‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 48 sur 91 · MAMMITE DE LA MAMELLE GAUCHE · texte numérisé non relu

MAMMITE DE LA MAMELLE GAUCHE

La femme Euphrosine Bérenger , de Livron, née à Chomérac, de la famille Laurent, âgée de trente-trois ans, ayant eu une sœur morte depuis deux ans d’un cancer au sein à la suite d’une mammite consécutive à un mauvais allaitement , la femme Bérenger, ainsi que sa sœur avaient eu une enfance très heureuse. Elles avaient vu la puberté s’établir sans orages, Tune cependant était brune et l’autre blonde, mais elles avaient joui constamment d’une santé parfaite, l’une jusqu’à la fin de son second allaitement, où elle contracta un engorgement du sein qui se termina, au jugement de plusieurs médecins et notamment du docteur Barrier , major de l’Hôtel-Dieu de Lyon , par un véritable cancer ; l’autre nourrit une première fois avec un demi succès , mais à la seconde couche le sein gauche s’engorgea presque immédiatement ; cet engorgement, d’abord peu important, s’accrut peu à peu, devint douloureux, le mamelon s’effaça et la malade ne put plus donner à teter de ce sein.

Les émollients de toute espèce , et plus tard quel-

ques légers résolutifs, ne produisant aucun effet, la malade se rendit à Celles le 19 avril 1855.

Etat de la malade : Le faciès altéré dénote une souffrance permanente, qu’aggravent les soucis attachés au nourrissage d’un enfant de deux mois ; le sein gauche très dur, inégal, un peu renflé auprès du bras , présente sur ce point une petite excavation produite par une ulcération qui n’avait cependant rendu que bien peu de pus ; rougeur et douleurs vives dans cette partie; sur les trois quarts de la tumeur la peau, quoique très tendue, présente sa coloration normale; la mamelle dans son ensemble est totalement indurée, elle est du volume d’une grosse tête d’enfant, un peu aplatie et déformée ; cette masse, serrée contre les côtes, atteint la clavicule, douleurs lancinantes et formicantes ; tous les mouvements du tronc sont très difficiles, la malade ne peut s’incliner ; assise constamment dans son lit, elle passe les nuits sans fermer l’œil et la respiration est si gênée qu’Euphrosine prétend qu’elle ne pourrait souffler assez pour éteindre une bougie. Douleurs atroces entre les deux épaules; perte de l’appétit, sueurs constantes et pénibles; l enfant cependant suce toujours le lait de sa mère au sein droit, mais il est chétif et couvert de gros boutons rouges et même violets.

Prescript ioNS : Traitement plombo-argentique , combiné avec les sels de la source artésienne et les eaux distillées de Celles étherèes .

Dès les premiers jours de cette médication, la malade éprouva du soulagement; la tumeur adhéra moins

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

à la poitrine, elle se détacha peu à peu et commença à descendre insensiblement. Cependant, une chaleur vive et mordicante se prononça vers la partie supérieure latérale et externe de la tumeur , qui devint rouge et iluctuante sur ce point; au sixième jour , je plongeai un bistouri sur ce point , il s’en échappa du pus, mêlédesang, la valeurd’une pleine coquille d’œuf; le lendemain la plaie se ferma et ne suppura plus. La tumeur diminuée resta dure, elle changea de forme; devint oblongue et descendit de plus en plus, elle s’aplatit et perdit progressivement de son volume, de telle sorte qu’au 7 mai la glande mammaire , du volume d’une main forte et épaisse dans son milieu, était enveloppée de toutes parts de tissus mous et flexibles, dans lesquels semblait devoir se convertir prochainement tout le parenchyme encore induré de la glande. La malade avait récupéré le sommeil et l’appétit; elle n’éprouvait plus de douleurs dans le sein, et son nourrisson, trouvant un lait abondant , avait repris de la fraîcheur. Tout, en un mot, semblait nous promettre une guérison radicale et prochaine. Un fait important a noter, c’est que des lochies, de plus en plus abondantes, ne tardèrent pas à s’établir et procurèrent l’évacuation de gros caillots d’un sang noir et épais , dont l’expulsion semble coopérer au soulagement de la malade.

Peu de jours après la femme Bérenger quitta Celles , elle était heureuse de sa rapide guérison.

L’utérus et le vagin lui-même sont sujets à contracter des phlegrnasies induratives; je pourrais, s’il le fallait, en mentionner plusieurs aussi curieuses qu’inté-

ressantes (entre autres celle de madame M*** ), mais je me borne aux deux observations de mammite susmentionnées pour exposer en peu de mots les diverses circonstances qui m’ont obligé , forcé, je puis le dire , à combattre le tigre organo-morbide qu’on appelle cancer.

