LE TRAITEMENT PAR L’IMMOBILISATION SANS REDUCTION
L'immobilisation simple sur une planche ou dans la gouttière de Bonnet était, jusqu’à ces dernières années, le traitement classique des fractures du rachis.
[ ne faut cependant pas croire que ce procédé thérapeutique soit très ancien. Comme nous le reverrons quand nous étudierons l'historique de la réduction, les anciens, par des procédés souvent assez brutaux, essavaient toujours de supprimer la déformation vertébrale.
C'est vers le milieu du xvrr* siècle que la réduction orthopédique fut discutée. Jusque-là on admettait, avec Ambroise PARÉ, la distinction entre fractures de la colonne vertébrale (nos actuelles fractures dites par tassement), et luxations de la colonne vertébrale (nos fractures dites par arrachement, ou fractures obliques du corps ; et les luxations vraies). On traitait les premières par l’abstention, les secondes par la réduction.
MorGAGni, le premier, émit des doutes sur l’existence des luxations de la colonne vertébrale. DUVERNEY fit de nombreuses expériences qui aboutirent à la conclusion que les luxations rachidiennes n'’existaient pas.
Malgré les efforts de quelques chirurgiens comme Jean-Louis PErir, qui persista à croire à l'existence et à la fréquence de la luxation, et imagina un procédé d’hyperflexion pour la réduire, la plupart des contemporains : Louis, DerPecn, Cooper, DUÜPUYTREN, Rocne, Sanson, Lenoir, NÉLATON, nièrent les luxations du rachis.
De cette conclusion anatomopathologique ils voulurent absolument tirer des conséquences thérapeutiques et, puisque tous les traumatismes vertébraux étaient fractures, ils les traitèrent comme A. Paré traitait les fractures, c’est-à-dire par l’abstention. Il est curieux d'observer combien, à cette période, le sens clinique pouvait s’effacer devant d'oiseuses ques-
tions anatomopathologiques, et il est certain que Îles
blessés ne profitèrent pas de la modification — d’ailleurs exacte -— d’étiquette que l’on appliquait à leur lésion.
Dans la deuxième moitié du xix° siècle, après un siècle d'oubli, la réduction orthopédique, avec Mar- SONNEUVE, puis MALGaIGNE, Roux, CaRArI, CHEDE- VERGNE, fut à nouveau utilisée, en concurrence avec les méthodes sanglantes, mais seulement dans les fractures avec gros déplacement et troubles nerveux et seulement par un petit nombre de chirurgiens. Jusqu'à ces dernières années l’abstention était encore le traitement classique des fractures du rachis, et même de nos jours elle garde des défenseurs. G. Fan et Graxezrr, en 1932, analysant les 199 cas de fractures vertébrales observées à l’Institut Rizzour, de Bologne.