés entre le pouce et l'index.

Richet arrivait au même but au moyen d'un lien élastique fixé par ses deux extrémités à l'avant-bras et passant derrière le fragment supérieur.

Enfin, Pingaud utilisait l'appareil qu'avait construit Malgaigne pour les fractures de Ja rotule.

Ross plus loin (1), affirmer que ce traitement est toujours plein d'innocuité. Il nous semble que les pointes métalliques introduites au voisinage d’une articulation peuvent être suivies d'accidents trop sérieux pour appliquer ce traitement à toutes les fractures de l’olécrâne ».

Mais ces tâtonnements allaient bientôt prendre fin; l’ère antiseptique commençait. Le traitement idéal des fractures de l’olécräne devenait possible; on allait pouvoir pratiquer sans crainte l'ouverture du foyer, ce qui permettrait à la fois d'évacuer l’épanchement sanguinintra et péri-articulaire, de débarrasser les surfaces de fracture des débris fibreux et des caillots sanguins qui les séparent, d'assurer, enfin, par une coaptation parfaite en tous points, la consolidation osseuse.

Lister fut le premier qui, en 1873, fit une intervention sanglante pour obtenir un cal osseux dans une fracture ancienne de l’olécrâne. Voici comment il l’annonça à la Société de Chirurgie de Londres : « J'avais souvent exprimé à M. le D' Cameron cette opinion : que la suture métallique que nous employons avec les procédés antiseptiques, dans les fractures du

(1) André ne connaît que deux cas dans lesquels des appareils de coaptation furent appliqués : dans l’un (Obs. I de sa thèse), qui était évidemment peu favorable, Pingaud appliqua son appareil ; il n’obtint qu’un cal fibreux et, de plus, vit des accidents gangréneux, heureusement limités, se produire au niveau de la griffe. Dans le second (Obs. ITT), Rigaud appliqua son appareil sur un blessé qui semble en avoir bénéficié.

Tran corps des os longs, pourrait, dans certains cas déterminés, être employée avec avantage dansles fractures de l’olécrâne et de la rotule, lorsqu’en 1873, j'eus à soigner un homme de 45 ans qui, cinq mois avant, avait reçu sur le coude un coup de bâton de policeman; je pratiquais la suture osseuse, le résultat fut satisfaisant, les suites des plus simples ».

Les chirurgiens anglais tentèrent avec un égal succès la méthode de Lister. En 1878 Cameron l'appliqua pour remédier à la rupture d’un cal fibreux, et Henry Smith dans un cas où la consolidation tardait à se produire. Son emploi tend bientôt à se généraliser. En 1880 W. Rose, en 1881 Marc Cornac, en 1882 Lower, en 1883 Clark et Jesop en obtiennent de très bons résultats. Entre temps les chirurgiens allemands avaient imité les Anglais : Langenbeck, dès 1881, avait pratiqué la suture osseuse de l'olécrâäne que préconisait Tredelenburg. En Italie on fit de même. Mais, en France, bien qu'Ollier ait, en 1882, pratiqué l'opération de Lister chez un malade dont la mort accidentelle permit de vérifier nécroscopiquement, 46 jours après l'opération, que les choses étaient en excellente voie; malgré les éloges que Lucas-Championnière, Pozzi et Richelot en faisaient; malgré surtout une belle statistique de sept cas heureux publiée vers cette époque par Lister, la suture osseuse de l'olécrâne trouve partout de l'opposition.

Le 7 novembre 1883, elle soulève une orageuse discussion à la Société de Chirurgie de Paris où M. Chaumel, chargé d'un rapport sur un cas de

2 ape suture de la rotule par M. Beauregard, du Havre, condamne hautement ce genre d'opération.

Le professeur Léon Tripier, dans une thèse soutenue à Lyon, en 1890, par Bellin, se refuse à faire courir à un blessé les aléas d’une intervention sanglante, parce que, dit-il, le cal fibreux importe peu, attendu qu'il n’est jamais trop long ; parce que, surtout cette intervention est incapable d'empêcher l’atrophie du triceps, seule cause d’impotence consécutive, qu on préviendra toujours par le massage.

