‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 51 sur 91 · MADAME · texte numérisé non relu

MADAME

» Yous avez désiré connaître toute ma pensée sur » Jes changements survenus dans voire maladie. Je » m’empresse de satisfaire aux vœux que vous m’avez « exprimés, et je vous répondrai avec la plus grande » franchise.

» Au moment ou vous avez quitté Gap (1) votre mala- » die était très grave, et malgré tous les traitements, » je crois qu’elle fut devenue mortelle, si, au lieu d’ètre » jeune, vous eussiez eu de quarante à cinquante ans.

» Il ne paraît pas, Madame, qu’elle ait fait un pas » vers la guérison, bien au contraire, pendant le sé- » jour assez long que vous avez fait à Paris; et cepen- » dant vous vous étiez entourée de tout ce que la » science compte de plus renommé en fait de prati- » ciens.

» J’ignore dans quelle position vous êtes arrivée à » Celles; il fallait cependant qu’elle fût bien grave; » puisqu’il n’était question de rien moins que de vous » enlever le sein !

» Aujourd’hui , tout est bien changé. Ces glandes, » ou, pour parler, un langage médical, cet engorge- » ment que j’ai vu si dur, de consistance presque pier- » reuse, s’est peu à peu fondu, sans cependant se ré- » soudre, et c’est cette terminaison par suppuration » qui doit avoir donné lieu à cette énorme collection

(1) Novembre 1838.

» de liquide que vous avez dans le sein, et qui peut » être évaluée à au moins un litre.

» Quand je dis, Madame, que lengorgement que » j’ai vu s’est terminé par suppuration, ceci mérite un » court commentaire. Tel qu’il était à votre départ » de Gap, et par les moyens ordinaires de la science, » cet engorgement n’était pas de nature à donner lieu » à une collection séreuse ou séro-cancéreuse, comme » je suppose qu’est celle que vous portez aujourd’hui. » Cet engorgement devait se terminer par ulcération, » et l’ulcère gagner de proche en proche, jusqu’à ce » que, votre santé complètement ruinée par l’infection » que la sanie qui en aurait découlé aurait transpor- » tée dans la circulation, votre fin fût arrivée au mi- » lieu d’horribles souffrances. Pour obtenir le résultat » actuel, il a donc fallu que les tissus malades se mo- » difiassent au point de changer complètement de » nature. Je ne connais pas les moyens employés , » mais c’est une magnifique conquête pour la science » que cette transformation opérée par M. Barrier. .

» Mais revenons à vous, Madame; cette énorme » poche que vous portez au sein devra s’ouvrir, si » l’on ne préfère donner issue au liquide au moyen » d’un petit coup de bistouri. Espérer qu’après la » sortie de ce liquide vous soyez parfaitement réta- » blie , serait , je le crois, une illusion? car , bien que » le mal soit tout à fait local, je n oserais compter qu’il » ne restât quelques petites duretés à fondre, et dont » j’ose vous donner le conseil de vous débarrasser en » entier pendant que vous êtes à Celles ; car, pour les

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

» maladies du sein, il faut, à mon avis, donner le » moins possible à l’avenir.

» Voilà, Madame, mou opinion bien franche, telle » que vous la désirez. Veuillez bien croire , je vous » prie, Madame, à toute ma sympathie pour tout ce » qui peut vous être personnel, et agréer l’hommage » de mon respectueux dévouement.

» Adrien ROUBEAU.

» Juin 1842. »

Madame Castanier quitta Celles au moisde septembre suivant pour se rendre à Mont-de-Marsan, près de son mari; d’après nos conseils, elle se soumit à une opération qui fut pratiqué par MM. Lartigaux, Dufau et Bancal.

Le 10 février \ 843, je reçus de Bordeaux la lettre ci-dessous :

« Bordeaux, 10 février 1843.

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