‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 85 sur 91 · MALADES DE PARIS · texte numérisé non relu

MALADES DE PARIS

Attiré à Paris par la présence de mon fils, étudiant en médecine de première année, j’éprouvai le désir d’y publier,, plutôt qu’à Valence ou à Lyon, un nouvel opuscule sur mon établissement et sur les produits que j’obtiens par la manipulation de mes eaux. Je m’ouvris à ce sujet à mon compatriote et ami le docteur Fougeirol (rue de Rivoli, n° '120), qui applaudit à mon idée en me faisant observer qu’il faudrait faire contrôler quelques-uns de mes résultats par un médecin haut placé. Je compris la justesse de cette observation ; mais où trouver un praticien expérimenté favorable à mes vues?

Mis en rapport avec M. Bazin, par un autre de mes compatriotes, le docteur Magnan (ancien interne à Saint-Louis, dans les salles du digne successeur d’Alibert), je fus assez heureux pourvoir traiter, à dater du \ o janvier, un premier malade par mes procédés. Satisfait de cette première tentative, M. Bazin en entreprit d’autres en février et en mars. Le 26 avril, ce praticien si distingué et si connu, inséra dans la Gazette des hôpitaux une note que je transcris : « J’emploie en » ce moment avec beaucoup d’avantage, contre ia

» scrofule ganglionnaire, le traitement de M. Barrier,

» médecin inspecteur des eaux de Celles. La résolu- » tion des engorgements ganglionnaires s’obtient avec » une grande rapidité, et si le résultat définitif con- » firme nos premiers succès, je n’hésiterai pas a don- » ner aux sels deM. Barrier la préférence sur la ciguë.»

Depuis le 26 avril , les malades de M. Bazin saturés de plus en plus de principes médicamenteux , ont marché plus vite que dans le principe; quelque temps encore et ces premières guérisons seront aussi complètes et fermes que possible. A Dieu ne plaise que je prétende arguer définitivement de quelques laits heureux; pour qu’une pratique médicale ait de la consistance, il faut nécessairement que le praticien puisse établir ses calculs sur des résultats constants ou du moins à peu près tels. D’après cet axiome fondamental, je dois mettre M. Bazin dans la position de vérifier et contre-vérifier les expérimentations qu’il a entreprises, autant de fois qu’il le jugera convenable; je suis prêt par conséquent à lui procurer tous les modificateurs , dérivés des eaux de Celles , qu’il pourra désirer.

Durant le séjour que je viens de faire à Paris, j’ai été mis en rapport, vers les derniers temps, avec un petit nombre de cancéreux dont je crois devoir, avec leur assentiment, donner les observations ou pour mieux quelques détails sur leurs situations respectives ; détails qui seront suffisants pour démontrer clairement que le cancer enfin n’est plus au-dessus des ressources de l’art, pourvu qu’on ne l’attaque pas aux approches du moment suprême.

Les malades auprès desquels j’ai été introduit dans

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

Paris appartiennent tous à la classe des cancéreux ; un seul à la division des affections strumeuses. Je ne donne des soins à ce malade que depuis peu de jours, je crois cependant devoir transcrire ici cette observation, incomplète il est vrai, mais dont le‘succès ne se fera pas attendre.

Je vois, en effet, dans les rues tant de bras et tant de jambes coupés par suite de lésions strumeuses des articulations, qu’il importe d’inspirer de sérieuses réflexions à tous les hommes de l’art.

FRANÇOIS PÉRILLIAT.

M. Perrilliat , rue Saint-Sauveur, 75, âgé de trente ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin , d’une constitution usée par de longues et anciennes souffrances, d’un squelette élancé et d’une charpente osseuse régulière eut trois pneumonies aiguës entre sa vingt-deuxième et sa vingt-septième année. A ces pneumonie intenses succédèrent de vives douleurs dans l’intérieur de l’articulation cubito-humérale droite, plus tard, enflure de cette jointure, et la tumeur blanche fut caractérisée. Quelles furent les causes de tant de douleurs et de souffrances? Une laxité congéniale peut-être du système celluleux, réunie à un labeur exubérant et à une habitation insalubre. Après avoir été traité longtemps par M. le docteur Bergonier, le malade entra à l’hospice de la clinique au service de M. Nélaton. Le cautère transcurrent fut promené sur cette jointure, la tumeur s’affaissa, les douleurs cessèrent , et le malade sortit après six semaines de séjour. Deux mois plus tard M. Perrilliat rentrait de

nouveau dans l’hospice de la clinique. Nouvelles ustions , bains de vapeur, nouveau soulagement , sortie, cinq semaines après.

Ce jeune homme eut le chagrin de voir sa tumeur 1-éagir et s’exaspérer pour la troisième fois ; autre rentrée à l’hospice delà clinique; même traitement par le feu avec addition de l’iodure de potassium à l’intérieur. Le malade séjourna trois mois et demi dans l’hospice, et fut cautérisé de nouveau vers le milieu du mois d’août. Sortie en octobre et continuation de préparations iodurés à l’intérieur jusques vers les premiers jours d’avril.