Le professeur P. Berger fut moins sévère ; sans admettre la nécessité de la suture osseus: dans tous les cas, il la reconnait utile dans quelques-uns et résume ainsi son opinion, devant la Société de Chirusieton done bes fractures de l'olécrane.se consolident, le plus souvent, très bien par les moyens ordinaires ; aussi faut-il établir une distinction : si la fracture siège loin du bec et si les insertions latérales du triceps sont respectées, la consolidation s'obtient par tous les moyens et la suture est inutile. Dans les cas contraires la consolidation est diflicile et l’opération justifiée ».

En 1892, à propos d'un cas opéré avec succès par Michaux et présenté à la Société de Chirurgie, Lucas-Championnière fut chargé de faire un rapport sur le traitement des fractures de l’olécrâne. Ses conclusions furent celles-ci : coapter Îles fragments au moyen de fils métalliques bien serrés; immobiliser le membre en demi-flexion, situation infiniment moins pénible que l'extension et préparant à la mobilisation ; mobiliser hardiment et de bonne heure, au

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plus tard le quinzième jour; ne jamais chercher à enlever les fils, dont on n'entend jamais plus parler, le malade ignorant en général qu’il en est porteur. « C’est à ce traitement, disait-il en terminant, que j'aurai toujours recours, même dans les cas les plus simples, car c’est la seule méthode qui nous permette d'arriver en peu de temps à un résultat complet, et ce peu de temps n'est pas à négliger ». Ces conclusions ne furent pas admises par tous les sociétaires, particulièrement par le professeur Berger qui déclara s’en tenir à ce qu'il avait précédemment dit, d'autant plus qu'il considère les fils d'argent intraarticulaires comme une cause permanente d’arthrite sèche, et le tourillon du fil fixé en dehors comme le point de départ de douleurs et de gêne fonctionnelle.

Du même avis que Lucas-Championnière, Labbé inspira, l'année suivante (1893), une thèse à son élève Vercoustre, thèse qui tentait d'établir les conclusions suivantes :

.. © La fracture de l'olécrane ne peut presque jamais se consolider par un cal osseux,si l’on n’intervient pas par une opération sanglante.

« La suture osseuse, dans cette fracture, ne donne pas d'échecs; les résultats immédiats et éloignés en sont excellents. La durée du traitement est diminuée ; les fonctions articulaires sont rétablies intégralement.

€ C'est une opération simple, facile, à la portée de tout chirurgien, elle n'exige rigoureusement qu’une condition indispensable de succès : l'asepsie absolue: cette condition est aujourd'hui aisée à réaliser.

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« Tous les cas, sans exception, peuvent être traités par la suture, il n'existe pas de véritable contreindication ».

Cette opinion sans restriction était évidemment exagérée; aussi bon nombre de chirurgiens préfèrentils se ranger du côté du professeur Berger, et c’est l'opinion de ce dernier qu'on trouve actuellement indiquée dans tous les traités classiques.

Il nous parait en effet bien démontré par l'anatomie pathologique qu'il est des fractures de l'olécrâne, sans déplacement, sans épanchement articulaire ni musculaire, qui, guérissant toujours n'importe comment, ne réclament pas d'intervention. Mais qu'il en est d’autres, présentant un écartement notable et déterminant l’infiltration sanguine de toute la région, dont la guérison naturelle est impossible et sur lesquelles il faut intervenir, à moins qu'il n'existe une contre-indication formelle du fait de l’âge avancé ou des tares constitutionnelles du malade.

Quelle sera cette intervention?

L'ardent plaidoyer de Lucas-Championnière en faveur de la suture osseuse, les conclusions si catégoriques de Vercoustre ne nous semblent pas avoir tranché la question. « Outillage compliqué; manœuvres augmentant, par leur nombre etleur complexité, les chances d'infection ; impossibilité du forage dans les fractures comminutives à fragments étoilés; action nocive des fils abandonnés au voisinage immédiat de l'articulation » (1), ce sont là autant d'inconvénients

(1) Paul Bercer.—In Gazette Hebdomadaire, 2 mars 1902.

BONE qu'ont bien fait ressortir les nombreuses sutures osseuses pratiquéessur la rotule et qui déterminèrent le professeur Berger à essayer, sur une de ses malades chez laquelle l’immobilisation avait échoué, d'obtenir la réunion des fragments rotuliens au moyen « d’une anse métallique passée, au ras de l'os, dans Îles insertions tendineuses et ligamenteuses, de telle façon que cette anse, lorsque ses chefs ont été serrés et tordus, enserre, comme un cercle rigide, les deux fragments et les maintient au contact» (1).

