L’ÉTABLISSEMENT DE CELLES
A cent vingt-cinq kilomètres au-dessous de Lyon, en descendant le cours du Rhône , l’œil discerne sur la rive droite, une profonde échancrure qui lacère dans toute son épaisseur une chaîne de montagnes parallèles au cours du fleuve, depuis Lavoulte jusqu au Pouzin, petite ville située à cinq kilomètres de distance de la première. Ces deux villes très anciennes sont remarquables, l’une par son château gothique qu’entourent les maisonnettes des vassaux d’autrefois; contraste lrappant avec les cheminées élancées et les fumées tourbillonnantes des usines et des forges qui donnent le mouvement et la vie à cette localité. Le Pouzin ne piésente pas de châteaux forts sur les flancs de ses âpres montagnes, ils furent rasés par le canon du cardinal de Richelieu, au temps de nos guerres civiles ; caches par le feuillage du mûrier qui couvre toute la plaine, les maisons de cette localité portent encore pour la plupart l’empreinte du droit du vainqueur, qui ne
permit pas qu’on les élevât au-dessus d’un certain niveau (4).
De hauts fourneaux élégants, un joli pont sur le Rhône et un beau quai de construction moderne, impriment a cette petite ville le cachet du progrès de notre époque. Le bâteau à vapeur, en s’arrêtant à ce port, conduit le baigneur à deux pas de rétablissement de Celles, et le pont du Rhône le met également en rapport immédiat avec la station de Loriol qui est une des plus importantes du chemin de fer, qui relie Lyon à Marseille ; station distante de Celles de dix kilomètres seulement.
L’échancrure par laquelle on pénètre dans le vallon où surgissent nos eaux, est à peu près à égale distance de Lavoulte et du Pouzin; en s’engageant dans cette scissure, l’on se trouve durant plus d’un kilomètre de trajet entre deux montagnes escarpées, coupées à pic pour mieux dire, et sur les bords d’un torrent appelé le ruisseau Montélier. En débouchant dans le vallon, 1 aspect des lieux, s’il faut en croire plusieurs marins, représente parfaitement celui de la vallée de Longwood, avec cette différence qu’à Sainte-Hélène, tous les monts semblables à ceux que nous venons de traverser sont jurassiques, tandis que chez nous, ceux du nord et de l’ouest sont d’origine secondaire. Fermée de toutes parts par des montagnes élevées , plani-
(1) Un édit royal, s’il faut en croire nos vieilles chroniques, défendit aux habitans du Pouzin d’élever au-dessus d’un certain niveau la toiture de leurs maisons ; il fallait que la pointe du sabre d’un cavalier pût toucher le toit. De là toutes ces maisonnettes enfouies d’un mètre et demi ou deux mètres.
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
forme à l’est et vers le sudj, la vallée de Celles présente une étendue de quatre à cinq kilomètres de longueur sur un ou un et demi de large. Le premier hameau que l’on rencontre en se dirigeant vers l’établissement, porte le nom de Rondettes ; ce fut le premier asile des baigneurs; c’est encore celui de ceux qui sont peu fortunés ou qui recherchent la solitude. Un demikilomètre plus loin s'élèvent deux hôtels, construits uniquement pour loger les malades, et dans un profond enfoncement se trouvent la maison du docteur, les bains et une petite chapelle. Trente-deux baignoires , des douches à vapeurs, d’autres à eau descendante ou ascendante, enfin un vaporarium, tel est l’ensemble des moyens dontje puis disposer à mon gré.
Abritée en ces lieux du vent du nord et de l’ouest par de hautes montagnes, la vallée s’ouvreau midi pour recevoir tonte l’ardeur des rayons solaires. Les pluies exceptionnelles de l’été s’écoulent avec rapidité sur nos côtes si inclinées, et l’action absorbante d’un sol magnésien ne laisse pas subsister longtemps les plus légères traces même des pluies torrentielles.
Ces orages, toujours de courte durée, tempèrent quelquefois en août ou en septembre l’ardente chaleur d’un climat brûlant et revivifient toute la contrée.
En hiver la neige et les gelées blanches sont rares.
La culture de l’olivier délaissée de nos jours est remplacée par celle du mûrier qui décèle également la chaude température d’une contrée dont le ciel est presque toujours pur. La salubrité de notre localité contribue à la rapide guérison de ces fièvres palu-
déennes, auxquelles nos eaux alcalino-gazeuses conviennent si bien. Frappé des résultats obtenus sur un grand nombre de canonniers, monsieur Abel, ex-chirurgien major du quatrième régiment d artillerie, alors en garnison à Valence, avait présenté un mémoire au Ministre de la guerre , pour demander la création à Celles d’un hospice militaire dans l’intérêt de notre colonisation africaine.
Sept sources à l’heure actuelle desservent l’établissement*, deux de ces sources, le puits-artésien et la Ventadour nous sont déjà connues. Les bornes de cet écrit ne me permettent pas de rappeler toutes les vicissitudes que j’ai éprouvées, lorsque j’ai fait surgir ces deux fontaines et d’exposer tous les motifs que j’ai d’espérer, qu’un jour l’on trouvera en ces lieux des eaux thermales excessivement abondantes. Qu’il me suffise d’affirmer que j’ai malheureusement perdu une première source qui était au moins quatre fois plus forte que mes sources actuelles. Par un surcroît de malheur la source artésienne actuelle, circonstance bien fâcheuse surtout dans l’intérêt des pauvres phthisiques auxquels le gaz que dégage cette source fait tant et tant de bien, est intermittente. Quant au volume de l’eau il est pour le moment plus que suffisant pour mes malades ; et si les produits de Celles pren nent un certain crédit pharmacologique dans les suites, on n’aura pas à craindre d’en manquer.
Après les sources Artésienne et Ventadour , les eaux de la bonne fontaine et celles de la fontaine des Cèdres méritent une mention spéciale. La Bonne-Fontaine fut analysée en 4837, par monsieur Balard; je transcris ici textuellement cette analyse.
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.