CANCER DE LA LÈVRE INFÉRIEURE
Rose Burel, de Saint-Andéol, canton d’Aubenas (Ardèche), âgée de trente-neuf ans, lors de son arrivée à Celles, en février 1841, d’un tempérament sanguin, d’une constitution robuste, d’une rare activité, s’étant adonnée avec ardeur aux travaux des champs, et à la filature des soies, vit paraître vers le commencement de l’année de 1836 un petit bouton de nature suspecte vers la commissure gauche de la lèvre inférieure ; bientôt toute la lèvre s’hypertrophia , devint dure, irrégulière dans sa forme, se gerça, s’ulcéra dans les suites et rendit un ichor verdâtre. Fréquemment et sans cause appréciable la lèvre se tuméfie et devient d’un rouge livide; ces fluxions s’irradient jus-
qu’aux racines des dents et provoquent leur chute. L’ulcère est fongueux, à bords renverses, il saigne au plus léger contact, en un mot il est vraiment cancéreux. La malade n’ose et ne peut contracter la lèvre. Douleurs lancinantes et formicantes, les formicantes surtout sont excessivement incommodes. Engorgement très dur et bosselé des glandes sous-maxillaires. Toux, déglutition difficile, la malade prétend que son gosier est écorché , par intervalles elle crache un peu de sang, soif habituelle et difficile a étancher.
Prescriptions : Traitement plombo-bismuthique , co-associé avec les aspirations du gaz et plus tard avec les bains , les vapeurs et la boisson des eaux .
1er octobre i 841 . La toux et les crachats n avaient pas tardé à se dissiper; l’affection cancéreuse était stationnaire et la santé générale étant bonne, je soumis Rose aux médications tour à tour argentiques et auroargentiques.
15 juin 1842. Les glandes sous-mentales sont très petites ; l’hypertrophie de la lève inférieure n est plus aussi prononcée; i’ulcère carcinomateux du bord supérieur s’est converti en une espèce d’excoration couverte par des croûtes assez épaisses; vers la lace intérieure de la lèvre, la muqueuse est encore rougeâtre et l’on y distingue de petits boutons perlés semi-cartilagineux qui rendent de 1 ichor; ces boutons sont assez nombreux et pourtant isoles ; la muqueuse se plisse intérieurement dans tous les sens, mais la plaie se déchire aisément et rend des filets de sang qui lont le tourment de la malade. La santé generale est d ailleui s
en très bon état.
Rose ne fit pas de remèdes de tout l’été, elle donna des soins aux malades et par ce fait elle ne fut pas sans prendre une certaine quote-part des médications usitées à cette époque.
20 novembre 1842, reprise du traitement argenticpie ; boisson constante des eaux artésiennes. Ces dernières médications étaient nécessaires car la lèvre était moins bien qu’au commencement de l’été et saignait très facilement.
20 mars 1815. Rose avait très mal suivi son traitement et cependant il y avait de l’amélioration dans l’état de la lèvre , la pblogose ne s'étendait plus jusqu’aux gencives et l’on n’observait plus cette fourmilière de tubercules durs et comme cartilagineux. Le bord supérieur de la lèvre converti en une sorte de plaie superficielle se couvrait de fongosités qui saignaient facilement et se convertissaient en croûtes assez épaisses II m’eût été bien facile de délivrer cette fille par une légère opération chirurgicale, mais j’avais à cœur de terminer médicalement cette cure. Je prescrivis par conséquent une médication plus sévère et je recommandai la plus stricte ponctualité à mes diverses prescriptions.
10 mai 1843. La malade n’a fait que peu de frictions sous la plante des pieds, mais elle a suivi le reste de son traitement avec beaucoup d’exactitude. La lèvre moins dure et moins épaisse était infiniment mieux ; plus de granulations, peu de pblogose à l’interieur. Rose peut manger sans voir déchirer et saigner la faible cicatrice. L’ichor est plus consistant et la lèvre se plisse assez bien. Les bourgeons sont très petits vers les com-
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
missures de la lèvre , on ne les observe plus que vers le bord inférieur de la lèvre.
45 juin 1855. Rose peut enfin se regarder comme guérie; la muquense de la lèvre est rosée, il ne reste plus que quelques croûtes sèches sur le bord supérieur , cette fille enfin peut rire, boire et manger à son gré sans craindre de voir paraître ces hémorhragies qui si longtemps ont été pour elle un sujet de désespoir. La santé ne laisse rien à désirer.
Depuis longtemps il ne reste plus de traces de cette lésion ; la lèvre animée a perdu évidemment de son épaisseur et cependant on ne découvre ni cicatrices ni aucunes traces de suppuration. Rose est restée attachée à rétablissement ; elle est bonne de tous les anciens clients.