CANCER

En juillet 1825, je rencontrai, aux bains Saint- Laurent (Ardèche) , une mendiante nommée Marie Tarisse, qni avait passé quatre années dans les hospices de Montpellier ou de Cette , pris des bains de mer en grand nombre, et tous les agens thérapeutiques usités à cette époque Cette pauvre fille était dans un état d’engorgements glandulaires indicibles ; ajoutez des bouffissures semi-éléphantiasiques des extrémités inférieures et des ulcérations nombreuses de toutes parts; je conduisis cette malade à Veinoux où je la traitai par des préparations argentiques, pendant dix mois ; sa position s’améliora presque jusqu’à la guérison. Etabli à Lavoulte depuis l’année 1826 (novembre), j’avais perdu de vue Marie Tarisse, lorsque je reçus une lettre du 1er septembre 1851, écrite du lieu de Grammaize , commune de Pazayc, canton de Joyeuse (Ardèche). J’extrais de cette lettre les passages suivants :

» . ... Les divers ulcères que j’avais au haut du » cou sont cicatrisés et par conséquent ne me font plus « de mal. Je dois vous dire la meme chose de ceux du » sein. Mes jambes aussi ne suppurent que peu . . .

» .... Je suis Marie Tarisse, qui me transportai » il y a cinq ans à Vernoux, où vous étiez alors, pour » me faire panser par vous, après avoir eu l’honneur » et l’avantage de vous avoir vu à Saint-Laurent-lès-

» Bains .

Je ne m’occupais pas de maladies chroniques dans ce moment; je ne répondis point à cette pauvre fille et je ne sais ce qu’elle est devenue , mais un fait ressort de cette lettre et de mes souvenirs, c’est qu’elle avait éprouvé de grands soulagements à la suite du long traitement argentique qu’elle avait subi sous ma direction.

Vers la fin de 1 835, je reçus à Celles mademoiselle Rosalie Billot, que feu le docteur Bravais fils m’adressait pour lui faire humer le gaz de la fontaine artésienne, afin de combattre unepneumonie suspecte. Cette malade portait à l’un des seins deux glandes bosselées à douleurs lancinantes; je lui prescrivis je ne me souviens plus quelles préparations argentiques concurremment avec les bains et les eaux. Elle guérit; je la revis en \ 836; elle jouissait d’une santé parfaite , elle est morte à la Louvesc en 1857 d’une fièvre typhoïde ; cette observation m’étonna et ne m’éclaira pas.

En août 1836, une femme du lieu d’Alissas, canton de Chomerac, nommée Dussère , vint à Celles pour que je l’opérasse d’une énorme tumeur cancéreuse qu’elle portait à l’une des mamelles. J’avais beaucoup de baigneuses, j’ajournai l’extirpation de ce squirrhe, et par manière de préparation , je lui prescrivis quelques bains de l’eau artésienne dépouillée de ses sels cal-

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

caires et terreux. Une immense résolution ne tarda pas

à isoler cette tumeur *, je fus stupéfait.

En septembre de la meme année , une femme de Loriol, nommée Payan, qui portait un squirrlie volumineux et très rouge au sein droit, me fut adressée par M. le pasteur Maisonneuve. Des bains artésiens bouillis de six heures de durée firent tomber en gangrène la totalité de cette masse ; la cicatrice se resseira et je crus à une guérison prochaine. Ce cancer îesta longtemps à l’état chronique 5 cette femme inouï ut en 1841 d’une espèce de consomption, sa plaie lui donnait peu de souci.

Je voulus essayer plusieurs fois de ce mode de terminaison, toujours je suis parvenu à faire spliacélei les tumeurs , mais c’est là un triste moyen dont je n’userai jamais plus.

Je n’étais cependant pas esclave de mon espèce de procédé opératoire; dans tous les cas ordinaires, je revenais à mes idees d autrefois, et je cherchais a oh tenir des résolutions par toute espèce de moyens. Les années 1838 et 1859 furent de belles années. Les imperfections de mes procédés ne m’empêchèrent pas d’avoir de nombreux et superbes résultats. Le retentissement des guérisons obtenues à Celles fut tel que, dès le mois d’avril de l’année 1840 , je vis accourir dans mon petit établissement une masse de malades qui m’étaient adressés, pour la plupart, par des médecins haut placés et principalement par M. Récamier. Surpris d’une pareille vogue je fus sur le point de décliner tant d’honneur, j’acceptai cependant parce que je pensais que lorsqu’un fait a été avéré il doit se reproduire. Mais

pourquoi toutes mes idées, toutes mes pensées étaientelles portées dans ce moment vers le mercure et le cuivre?. ... Un très petit nombre de malades furent soumis aux préparations argentiques , et parmi eux je mentionnerai une cliente de M. Lisfranc , madame M*** de Châtillon. Le cuivre ne fut donné qu’aux scrofuleux , qui presque seuls retirèrent des résultats heureux.

