‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 49 sur 91 · OBSERVATION DE MADAME LA MARQUISE DE M · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE MADAME LA MARQUISE DE M

Madame de M***, des environs de Châtillon-sur- Seine (Côte-d’Or), était âgée de quarante-sept ans lors de son arrivée à Celles le 20 juin 1839 . Cette dame, d’un tempérament lymphatique et d’une constitution robuste , avait eu des glandes engorgées sur la région

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

cervicale, selon le trajet des jugulaires, dans le cours de son enfance. Mère de trois enfants , madame de M*** eut une existence heureuse jusqu’à l’âge du retour \ mais alors apparut une glande dans le sein gauche ; cette glande se convertit en vrai cancer et fut opérée par M. Amussat, en présence de feu le professeur Récamier. Le caractère cancéreux de la tumeur extirpée fut dûment établi en présence de plusieurs médecins ; le volume était probablement considérable, car toute la mamelle fut enlevee, et la cicatrice traverse la franche moitié de la région antérieure du thorax. La cicatrice s’établit assez vite, mais peu de temps après, les débris restants de la mamelle s’engorgèrent, les bords de la cicatrice se cordelèrent et présentèrent çà et là des nodosités très inégales, quant à leur volume, quelques-unes étaient aussi grosses que de petites châtaignes ; la cicatrice présentait de nombreuses gerçures ; enfin quelques rares douleurs lancinantes donnaient à la malade les plus vives inquiétudes ; inquiétudes accrues par des douleurs utérines produites par l’engorgement squirrheux du col de la matrice.

Prescriptions : Médications auro-argentiques , co-associées avec V administration des eaux et des bains ,* pansements de la cicatrice avec une préparation plombo bismuthique.

Les progrès évidents de ce mode de traitement captèrent bientôt la confiance de la malade, qui le suivit sans interruption et avec la plus grande régularité pendant trois mois. Vers la mi-septembre, la cicatrice était aussi lisse et aussi blanche que possible ; la

mamelle restante avait toute la souplesse désirable, et l’engorgement utérin n’existait plus.

Madame de M***, heureuse d’avoir obtenu sa guérison, prit le chemin de Marseille, Grenoble et Lyon, pour retourner chez elle.

Cette guérison eut un grand retentissement, elle me valut en 4 840 une nombreuse clientèle de malades, dont un grand nombre envoyés de Paris ; Madame de M*** fut une des premières à se rendre auprès de moi, mais par une fatalité inconcevable et pour céder à je ne sais quel entraînement j’avais, cette année, remplacé la préparation auro-argentique pour la préparation stanno-aurique, madame de M*** ne pouvait se rendre compte de la différence de ses sensations, bien différentes de celles de l’an dernier ; elle était guérie il est vrai, mais elle n’avait pas retrouvé à Celles la quiétude de l’année précédente.

En 1843, madame de M*** revint à Celles pour se faire traiter d’une nouvelle glande qui s’était manifestée dans l’autre sein et d’empâtements nombreux de très petites glandes qui se manifestaient çà et là en paquets dans les tissus graisseux, principalement dans le creux des aisselles et sur la face interne des bras. Elle y est revenue pour la même cause en 1845, 1846, 1 847, 1849 et 1 851 ; elle y a subi les divers traitements mis en pratique à ces époques, en refusant toujours cependant de prendre des pilules et d’autres médicaments internes; elle a donc été traitée constamment par les bains bouillis et la méthode iatraleptique, principalement par des frictions sous la plante

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

des pieds, administrées sous l’influence de l’électricité. Toutes ces médications ont ^constamment amélioré l’état de la glande du sein droit ainsi que toutes les granulations, sans les dissiper entièrement; la santé a toujours eu une direction avantageuse, et la malade, habituée à ses glandules, se bornait, par des traitements toujours incomplets, à obtenir un résultat suffisant sous le rapport de l’équilibre organique, mais jamais complet.

Durant ce long intervalle, Madame de M*** a eu de fréquentes inquiétudes sur son avenir, principalement à l’époque de la fin de l’évolution mensuelle; elle eut alors des battements de cœur et des maux de tête si intenses, qu’oubliant les glandes et les concrétions graisseuses, je me vis dans la nécessité d’a pp1*quer mon traitement arsenical soutenu par un large cautère mis sur la région du cœur.

Cette médication fut couronnée d’un plein succès, mais la glande n’en fut point modifiée.

Revenu à Celles le 9 juin 1853, madame de M*** portait au sein droit une glande douloureuse au toucher, et du volume d’un œuf aplati ; ses paquets glanduleux étaient volumineux et disséminés çà et là. La malade, résignée à son sort, ne me demandait qu’une amélioration analogue à celle des années précédentes, en me disant qu’elle seule survivait depuis longtemps aux suites de son opération , tandis que toutes les personnes opérées en même temps qu’elle avaient succombé depuis bien longtemps.

M. Amussat, en effet, avait opéré quatre malades le même jour ; madame de M*** était la plus malade,

et seule pourtant elle vivait depuis quinze ans, tandis que les trois autres avaient succombé depuis de longues années.

Assuré des progrès que le traitement du cancer venait de faire entre mes mains, je promis à ma cliente plus qu’elle n’osait espérer ; elle ne tarda pas à comprendre que, sous l’influence de mes nouvelles préparations, son état s’améliorait, et deux mois plus tard elle était heureuse en nous quittant de tout le bien qu’elle avait éprouvé cette fois. Guérie enfin elle put prétendre à un avenir lointain, sans avoir à craindre, ou du moins à prévoir, aucun orage.

Madame de M*** n'est pas revenue à Celles depuis trois ans, sa quiétude est parfaite.

MADAME CASTAN1ER ( 1839 j.

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