Cette opération, décrite devant la Société de Chirurgie, le 13 juillet 1892, sous le nom de cerclage de la rotule, et couramment employée depuis, a toujours donné d'excellents résultats ; aussi, ces derniers temps, MM. Rollet, Legueu et Berger l’ont-ils, chacun d’une façon spéciale, appliquée au traitement des fractures de l'olécrâne.

(1) Paul BerGer. — Loc. cit.

CHAPEEREETIT

Entre le procédé de Legueu et celui de Berger il y a bien peu de différence. Le premier fait « une incision curviligne, à concavité supérieure, s'étendant sur toute la partie postérieure du coude et allant de l’épitrochlée à lépicondyle »; il suture la plaie sans drainage ; il n’applique pas d'appareil immobilisateur, mais se contente de faire un pansement un peu serré qui maintient le membre fléchi à angle obtus, « de sorte qu’il n’y a aucun tiraillement sur le fil et les fragments » ; au bout de quatre à cinq jours le premier pansement est enlevéet remplacé par un nouveau qui, cette fois, maintient le membre fléchi à angle droit, « de façon à éviter toute tendance à l’ankylose ou même à une simple raideur du coude ».

Le second fait une incision verticale qui « commence un peu au dessus de la pointe de l’olécrâne et se termine àun traversde doigt au dessous du niveau de la fracture » ; il draine la plaie, « car les surfaces

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osseuses fournissent un suintement sanguin qui peut être abondant » ; le tube de drainage est enlevé du troisième au quatrième jour ; il n’applique pas non plusd'appareil immobilisateur, sauf toutefois la nuit, pendant laquelle il met le membre dans une gouttière métallique, qui prévient les accidents que pourraient occasionner des mouvements inconscients ; le jour, le membre est soutenu à demi-fléchi, dès le début, par une simple écharpe, de sorte que «les petits mouvements quise passent dans l'articulation du coude, y entretiennent la mobilité et l’empêchent de se raidir ».

A part cela et quelques variantes sans importance dans les soins préliminaires et consécutifs, lesquels d’ailleurs ne diffèrent en rien des nôtres, la technique opératoire de ces deux chirurgiens est absolument identique ; qu on en juge.

Decq décrit ainsi celle de son maître :

« L'aide maintenant toujours le bras en flexion, l'opérateur, armé d’une aiguille courbe de Reverdin, l'enfonce une première fois dans le tendon du triceps, qu’il perfore de part en part,de dedans en dehors, au niveau du sommet de l'olécrâne. Puis le fil d'argent est passé. Dans une deuxième manœuvre, l'aiguille enfoncée sur la partie latérale interne du fragment supérieur, à partir du trait de fracture, remonte à travers le tissu fibreux, va chercher le fil d'argent et lui fait suivre son trajet. Mème manœuvre pour la partie latérale externe du fragment olécrânien. Ensuite, à environ un centimètre au dessous du trait de fracture et par conséquent des orifices de sortie

te du fil, l'opérateur perfore l'extrémité cubitale. Le chef externe du fil, passé dans le canal osseux ainsi créé, vient retrouver le chef interne. Il n'y a plus qu'à tendre le fil, tordre ses extrémités, les couper au ras et les rabattre sur l'os, après s'être assuré toutefois que les deux fragments sont en contact absolument intime ».

D'autre part, voici comment le professeur Berger, dans son article de la Gazette Iebdomadaire, expose sa technique opératoire : &« Avec une aiguille de Reverdin courbe, un fil d'argent très fort est attiré depuis le foyer de la fracture jusqu’à la pointe de l’olécrâne, le long du bord interne de cet os qu'il rase exactement dans l'épaisseur des insertions du tendon du triceps et du lHigament latéral interne qui se font à ce niveau. L’aiguille alors est réintroduite du côté externe, depuis le foyer de la fracture jusqu'à la pointe de l'olécrâne, où elle sort par l'orifice qui laisse passer le chef supérieur du fil d'argent, après avoir longé tout le bord externe de l’olécrâne, dans l'épaisseur des insertions du triceps et de l’anconé ; elle va chercher et elle ramène le chef supérieur du fil qui forme ainsi, autour du fragment olécränien, une anse qui contourne ses bords interne, externe et sa pointe et dont les deux chefs se dégagent au niveau du foyer de la fracture. La partie supérieure du cubitus est alors traversée à un centimètre environ au dessous du trait de fracture, transversalement de dehors en dedans, par un perforateur qui va chercher le chefinterne de l’anse métallique et qui la ramène de dedans en dehors. Les fragments osseux

