ENGORGEMENT AU COL DE L’UTÉRUS CHRONIQUE
Madame P*** , née C*** , de Lyon; d’un tempérament éminemment lymphatique, d’une constitution très délicate; bien jeune encore lors de son arrivée à Celles (fin juin 1 844), mariée depuis deux ou trois ans , fut valétudinaire durant le cours de son enfance, la menstruation s’établit lentement mais pourtant sans orages; les organes sexuels sont d’une susceptibilité extrême, l’acte du mariage a exagéré cette excessive susceptibilité; des accidents très intenses, qui affectaient principalement l’épigastre et les hypochondres, réagirent sur les reins et les extrémités inférieures. Cette malade me fut adressée par M. le docteur Rapou père , qui en me décelant une lésion de l’utérus me disait : qu'il comprenait quil fallait de la matière pour combattre une lésion matérielle .
État de la malade : Corps profondément amaigri et arqué, la malade ne se soutient qu’avec peine sur ses jambes; son mari la porte le plus souvent dans ses bras pour lui éviter des trajets même bien courts ; le faciès quoique amaigri offre pourtant une certaine bouffissure occasionnée par des mouvements fluxionnaires dirigés sur les lèvres , les paupières , les oreilles
et le cuir chevelu ; suintement derrière les pavillons des oreilles ; la région épigastrique tuméfiée , tendue, est si douloureuse au toucher que madame ne peut crocheter ses robes ; et la région des reins est si douloureuse etsi faible que ma nouvelle cliente ne peut se redresser; douleurs à Fhypogastre, tiraillements dans les lombes ; progression très lente et excessivement difficile malgré l’appui d’un bras. Pour opérer l’introduction du doigt dans la vulve, afin de constater l’état de l’utérus, je fis éprouver à la malade de vrais mouvements convulsifs; je pus cependant remarquer à la fin l’anté-version du corps de la matrice; le museau de tanche gonllé et douloureux présentait sur une de ses faces une tumeur arrondie adhérente et du volume d’une petite noix; enfin pour dernier coup de crayon je dirai que cette tumeur était très dure et présentait une consistance remarquable.
Indécis sur le mode de traitement à appliquer à cette malade, je débutai par des préparations argentiques que j’abandonnai ensuite pour recourir aux indications stanno-cuivriques à cause de la prédominance du tempérament lymphatique ; il est bien entendu que madame P *** prit des bains artésiens de longue portée et fut très sobre de la boisson des eaux. Trois mois et demi de ce traitement produisirent beaucoup de bien, quant à l’affection utérine; mais les douleurs hypochondro-épigastriques furent peu modifiées , et les progrès de la marche ne furent pas très sensibles malgré que l’utérus fut redressé et que la tumeur du cou fut réduite au volume d’un pois.
En 1815, je trouvai madame P*** dans un état salis-
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
faisant sous le rapport de raffection utérine, mais la station et la progression étaient toujours aussi pénibles.
Prescriptions : Bains artésiens bouillis ; traitement stanno- cuivrique.
Un mois de ce traitement dissipa complètement la glande qui était attachée au col de l’utérus; le corps de cet organe redressé était cependant plus dense que dans l’état normal ; débilité des membres pelviens , extrême sensibilité à l’épigastre.
Pensant que la moelle épinière, dans un état de plilegmasie chronique , causait ces derniers accidents, je co-associai le traitement arsenical qui m’est familier avec les bains artésiens bouillis ; un mois après ce nouveau mode de médication, les douleurs de l’épigastre et des hypochondres furent assez amendées pour que la malade put crocheter ses robes, serrer même sa ceinture; la marche, sans être facile, devint passable , madame P*** ne se faisait plus porter; souvent même elle se passait de l’aide d’un bras.
En 1846, madame P*** revint à Celles , elle était heureuse d’avoir pu marcher seule tout l’hiver et d’avoir même fait à pied une course d’une demilieue.
Six semaines d’un traitement tour à tour cuivrique ou arsenical firent encore beaucoup de bien ; cependant la sensibilité des hypochondres était toujours grande et probablement elle subsistera longtemps encore.
En 1847 et 1848 je ne revis pas Madame P***;
en 1849 elle fît à Celles un séjour d’un mois et suivit son traitement habituel. En 1850 et 1851 elle s’abstint, mais en 1852 elle vint prendre des bains et suivre un traitement d’un mois pour maintenir et corroborer l’état de bien-être dont elle jouit présentement.
