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Chapitre Il

Prodromes de la Gangtrène gazeuse.

Si parfois la gangrène gazeuse peut s’annoncer par quelques signes prodromiques qui donnent l'éveil au chirurgien et lui permettent d'intervenir d’une façon suffisamment précoce, il faut bien reconnaître que dans beaucoup de cas le début est absolument soudain et rien ne permet de soupconner les accidents qui vont éclater. Perrier, Terrillon, Chauvel, Salleron ont souvent vu cette absence de symptômes avant-coureurs.

Lorsqu'ils existent, on comprend toute l'importance que peut avoir leur constatation, aussi allons-nous y insister un peu.

Voici la description qu'en donne Salleron :

« Après l'opération (ou le traumatisme), le calme ne « se rétablissait pas, le blessé restait triste, abattu, « morose, profondément déprimé; le pouls était un « peu fréquent, raide et dur, la peau chaude et sèche, « sans être brülante ; il y avait quelquefois des sueurs « abondantes, profuses, périodiques, revenant surtout « le soir et la nuit; le sommeil n'était que de l'assou-

pissement avec rêvasseries fatigantes, élancements douloureux dans le membre ou dans le moignon. Quelquefois la soif était intense, mais le plus souvent elle était nulle ou peu forte; la bouche était pâteuse avec inappétence complète et impossibilité d'avaler aucune substance solide ; le blessé ne se plaignait pas, mais lorsqu'on l'interrogeait, il accusait dans le moignon des douleurs sourdes, profondes, lancinantes et une faiblesse générale extrème avec répugnance au moindre mouvement musculaire. La figure était pâle, livide, terreuse ; le regard fixe, l'œil terne; quelquefois au contraire, mais rarement, les paupières étaient largement écartées, l'œil brillant, le regard animé avec loquacité, excitation, plaintes vives et continues. »

« Deux fois j'ai constaté un délire assez fort pour nécessiter l'emploi de la camisole de force. Du côté du moignon, on n'observait jamais rien de grave,

jamais de gonflement ni d'étranglement, jamais rien de particulier dans la nature ni la quantité de la suppuration qui était, comme chez tous les autres blessés toujours plus ou moins claire et d’une abondance variable. »

Ainsi, lorsqu'après un traumatisme accidentel,comme

une fracture compliquée, surtout avec contamination des fragments par la terre, la poussière, etc. le blessé demeure dans un état de shock prolongé et ne sort pas vite de sa commotion générale, on peut craindre la gangrène gazeuse. Mais c'est là un symptôme bien

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infidèle et qui dépend dé trop de conditions étrangères dont la part est difficile, impossible mème à déterminer. En effet, la réaction dépend des circonstances, des individus : tel homme habitué äux souffrances, aux privations de tout genre, supportera stoïquement sa “auvaise fortune ; tel autre, au contraire, sans force de caractère se laissse abattre et démoraliser sure. champ et cependant le premier pourra être sous le. coup d'une gangrène gazeuse à laquelle le second échappera peut-être.

Mollière, Jubin, Moraud ont insisté sur un signe plus fidèle, c’est la dyspnée prémonitoire, comme l'appelle Forgue. C'est une véritable anxiété respiratoire dont Moreau trace ainsi le tableau : « Le malade « fait de profondes inspirations, ouvrant souvent la « bouche pour mieux aspirer l'air, sans arriver même « au prix de grands efforts à satisfaire au besoin de « ses poumons. Dans quelques cas, il lui semble qu’un « poids énorme lui pèse sur la poitrine et l'empêche de « se dilater. » |

« Alors, si on observe les mouvements de la cage « thoracique, on voit qu'ils s'accomplissent normale- « ment, que les oscillations respiratoires sont très . « étendues, qu'en un mot l'air pénètre librement dans « les poumons. Pourtant, le malade prenant un point « d'appui, s'asseyant sur son lit; emploie toutes ses « forces à respirer, Des gouttelettes de sueur perlent « Sür son visage; les ailes du nez se dilatent à chaque

« inspiration ; il ne réussit pas à obtenir le moindre « soulagement. »

Cette inquiétude respiratoire est l’un des symptomes prémonitoires et peut parfois permettre de prédire la gangrène gazeuse (Mollière).

Des troubles intellectuels existent souvent aussi : « Tout à coup, presque constamment dans la nuit ou « dans la soirée, le blessé éprouve un trouble général « particulier, une terreur subite, un sentiment indéfi- « nissable d'anxiêté, de crainte et de destruction pro- « Chaine. » L'insomnie, les cauchemars, l'excitation, la loquacité incohérente, une sensibilité exagérée amenant des larmes s'observent souvent en même temps et ont une réelle valeur.

Il peut même y avoir des palpitations et de l’arythmie cardiaques avec des intermittences. |

Au niveau du foyer traumatique, les malades ressentent souvent une douleur expansivé, une sensation de constriction, de gène, de brûlure intolérable ; on y voit un liquide louche, sanieux, fétide : c'est l'atération putride primitive de Perrin. :

Ensuite arrive le gonflement et la teinte bronzée, les téguments sont soulevés par des bulles gazeuses et la gangrène foudroyante s'établit et envahit rapidement de propre en proche au point de frapper en quelques heures un membre tout entier.

En somme, de ces symptômes prémonitoires, aucun

-h'est assez constant, assez certain pour justifier une intervention radicale immédiatement (amputation ou

désarticulation) ; ils ne peuvent qu'assombrir le pronostic et réclamer une surveillance de tous les instants de la part du chirurgien, qui devra prendre un parti aussitôt qu'il aura pu constater quelque modification locale suspecte.

Mais il serait exagéré, pensons-nous, de faire le sacrifice d'un membre sous le prétexte que l’état de shock dure un peu plus longtemps, que l'état moral est mauvais et la respiration anxieuse et dyspnéique. Pour justifier une intervention de ce genre, il faut des signes plus précis, des constatations locales. Alors, on pourra agir et on devra le faire rapidement, en tenant compte des symptômes généraux.

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