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sont alors rapprochés, après un dernier nettoyage de la plaie, et on les maintient au contact, le coude étant placé dans l'extension ; une traction énergique est exercée sur les deux chefs, de manière à serrer le plus possible l’anse métallique ; puis les deux bouts du fil sont tordus, coupés et rabattus le long du cubitus. I! n’est pas fait de suture périostique ».

Le cerclage, fait suivant la méthode préconisée par Legueu et Berger, offre évidemment sur la suture osseuse un double avantage : Il évite les risques de fragmentation de l’olécrâäne et donne la certitude que le fil métallique ne fait nulle part saillie dans l’intérieur de l’article ; mais, à tout bien considérer, il présente les autres inconvénients de l'opération de Preter:

En effet, Legueu et Berger perforent le cubitus et font, pour coapter les fragments, une suture métallique à fils perdus. Ce sont là des procédés passibles de nombreux reproches dont voici les principaux:

De l'avis de Farabœuf, le forage est une opération compliquée ; Hennequin avoue qu'elle présente toujours quelques difficultés et, de la lecture des auteurs,il résulte qu'elle n’est pas sans danger. « Quelque lenteur,dit Ollier,dansson Traité des résections, que l’on mette à perforer l'os avec un poinçon ou un petit foret à main, on peut le faire éciater ou, du moins,le fissurer de la perforation à son bord libre ». En admettant même que tout a bien marché et qu'aucunemanœuvre malheureusen'est venue ajouter au premier un nouveau trait de fracture, il reste bien acquis que la poussière osseuse produite, à mesure

LE PeSE

que le drille creuse son chemin, « favorise la suppuration del’épanchement sanguin auquel elle se mélange et des parties molles auxquelles elle adhère (1). Mais ce qui contribue plus que tout le reste à rendre le forage dangereux, c’est qu'il fait une nouvelle plaie osseuse, alors qu'Ollier, ce maître en la matière, nous enseignait: « qu'il faut, autant que possible, réduire la dilacérationet la contusion du tissu osseux, surtout lorsqu'il s'agit de ces fractures graves, avec fissures et fragments multiples, qui n’ont pu se produire qu'avec des déchirures ou des décollements profonds de la moelle » (2).

Quant à l'emploi des sutures métalliques à fils perdus, il nous paraît absolument contre-indiqué par cette règle élémentaire de petite chirurgie qui veut que tout corps étranger soit extrait, à moins, bien entendu, que son extraction soit plus dangereuse que son abandon.

Néanmoins, les partisans de la suüture métallique à fils perdus paraissent, à priori, avoir justifié leur conduite.

S'ils donnent la préférence aux fils métalliques, c'est à cause des avantages qu'ils présentent sur les autres : ils sont beaucoup plus solides et complètement stérilisables par n'importe quel procédé.

S'ils les laissent à demeure, c’est pour éviter les inconvénients auxquels se heurtent, comme le montrent les observations, les chirurgiens qui ne les

(1) P.BerGer.— Bulletin de la Société de Chirurgie, 1887. (2) OLLtEr. — Traité des résections.

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laissent en place que quelque temps. Ces inconvénients sont les suivants : En vue de leur ablation, on est obligé de laisser, fixée au dehors, une partie de la suture ; si, par malheur, la plaie extérieure vient à s'infecter dans la suite — et la chose n’est pas rare — le foyer opératoire est fatalement envahi par la suppuration qui trouve dans le fil un conducteur la dirigeant vers les parties profondes.De plus,au moment où on les enlève, non seulement les tractions exercées par leur intermédiaire sur les fragments peuvent causer un préjudice sérieux à la réparation commençante, mais encore 1l arrive souvent qu'ils se coupent et que des débris métalliques restent dans la plaie. Ceux-ci cheminent, tôt ou tard, jusque sous la peau, qu’il faut alors inciser à nouveau pour les retirer.

