TUMEUR BLANCHE DU GENOU GAUCHE
(Les médications cuivriques co associées à l’administration des bains et des eaux de Celles réussissent aussi bien pour la scrofule osseuse que pour la scrofule glandulaire.)
*4. .--si ■ . * 4, * ri .y
Euplirosine-Elisabeth Bernard, du lieu de Manat, canton de Marsanne (Drdme) , âgée de trente ans lors de son arrivée à Celles en 1842; d’un tempérament nervoso-sanguin , d’une constitution assez bonne, eut une enfance heureuse; nubile à lage de douze ans, bien réglée jusqu’à dix-huit, elle vit supprimer, à la suite de nombreuses imprudences, l’écoulement mensuel, et fut malade pendant dix-huit mois; on craignit pour sa poitrine, mais le flux périodique ayant reparu, ce premier orage se dissipa.
Ce retour à la santé ne fut qu’une espèce de halte, et deux mois après Euphrosine fut souffrante de nouveau, mais cette fois ce fut la région épigastrique qui fut le siège de ses douleurs ; douleurs qui s’exaspérèrent au point de retenir la malade au lit pendant près de deux autres mois ; ces douleurs quittèrent l’épigastre, après s’y être maintenues pendant un an, pour s’établir sur le genou gauche ; peu intenses au début, elles ne fixèrent pas l’attention d’Euphrosine
ll/j * TRAITEMENT DES MALADIES
qui s’estimait heureuse d’être délivrée de ses maux d’estomac. Les progrès du mal de Farticulation tibiofémorale furent lents mais constants ; les applications nombreuses de sangsues ou de vésicatoires prescrites par M. le docteur Marcon , de Montélimart , ainsi que tous les autres moyens mis en œuvre, n’avant point enrayé l'aggravement de la tumeur, Euphrosine se rendit à Celles en août 184â.
Etat de la malade : Corps amaigri , faciès profondément altéré, pouls fébricule, nuits sans sommeil, fonctions digestives faibles, douleur intense dans le genou gauche, tuméfaction considérable de toute l’articula tion, quioffrele volume de latéte d’un enfant; rétraction de la jambe sur la cuisse, la malade ne peut toucher le sol que de la pointe du pied; en fléchissant le corps, elle fait quelques pas cependant en s’appuyant sur un bâton ; fluctuation aux alentours du ligament rotulien ; le creux du jarret empli de glandes est entièrement effacé ; tuméfaction du bas de la jambe et du pied.
Prescriptions : Bains et boissons de la source artésienne, traitement stanno-cuivrique.
Quinze jours de ce traitement avaient fait beaucoup de bien à la malade, qui nous quitta trop tôt, cédant sans doute à des conseils peu éclairés. De retour chez elle, Euphrosine se fit tirer et contre-tirer le membre dolent par un bailleul, dont le ferme caractère était fait pour en imposer à cette pauvre fille. A la suite de ces manipulations imprudentes, des douleurs atroces s’établirent dans tout le membre, et l’enflure atteignit jusqu’à la hauteur de la hanche, le décubitus
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES. 115
fut impossible pendant plusieurs mois. Euphrosine se tenait inclinée sur une chaise et penchée sur le côté droit ; cris déchirants et continus la nuit comme le jour; ces atroces souffrances s’amendèrent un peu, et la malade put reprendre le chemin de Celles, où elle arriva le 45 août 1845,
Etat de la malade : Le faciès est profondément altéré; Euphrosine ne peut se soutenir et faire deux ou trois pas qu’à l’aide de deux béquilles ; ne pouvant se mettre au lit, elle est toujours assise sur le bord et penchée sur le côté droit ; le genou a un volume double de celui de l’année précédente ; peau fortement tendue et luisante sur toute la tumeur.
Prescriptions : Les mêmes qu’en 1842.
Au douzième jour du traitement, la malade éprouva de l’amélioraiion ; le membre fut un peu moins sensible au toucher, et à l’aide delà main Euphrosine put faire subir quelques légers mouvements à sa jambe; au vingtième jour, elle put se mettre au lit; à dater de cette époque, les progrès du traitement furent moins rapides, mais positifs et constants; sur la fin d’octobre, au moment du départ, les douleurs étaient presque assoupies; le genou avait perdu beaucoup de son volume, et la situation était passable sous tous les rapports.
Retour à Celles en mai 1844 ; reprise du même traitement.
Peu de temps après, dégorgement du genou et cessation des douleurs. Vers le milieu de Ja saison, Euphrosine ne portait plus qu’une béquille, et sur la fin, elle marchait à l’aide d’un bâton; départ vers la mi-octobre.
Retour en mai 1845 : L’hiver a été bon, la malade oubliait souvent son bâton en marchant, elle inclinait seulement fortement le corps; plus d’enflure à la jambe ni au pied; le genou seul est un peu plus gros que dans l'état normal, et comme semi-ankilosé.
Prescriptions : Les mêmes que précédemment .
Vers la fin de l’été, guérison complète à la semiankylose près; le membre est dans une position convenable.
Euphrosine est, depuis cette époque, garde-malade dans rétablissement.
M.G*** ( 18^7 , JUIN y JUILLET, AOUT ET SEPTEMBRE).