CHAPITRE V
Le patientétant anesthésié, la région est savonnée à la brosse, lavée avec un mélange d'alcool et d’acide acétique, puis successivement passée à l’éther et au sublimé. Cette désinfection pré-opératoire doit être faite avec le plus grand soin, attendu qu’on va mettre à jour un foyer de fracture et ouvrir une synoviale articulaire. On place, pour plus de süreté, la bande d'Esmarck et l'opération commence.
Le membre placé et soutenu en flexion, adduction et rotation en dedans, le chirurgien fait une incision verticale qui commence un peu au-dessus du sommet de l’olécrâne et finit à 1,5 ou 2 centimètres au-dessous du trait de fracture. Cette incision est largement suffisante pour démasquer complètement le foyer de fracture; dans nos expériences sur le cadavre, supposant que la fracture siège à la partie moyenne de l’olécrâne, nous avons toujours trouvé largement suffisante cette incision longue de 5 à 6 centimètres,
TU et dontles lèvres, délicatement disséquées, s’écartent facilement de 4 centimètres au niveau de la partie médiane de l'incision.
La fracture mise au jour, le sang liquide est étanché avec un tampon et ie doigt, recouvert d'un morceau de gaze aseptique, débarrasse la cavité articulaire des caillots qu’elle contient. Puis les surfaces de la fracture sont minutieusement examinées et débarrassées, avec la pointe mousse des ciseaux, des débris fibro-périostiques ou synoviaux qui peuvent les recouvrir.
C’est alors que l'opérateur exécute,au moyen d'une aiguille courbe, la suture en cercle de l’olécrâne.
Il perfore, tout d’abord, de dedans en dehors, le tendon du triceps au niveau du sommet de l'olécrâne, engage son catgut dans le trajet ainsi formé et le tire à lui jusqu'à ce que son milieu soit engagé dans le tendon tricipital. Le fil, replié en U, forme ainsi deux chefs qui sont de même nom que le bord antibrachial correspondant.
Dans une deuxième manœuvre, l'aiguille enfoncée sur la partie latérale interne du fragment supérieur remonte à travers letissu fibreuxrétro-olécrânien, va prendre le chef interne du cateut et lui fait suivre son trajet. Même manœuvre du côté externe.
Puis l'aiguille, pénétrant par deux fois à travers les masses musculaires sous-jacentes à la fracture, en un point situé à peu près au milieu du muscle anconé, va chercher d’abord le chef externe, puis le chef interne, et les amène au contact l'un de l'autre au niveau de son point d'entrée dans le muscle; si
Ty bien que le catgut ferme en cepoint son trajet périolécränien qui ressemble plus à une raquette qu’à un Cercle.
Il ne reste plus, le bras étant mis en extension, qu'à coapter les fragments, à tendre fortement le fil, et à nouer ses deux extrémités, après s'être bien assuré que les surfaces de fracture sont en contact absolument intime.
L'opération se termine par la suture de la peau avec quelques fils métalliques et la confection d’un petit pansement aseptique.
Le membre est ensuite immobilisé en extension dans un appareil plâtré qui, au bout de quinze jours, est enlevé et remplacé par un nouveau plâtre maintenant le membre dans une attitude intermédiaire à la demi-flexion et à l'extension (1).
Avant de placer ce deuxième appareil, on enlève le pansement ou bien définitivement, ou bien, si la chose est nécessaire, après l’ablation des fils on en place un autre. Quoi qu'il en soit, ce nouveau plâtre n'est gardé que huit jours, au bout desquels, tout appareil immobilisateur étant enlevé, le patient commence à se servir de son membre qu'on masse deux fois par jour pendant quelque temps et qu'on électrise, s’il le faut (2).
(1) M.le professeur agrégé Rollet,plaçant le membre fléchi àangle obtus seulement, a donc adopté ici l’attitude intermédiaire de Desault.
(2) Dans toute notre thèse nous n'avons eu en vue que les fractures fermées.S’ils'agissait d’unefracture ouverte àlaquelle
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Nous avons précédemment justifié l’emploi d'une suture entièrement extra-osseuse faite avec du catgut chromique et montré qu’elle était supérieure à celle que font Legueu et Berger, parce que, tout en arrivant aux mêmes résultats, elle évite de perforer le cubitus et dispense d'abandonner un corps étranger dans les tissus. À ces deux avantages, qui sont sa raison d’être et sur lesquels nous ne reviendrons pas, s'en ajoutent plusieurs autres de moindre importance. Seuls, ils ne seraient évidemment d’aucun poids dans la comparaison des deux méthodes, mais, joints aux premiers, ils en augmentent considérablement la valeur.
C’est, d'abord, la simplicité de l'outillage : il suffit, pour mener à bien cette opération, d’un bistouri, d’une paire de ciseaux, d’une pince à disséquer, d’une aiguille et de quelques pinces hémostatiques, tous instruments se trouvant dans la première trousse venue.
Le cerclage métallique Legueu-Berger, relativement plus facile que la suture osseuse, n'est pas, quoi qu’on en dise, à la portée de tout le monde. Il faut une grande dextérité pour exécuter convenable-
tout ce que nous avons dit précédemment s'applique, le dernier temps opératoire et les soins consécutifs devraient être changés, il faudrait en effet, à cause de l'infection probable du foyer de fracture, établir, ainsi que l'indique M. le professeur Berger, « un large drainage etcondamner le membre à une immobilisation stricte tantque durerait le danger d’une infection articulaire ».