Ces considérations nous ont, depuis longtemps, convaincu de la nécessité de faire, dans la cure des fractures de l’olécrâne, des sutures perdues ; mais nous croyons que le choix des fils métalliques pour les exécuter n’est pas judicieusement fait, et voici pourquoi :

Leur solidité n’est pas à toute épreuve ;on pourra s'en convaincre en lisant la thèse de Josse, qui rapporte plusieurs observations de Reclus,Peyrot,Lucas- Championnière, qui virent des fils métalliques, avec lesquels ils avaient suturé des rotules, se briser bien qu'ils fussent d’un diamètre raisonnable.

Quant à leur parfaite stérilisation, elle ne peut donner, en aucune façon, la garantie absolue que le foyer ne suppurera pas. La présence du fil détermine à la longue une irritation sur les tissus ambiants, qui

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aboutit trop souvent à la formation d'un abcès, même en l'absence de tout germe pyogène, car on ne saurait invoquer une autre cause, surtout dans les cas où la collection purulente apparaît longtemps après la cicatrisation de la plaie opératoire et ne se tarit qu'avec l'élimination du corps étranger. C’est d’ailleurs l'avis du professeur Ollier qui, tout en reconnaissant la tolérance des tissus pour ces fils, se déclare peu partisan des sutures métalliques perdues, « qui donnent lieu, tôt ou tard, à des abcès » (1).

Ces correctifs faits à leurs qualités, ils ne sont pas sans défauts : La portion intra-osseuse du cercle péri-olécränien peut exercer sur le cubitus une action suffisamment irritante pour provoquer la formation d'hyperostoses ou,ce qui serait beaucoup plus grave, l'apparition d'accidents articulaires. [1 ne nous semble pas non plus impossible que l’on puisse observer au coude ce qu'Hennequin a vu à la rotule: la section, à la suite des tiraillements continuels exercés par le triceps, de l’extrémité supérieure du cubitus par l’anse métallique qui la traverse.

Même en mettant de côté ces accidents exceptionneis, l'abandon des fils métalliques au sein des tissus, quoiqu'en dise Lucas-Championnière, est condamnable, parce que de nombreux exemples ont montré que leur présence cause une gêne notable et provoque presque toujours l’apparition de foyers douloureux. M. le professeur Berger lereçconnaîtimplicitement (2);

(1) OLter. — Traité des résections.

(2) P. BEerGer. — Réponse à Lucas-Championnière.

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Jeannet en fait l'aveu ; Delbet (1) en est persuadé, puisqu'il donne un moyen d'y remédier, et Gillis a rapporté des faits dans lesquels des gens, à rotule suturée, souffraient à la marche et ne pouvaient s'agenouiller. |

Dans le traitement des fractures de l’olécrâne Legueu et Berger n’évitent donc, en somme, qu'une partie des inconvénients de la suture osseuse; M. le professeur agrégé Rollet, au contraire, nous semble les avoir évités tous, en faisant un cerclage musculoaponévrotique au catgut, ce qui lui permet d'éviter, à la fois, cette manœuvre aussi dangereuse que difficile qu’est le forage du cubitus et,tout en s’assurant le bénéfice d’une suture perdue, l'inclusion irrationnelle d'un corps étranger.

Mais deux questions se présentent aussitôt à l’ésprits:

Le catgut peut-il, sans inconvénient, être substitué aux fils métalliques ? Est-ce que le cerclage musculo-aponévrotique est suffisant pour maintenir l’olécrâne coapté au cubitus ?

Avant d'exposer la technique opératoire de notre maître, nous allons y répondre.

Société de Chirurgie de Paris, séance du 17 décembre 1890: « Je me demande si le tourillon du fil d’argent, fixé en dehors, ne peut pas devenir le point de départ de douleurs ou de gêne fonctionnelle et si, dans cette hypothèse, il ne conviendrait pas de substituer aux sutures métalliques un fil organique résistant ».

(1) Nous lisons dans la thèse de JEanner : « Cependant ils (les fils métalliques) ne sont pas à l'abri de tout reproche et

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