GLANDES DU SEIN ; ENGORGEMENT DE L’UTÉRUS
LARYNGO-BRONCHITE.
Madame Fraisse , d’Annonay, âgée de trente-sept ans en 18 o2, d’un tempérament lymphatique, d’une constitution usée , issus de parents sains, ayant habité une maison humide, et commis beaucoup d’imprudences, s’étant surtout trop souvent exposée aux brusques variations du froid et de l’humidité ; nubile à quatorze ans , mariée à dix-neuf ans, mère de quatre enfants, dont le plus jeune est âgé de huit ans. Madame Fraisse avait joui d’une bonne santé jusqu’à sa trente-troisième année ; elle contracta à cette époque une tumeur blanche rhumatismale de l’articulation fémoro-tibiale gauche, traitée par de nombreuses applications de vésicatoires, de larges cautères ainsi que
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
d’autres médications opportunes que lui prescrivirent feu mon ancien ami le docteur Alléon, plus. tard le docteur Dufour; elle guérit de sa tumeur, mais peu de temps après des maux de reins et des douleurs utérines s’allièrent à une petite toux et à des maux de gorge qui éveillèrent la sollicitudede mon estimable confrère qui m'adressa cette malade vers le milieu de juillet 1852.
État de la malade : Faciès blême, corps très maigre, peau et chairs llasques et mollasses, fonctions languissantes, sommeil rare, inquiet et peu réparateur, douleur permanente à la gorge. Matité au sommet du poumon droit, pesanteur à l’hypogastre et aux reins, leucorrhée habituelle , menstruations décolorées avec redoublement de l’écoulement blanc avant et après l’évolution mensuelle qui est fort irrégulière, le tact décèle que la matrice est couchée dans le bassin de telle manière que le museau de tanche déformé et très bouffi regarde le sacrum; le corps de l’utérus est luimême très lourd et engorgé; du reste absence de douleurs lancinantes et formicantes.
Deux glandes engorgées, l’une du volume d’une noix, l’autre de celui d’une amande couverte de son enveloppe, existent au côté droit près le bord externe et vers le tiers supérieur de la mamelle ; ces glandes sont indolentes, arrondies, elles ne présentent pas les bosselures caractéristiques du squirrhe; enfin glandes cervicales engorgées; plusieurs d’entre elles présentent le volume de petites gobilles.
Prescriptions : Aspirations du gaz , bains Ventadour ;
médications cuivriques , lotions sur toutes les tumeurs avec les eaux factices.
Un mois de traitement produisit un grand bien sous tous les rapports , ce bien s’est accru durant le cours de l’année qui vient de s’écouler, et au retour de la malade (20 juin 1853), j’ai constaté l’état suivant : le faciès a perdu sa bouffissure, il est cependant encore pâle sans être blême, les chairs ont delà mollesse sans être flasque; la malade se sent de la force , une certaine énergie, tandis que l’an dernier elle ne pouvait se livrer à aucun travail. La percussion du thorax du côté droit est sonore, la toux n’existe plus, les douleurs de la gorge subsistent cependant malgré qu’elles aient perdu une grande partie de leur intensité. L’utérus redressé dans le bassin est lourd et tuméfié, le museau de tanche est déformé mais son parenchyme n’est pas aussi dur.
Les deux glandes du sein sont aplaties , elles ont perdu plus de la moitié de leur volume , les ganglions cervicaux ont disparu en grande partie, ceux qui restent n’atteignent pas le volume de petits pois; la malade enfin a repris beaucoup d’énergie au physique et au moral. Les anéantissements d’estomac si violents autrefois qu’ils faisaient fléchir la malade sur elle-même, n’existent plus, le sang menstruel offre également de meilleures conditions.
Prescriptions : Les mêmes que Van dernier en remplaçant les bains Ventadour par les bains artésiens.
Au quinzième jour les glandes et le corps de l’utérus avaient subi une diminution considérable et toute
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES,
l’économie était dans un état progressif , et six semaines après la guérison était complète.
J’ai eu chaque année des nouvelles satisfaisantes sur compte de cette dame.
MADAME P*** (fin juin 1844).