LÉSIONS SCROFULO-DARTREUSES DES JAMBES.
M. G*** de Vernoux, habitant actuellement au Pouzin , âgé de quarante-cinq ans , d’un tempérament lymphatique, d’une forte constitution, issu d’un père qui mourut à soixante-six ans après avoir passé plusieurs années sur une chaise longue à cause de l’engorgement et de l’ulcération des extrémités inférieures. Les frères nombreux de M. G*** ont tous présenté les caractères du tempérament lympathique un peu exagéré ; plusieurs sont morts dans un âge où l’homme jouit ordinairement de toute la plénitude de la vie. M. G*** fut sujet , durant le cours de son enfance , à de fréquentes et très intenses affections strumeuses qui, entre une foule d’autres médications, furent combattues par de larges applications révulsives ; le trop abusif emploi des vésicatoires provoqua des varices , qui peu à peu prirent un tel accroissement qu’elles forment un réseau qui tient toute la jambe gauche, des boutons enflammés, et qui se jugent par des desquamations, se manifestèrent dès l’enfance et se sont renouvelés sans cesse malgré l’usage habituel des boissons émollientes et d’une diététique aussi bien entendue que possible. L’année dernière, M. G*** se donna un
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
coup violent sur la jambe gauche il eut l’imprudence de la panser avec du diapalme; une sorte d’érysipèle qui , en passant à l’état chronique , constitua une véritable affection dartreuse dont le prurit était si violent que le malade, obligé de se gratter à chaque instant, provoqua des furoncles nombreux. La jambe se tuméfia de plus en plus, la dartre s’enflamma, s’irrita. M. G***, en désespoir de cause, réclamâmes soins, le 12 juin 1853,
Etat du malade : Mon client est d’une haute stature, le corps est souple et parfaitement construit, et cependant en voyant cet homme jeune encore, marcher très lentement à l’aide d’une canne, ayant le dos arqué , un faciès blême et bouffi , des yeux à demi éteints, une bouche gracieuse mais décolorée et sans animation, enfin une peau et des tissus blafards, on éprouve une sensation pénible , en découvrant déjà les traces de la vieillesse empreintes sur un sujetdont la construction anatomique semblait devoir lui promettre une existence aussi prolongée et aussi heureuse que possible. Les deux jambes portent des varices , mais celles de la jambe gauche, qui sont très développées auprès de celles de la jambe droite, fixèrent seules mon attention parce qu’elles se compliquaient avec une sorte d’état semiéléphantiasique de ce membre , état pathologique qui fait le sujet de cette observation. L’engorgement de la jambe était si considérable qu’il gênait beaucoup les mouvements si lents que la progression était très pénible et fort bornée. La jambe était dans un tel état de tension, que la peau , fendillée presque sur toute son étendue, présentait de nombreux boutons semi-furon-
culeux et des squames dirigées en bandes circulaires et superposées les unes sur les autres , principalement auprès des articulations. Réseaux de varices couvrant presque tous les membres ; plusieurs veines de la grosseur d’un doigt ; elles se déchireraient si elles n’étaient protégées par un bas lacé, très bien fait.
Prescriptions : Etablissement d’an exutoire au bras , traitement arsènico-cuivrique associé à celui des eaux factices de Celles .
Ce traitement, continué pendant quatre mois, procura le dégorgement de la jambe, les furoncles étaient guéris depuis longtemps et les varices n’étaient plus irritées, mais il existait toujours des squames rangées en bande vers le haut de la jambe et sur le coudepied , ainsi qu’aux alentours de l’articulation tibiotarsienne ; le prurit réduit à peu de chose subsistait cependant encore ; du reste le faciès était très bon. Les chairs avaient pris de la consistance et une coloration convenable, la progression était facile et le malade, revenu en quelque sorte à une vie nouvelle, était heureux de sa position présente.
Prescriptions : Cessation du traitement cuivrique , continuation du traitement par les eaux factices.
M. G*** a fait exactement ces dernières médications jusqu’au milieu du mois de mars ; sous leur influence la santé a continué à s’améliorer, et la jambe est comme guérie. Vers les premiers jours du mois de mai je revis M. G*** qui était aussi ingambe que jamais et jouissait d’une santé parfaite. Il n’existe aujourd’hui d’autres traces de ses anciennes infirmités que des varices affaissées et sans aucune irritation.