Le dégorgement produit par ce dernier traitement fut un peu plus constant que les premiers ; M. Perrilliat cependant ne pouvait manier une plume de la main droite, il se vit donc forcé d’apprendre à écrire de la main gauche ; il ne pouvait aussi exécuter que des mouvements très bornés de ce bras qui ne lui rendait que debien faibles services. Cette malheureuse tumeur articulaire s’exaspérant de nouveau en avril, le malade allait encore rentrer dans son hospice pour solliciter une nouvelle cautérisation ; mais il y retournait sans confiance et sans foi, tremblant même à 1 idée qu un peu plus tôt ou un peu plus tard d faudrait, de toute nécessité, faire l’ablation de ce membre. Cet homme, jeune encore , ne rêvait plus qu’un avenir bien triste, et lorsqu’il entendit parler de moi il vint me supplier de lui donner mes soins.

État du malade au 30 avril : Le faciès amaigri dénote d’anciennes souffrances, petite toux habituelle, matité assez étendue au sommet du poumon gauche, glan-

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dules selon le trajet des veines jugulaires et aux alentours des mâchoires, quelques-unes sont aussi grosses que des noisettes; rougeur et vergeture des pommettes tranchant sur un fond de pâleur; tuméfaction considérable , qui s’étend au-dessus du tiers inférieur de l’humérus jusqu'au delà du tiers supérieur du cubitus, de toute l’articulation cubito-humérale; les extrémités osseuses sont très volumineuses et déformées, les condyles de l’humérus sout bouffis , ils conservent encore une certaine forme, mais le cubitus est si tuméfié que ni l’œil ni le doigt qui explorent ne distinguent l’olécrane. Auprès, et selon la direction externe de l’humérus, il existe une tuméfaction ovoïde allongée aussi grosse qu’un œuf, qui simule un corps glanduleux, toutes ces tuméfactions déterminent une semi ankilose qui interdit presque tous les mouvements du bras sur l’avant-bras et même ceux de supination et de pronation.

Prescriptions : Eaux de Celles aiguisées par le cuivre à Vintérieur sur du sacre , et en fréquentes lotions sur le membre (trois, quatre et même cinq heures par jour).

Dès son entrée en traitement, le malade éprouva une sensation inconnue dans ce membre, il ne tarda pas à pouvoir exécuter quelques légers mouvements de flexion et de tension , mais les surfaces présentaient une sensation , perceptible à l’oreille , de craquement semblable à celui que produit le pêne d’une serrure rouillée ; ce mouvement s’accrut de jour en jour , mais au fur et à mesure qu’il se développait davantage, le craquement diminuait progressivement et ne tarda pas à cesser tout à fait. Au 15 mai, la tumeur

glandulaire , ainsi que les surfaces osseuses , avaient perdu une grande partie de leur volume, et l’articulation dans son ensemble était moins grosse de deux centimètres et demi ; les glandules du cou étaient en partie effacées, les pommettes ne présentaient plus une rougeur aussi pénible , et le faciès prenait de l’animation et dénotait la satisfaction du malade.

Au 20 mai, l’articulation plus dégorgée permet au malade de fléchir l’avant-bras sur le bras à angle droit; de porter la main au front, mettre en second la manche de son habit correspondante à ce bras, les mouvements de supination et de pronation s’exécutent avec assez de facilité ; ce jeune homme enfin écrit de cette main d’une manière assez courante, ce qu’il n’avait pas fait depuis trois ans. Quelques jours encore et cette articulation aura repris ses formes normales, et mon client oubliera ses longues et inter-

minables douleurs.

Les surfaces osseuses articulaires n’étaient évidemment que tuméfiées dans cette observation. Mais, disons-le pour la consolation des malades , il en est presque toujours ainsi dans l’immense majorité des cas, alors même que l’on ampute les membres. Bien des fois, Delpech nous avait montré que des surfaces articulaires, horriblement déformées , présentaient , après une longue macération , des extrémités osseuses très saines et parfaitement confoi niées; les parties ligamenteuses, cartilagineuses, et surtout le périoste étaient seuls affectés. Concluons de ce fait d’anatomie pathologique qu’il importe de pouvoir, pendant la vie, obtenir des espèces, de véritables ma-

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cérations thérapeutiques. Tous les praticiens sont convaincus de 1 importance d’un pareil résultat ; mais comment 1 obtenir ? M. le docteur Bergonier avait épuise a peu près toutes les ressources de la matière medicale , 1 iode, 1 huile de foie de morue , la ciguë, la belladone, etc.; M. Nélaton n’avait été guère plus heureux avec l’emploi du cautère transcurrent. Il faut donc conclure que les produits de l’établissement de Celles ont, à l’heure actuelle, une supériorité incontestable sur les autres procédés pharmacologiques. Mais abandonnons les lésions strumeuses pour démontrer par des faits la résolution possible des tissus fibreux accidentels.

MADAME CHAUDESSAIGUES ,

Rue du Faubourg-du-Temple, N° 16.

TUMEUR FIBREUSE A l’üYPOGASTRE ET DANS LA RÉGION

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