En 184i, après avoir repoussé entièrement et pour toujours le mercure de la médication des maladies de la lymphe, j’essayai de prescrire le cuivre aux cancéreux (1) eux-mêmes, mais je ne tardai pas à reconnaître que je tombais de Charybde en Scylla , et vers le milieu de cette saison je revins à l’argent pour le traitement du cancer.

En 1842 et d 843, je ne m’écartai pas un seul instant des médications stanno-cuivriques pour les scrofuleux, et stanno-argentiques pour les cancéreux. Ces années furent belles au point de vue clinique ; je me crus maître de la double question qui faisait le tourment de ma vie; à des perfectionnements près je l’étais dans le fait ; j’étais au moins dans la vraie ligne que je devais sillonner. Peu de cancéreux guérissaient, il est vrai, mais tous traînaient longtemps leur existence, et ceux qui se soumettaient à des opérations consécutives ne récidivaient pas.

(1) A l’heure actuelle j’associe volontiers le cuivre à mes médications du cancer ; des procédés plus délicats que ceux de 1841 me permettent cette addition qui a beaucoup de valeur à un certain période du traitement.

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

Frappé d’hémiplégie le 2 mars 1814» j’oubliai totalement le cancer, et lorsque plus tard je revins à mes travaux , je me bornai à manipuler pendant trois ans, comme en 1842 et 1843, bornant mes préparations et ne cherchant pas à faire mieux. Les résultats des années 1 845 et 1 846 furent semblables à ceux de 1842 et 1843 ; rien de plus, rien de moins.

La réputation de Celles grandissait de nouveau, et la saison de 1847 s’annonça aussi brillante que celle de 1840; tout fut passablement jusqu’au mois de septembre. Je voulus alors marcher dans la voie du progrès ; je prescrivis des médicaments par la voie stomacale, et des revers affreux vinrent m’attérer.

En 1848 et 1849, je fus tellement rassasié de mes mécomptes, que j’avais pris la ferme résolution de renoncer au cancer pour ne m’occuper que des scrofules et autres lésions congénères.

Dans un voyage à Paris, je voulus dire deux mots àM. Arnussat de mes prétentions à cet égard : Nous guérissons tout cela, me répondit cet habile praticien ; mais le cancer, mais la phthisie pulmonaire i..

De retour à Celles, je repris mes études sur le cancer, en modifiant mes plans, sans abandonner jamais plus les sels alcalins de l’eau artésienne* le plomb et l’argent.

Parmi les malades qui se groupaient encore auprès de moi, il en était deux que j’avais presque guéries en 1845. Toutes les deux récidivées , ou pour mieux atteintes d’exacerbations récentes, espéraient en moi et me demandaient avec instances mes médications d’autrefois. Ma mémoire infidèle ne put me servir;

l’une de mes clientes tomba dans un délai assez court, et fut mourir à Lyon; l’autre, dont je consigne ici l’observation , prolongea longtemps encore son existence, et succomba sans douleurs vers la fin de l’été de 1855. Mon impuissance était pour moi un sujet de désespoir; mais en vain j’ai voulu bien délaisser souvent ce malheureux problème; toujours je revenais sur le même thème en méditant. Le hasard n’est pour rien dans ce monde. Quand un fait a eu lieu,, il doit se reproduire. Après avoir épuisé tous les produits de mon laboratoire, et les avoir soumis à mes investigations cliniques, je me mis dans l’idée de distiller les roches sur lesquelles coulent ces sources. Co-associant alors toutes mes recherches antérieures avec mes anciennes et mes nouvelles eaux minérales, je compris que j’étais entré dans une voie nouvelle , et que le cancer, pris dans de certaines conditions , était enfin pour moi une chose malléable. Mais traçons d’abord des observations déjà fort anciennes, pour quele lecteur puisse entrevoir la filiation de mes idées, et mes malades actuels se persuader que les guérisons obtenues par mes nouvelles méthodes sont fixes et permanentes.

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