‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 54 sur 91 · CANCER DU NEZ ; SQUIRRIIES DES GLANDES SOUS-MENTALES · texte numérisé non relu

CANCER DU NEZ ; SQUIRRIIES DES GLANDES SOUS-MENTALES

La femme Bressaud, de Lavoulte, âgée de cinquante ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin , d’une constitution robuste, s’étant mariée à l’âge de dix-huit ans, ayant eu six enfants, avait constamment joui d’une santé parfaite et les évolutions mensuelles s’étaient maintenues avec beaucoup de régularité jusqu’à sa cinquante-unième année ; cette femme ainsi que son mari furent toujours de mœurs irréprochables, mais ils habitèrent constamment une maison obscure, fraîche et humide.

En 1835, un petit bouton parut sur le nez et se dissipa sans l’aide d’aucun remède ; peu de temps après d’autres boutons se manifestèrent et se maintinrent avec persévérance ; des croûtes brunâtres couvrirent ces boutons et toutes les fois qu’elles tombaient par une espèce de dessiccation d’autres les remplaçaient immédiatement; la malade voulut essayer quelques remèdes, mais tous furent impuissants; et en \ 840, un ulcère permanent s’établit et donna des inquiétudes bien fondées à ma cliente.

En 1837, une première glande s’engorgea sous le menton ; cette première tumeur se dissipa , mais peu de temps après d’autres se manifestèrent en grand nombre; elles pullulèrent à un tel point autour de la

mâchoire inférieure qu’elles forment aujourd’hui une sorte de cravate qui représente assez bien un menton à double étage.

\ 0 juillet \ 841 . Etat de la malade : La femme Bressaud s’est présentée aujourd’hui au traitement de Celles ; elle est grande, forte et bien constituée; la peau delà face est soulevée vers sa partie inférieure par un collier épais de glandes qui donnent de la bouffissure à toute cette région ; les ganglions engorgés aux alentours des parotides sont gros comme de petites noix et y forment par leurs réunions des agglomérations ; les sous-mentales sont aussi grosses que des œufs ; les unes et les autres sont très dures, bosselées et sont le siège de quelques douleurs formicantes.

L’ulcère du nez occupe la moitié inférieure de cet organe et principalement l’aile gauche ; des tubérosités, ou pour mieux dire des papilles cancéreuses, s’observent dans son fond ; les bords sont perpendiculaires, frangés et cependant on dirait qu’ils tendent à se renverser en dehors ; couleur rouge lie de vin des ailes du nez et des fosses nasales; sensibilité excessive de toutes ces parties; douleurs lancinantes et formicantes dans toute l’étendue de l’ulcère.

Prescriptions : Frictions sous la plante des pieds avec la préparation plombo-bismutlio-cuivrique .

\ et août . Les douleurs sont plus rares, des bourgeons gonflent dans l’ulcère dont la couleur est moins livide.

La malade continua ce meme traitement pendant quatre mois et le mal resta stationnaire.

Prescriptions : Médication par les préparations plombo-bismuthiques alternées avec les préparations

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

stanniques ; sous l’influence de cette seconde le mal resta stationnaire; je revins en février 1842 au numéro cuivrique que j’abandonnai bientôt pour administrer en frictions sous la plante des pieds la préparation stanno-argentique et faire des fomentations sur les glandes avec la préparation plombo-bismutho-stannique.

Sous l’influence de ce traitement les glandes perdirent de leur volume mais l’ulcère du nez grandit, devint plus rouge, douloureux et meme saignant ; au 8 mai je fis administrer la préparation stanno-argentique sous l’influence des bains électriques.

Cette dernière médication fut suivie avec beaucoup de ponctualité, et sur la fin du mois de mai il y avait une diminution notable du volume des glandes et une amélioration sensible dans l’état du nez ; un fait à noter c’est que les glandes se tuméfiaient après chaque friction pour diminuer peu d’instants après ; de telle sorte qu’une amélioration lente et progressive donna d’abord un contour moins disgracieux à la face, l’ovale du visage se prononça et devint de plus en plus régulier; les glandes parotidiennes se dissipèrent; le paquet glanduleux sous-mental devint pendant comme une sorte de poche; l’ulcère changea d’aspect et se garnit de bourgeons; sa coloration ne fut plus livide; les douleurs devinrent rares ; enfin vers les premiers jours du mois d’août 1842, la malade aurait pu être regardée comme guérie s il ne fut reste une rougeur assez pénible du nez. Je voulus alors prescrire je ne sais quelle application légèrement caustique pour dissiper les dernières traces de cernai et hâter une guérison complète,

mais j’eus l’imprudence de confier ce médicament à la malade, et dès la seconde application, une inflammation violente et la gangrène s’emparèrent de cette région et les parties cartilagineuses du nez se détachèrent. Ici se termina le traitement.

La femme Bressaud a donc perdu son nez mais la cicatrisation s’obtint sans aucune difficulté; toutes les glandes squirrheuses achevèrent de se résoudre et depuis cette époque cette femme possède , à son infirmité près, une santé parfaite; elle a soixante-huit ans à l’heure actuelle. Et cependant le ton de sa carnation et la vigueur de son tempérament sont à peine ceux d’une personne de cinquante.

Page 1