GLANDES AU SEIN
Madame Marie Rodriguez, religieuse au couvent du Saint-Sacrement, à Romans, âgée de vingt-six ans, issue d’un père mort d’un cancer de la face , avait eu une enfance assez chétive malgré qu’elle n’eût pas été sujette aux engorgements glanduleux, mais bien à de fréquentes céphalalgies souvent très intenses , ainsi qu’à d es hémorrhagies nasales ; elle fut nubile à quinze ans; l’évolution de la puberté eut lieu sans orages; la menstruation fut même très abondante jusqu’à la vingt-unième année; les maux de tête cependant ne furent pas amendés par l’évolution mensuelle. Madame Rodriguez ayant habité longtemps un appartement humide vit, après sa vingt-unième année, diminuer le flux mensuel qui devint progressivement moins abondant et de plus en plus décoloré, principalement au commencement et à la fin de l’évolution périodique.
À l’âge de vingt-trois ans, madame Rodriguez s’apperçut de l’existence d’une glande dans chaque sein ; ces glandes n’avaient déterminé que de légères dou-
leurs , et cependant , après cette malheureuse découverte, madame Rodriguez se mit aussitôt en route pour Lyon où elle fat consulter M. le docteur Barrier et se mettre ensuite entre les mains de M. Bouchacourt. L’un et l’autre de ces praticiens prescrivirent suivant l’usage :
L’hydriodate de potasse , Viode, limite de foie de morue, la ciguë ou la conicine et le chlorure d'or escortés de la belladone et autres médicaments incertœ sedis . Suivant l’usage encore tous ces médicaments ne produisirent aucun effet, et, huit mois après, madame fut opérée de ses deux glandes qui présentaient chacune le volume d’un œuf. Les plaies furent traitées par voie de suppuration; on eut recours, même plusieurs fois, à la cautérisation par l’acide nitrique ou le nitrate d’argent; enfin après deux mois de traitement l’on obtint une cicatrisation convenable.
A la suite de cette opération madame Rodriguez continua le régime tonique qui lui avait été prescrit ; l’usage de l’huile de foie de morue, de la tisane dépurative, du sirop de salsepareille, des purgations assez fréquentes, des applications de sangsues tous les mois, des bains de sous-carbonate de soude et de colle de Flandre ; elle passa, dans les suites, à un traitement hydrothérapique qui dura cinq semaines; enfin, on lui appliqua un cautère au bras, et malgré cet ensemble de moyens une nouvelle glande apparut dans le sein gauche; peu après d’autres glandes se manifestèrent çà et là , la malade enfin, justement alarmée sur son état, s’est rendue à Celles d’après les conseils de M. le docteur Blanc, de Romans; elle est arrivée auprès de nous le 5 août \ 853.
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
État de la malade : Faciès pâle et amaigri ; tissu cellulaire flasque et comme dégraissé, les tronçons des mamelles sont flasques et sans consistance; dans celui de la mamelle gauche, il existe, auprès d’une informe cicatrice et vers son bord externe, un corps glanduleux circulaire de deux centimètres de diamètre sur un centimètre et demi d’épaisseur ; dans le creux de l’aisselle gauche , autre glande ovoïde de la forme et du volume d’une' amande; le tronçon du sein droit est dans une sorte d’éréthisme permanent qui le rend très sensible au toucher; dans le creux de l’aisselle du côté droit on trouve deux corps granuliformes chacun du volume d’un pois , ils sont durs et roulants sous les doigts, selon le trajet des jugulaires , principalement du côté gauche, on trouve des ganglions durs et squirrheux , il en existe notamment deux audessus de la clavicule gauche ; deux vers le milieu du cou du même côté; l’un de ces derniers présente l’étendue d’une pièce de dix sous ; évolutions mensuelles régulières, mais peu abondantes; sang pâle et décoloré; fonctions stomacales médiocres.
Prescriptions : Bains artésiens bouillis ; boisson de Veau artésienne à petites doses ; traitement argentique analogue à celui de mademoiselle Th***.
5 septembre. Dès les premiers jours de ce traitement une amélioration se manifesta, toutes les glandes diminuèrent rapidement , et au 5 septembre il n’en restait plus que trois, celle du sein, une dans le creux de l’aisselle et l’autre au milieu du cou du côté gauche, mais toutes trois avaient perdu les deux tiers, pour ne pas dire les trois quarts, de leur volume. Ces glandules
n'offraient ainsi que ies deux grosses, que le volume d’un haricot coupé en deux, et celle du cou n’était plus qu’à l’égal d’un pois coupé vers son milieu et très aminci. La santé s’était améliorée , le faciès était plus animé, la menstruation avait été plus abondante et le sang beaucoup plus rouge; l’appétit, enfin, et toutes les fonctions étaient dans un très bon état.
Tous les symptômes , en un mot , annonçaient une guérison radicale et prochaine.
J’ai eu des nouvelles de cette malade en 1855 , elle était bien sous tous les rapports.
MADAME SOEUR ROSALIE (avril 1853).