‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 86 sur 91 · ILIAQUE GAUCHE · texte numérisé non relu

ILIAQUE GAUCHE

Madame Chaudessaigues, âgée de quarante-six ans , issue d’une mère morte à 48 ans par suite de retour d’âge, eut une enfance heureuse ; nubile à quinze et sans orages, mariée à dix-sept ans, elle n’a pas eu d’enfants. Entre la quarante-unième et la quarantedeuxième année, Madame Chaudessaigues éprouva des hémorrhagies utérines excessivement abondantes durant quinze jours. M. le professeur Bouillaud prononça le mot chlorose et prescrivit l’eau de Bassan, les pastilles de fer et un régime analeptique. Depuis ce moment madame Chaudessaignes a eu constant-

ment des pertes utérines très abondantes principalement à l’epoque des évolutions menstruelles qui n ont plus de marche régulière; ces évacuations ne laissent guère entre elles que des intervalles de sept à huit jours 5 et encore la malade ne cesse pas de rendre par le vagin des matières muqueuses. Inquiète de son état, madame Chaudessaigues se rendit auprès deM. Jobert de Lamballe, d’après les conseils de M. Bouillaud ; ce grand praticien constata l’existence d une tumeur fibreuse ; un-instant il songea a la possibilité d une operation, mais dans les suites il renonça a cette premieie idée. M. Paul Dubois, consulté le 24 mars 18o2, porta le diagnostic suivant :

J’ai constaté chez madame Chaudessaigues, une tumeur qui occupe la partie droite de la cavité du bassin et qui peut être sentie facilement au-dessus du détroit supérieur du même côté.

Mêmes prescriptions que M. Bouillaud.

En 1853 (mars), madame Chaudessaigues consulta M. Amussat, qui prescrivit une ceinture hypogastrique et un appareil pour soutenir cette masse.

Ces divers praticiens , M. Amussat principalement, cherchèrent à consoler cette pauvre malade ; et tout en convenant de Impuissance de l’art ils lui disaient qu’avec une tumeur pareille, on pouvait parcourir une longue carrière, mais tous ces discours ne pouvaient guère rassurer une femme qui souffrait de plus en plus et dont la mère était morte à quarantehuit ans. Madame Chaudessaigues se transporta de nouveau chez M. Dubois, vers la fin de l’année 1853; les paroles sacramentelles de ce médecin si célèbre à tant de

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

titres la déterminèrent à souffrir avec résignation et en silence. Des ceintures, des bandages plus ou moins ingénieux, telles étaient les seules préoccupations d’une infortunée qui pour allonger un peu sa carrière prenait aussi quelques préparations ferrugineuses que tous les médecins s’étaient accordés à lui prescrire. L’espérance qui est inséparable de notre organisme et qui est toujours dans le fond du cœur de l’homme, conduisit madame Chaudessaignes chez moi, aussitôt qu’elle sut que je m’occupais de la médication des glandes et des tumeurs; dès le premier mars elle se remit entièrement entre mes mains.

État de la malade : Faciès amaigri, rougeur âcre des pommettes tranchant sur un fond jaunâtre delà peau, chairs molles et flasques, pâleur des lèvres, des gencives et de la langue, pouls large mais faible et cédant facilement sous le doigt qui l’explore, en un mot palpitations, essoufflement et tout le cortège de ces symptômes anémiques dont l’ensemble constitue cet état pathologique que l’on généralise beaucoup trop sous la dénomination de chlorose. Le ventre volumineux vers sa partie la plus déclive, présente à la vue une bouffissure, qui s’étend dans tout l’hypogastre et garnit les deux fosses iliaques, la gauche principalement. En appliquant la main sur cette bouffissure abdominale, on constate aussitôt l’existence d’un corps dur, inégal qui incline de préférence vers le côté gauche qu’il garnit entièrement ; la malade accuse des douleurs dans cette région.

Le doigt introduit dans le vagin rencontre aussitôt une tumeur ovoïde qui fait partie d une autre

tumeur beaucoup plus volumineuse, dont elle n’est qu’un prolapsus en quelque sorte. Madame Chaudessaigues se plaint d’éprouver des douleurs assez vives dans l’hypochondre droit, et cependant aucun signe n’indique une tuméfaction dans le foie ni aucune espèce d’obstruction dans les parties cireonvoisines ; tension , gonflement et semi-induration de la mamelle gauche ; la corde antérieure du bras est raide et tuméfiée. Hémorrhagies utérines très fréquentes avec caillots noirs et consistants -, ces hémorrhagies qui ont lieu ,• pour ainsi dire par jets , remontent vers l’abdomen et le sang parvient parfois jusqu’à la région épigastrique. La station, la progression surtout, sont difficiles, madame Cbaudessaigues est forcée de porter sa ceinture hypogastrique pour soutenir et fixer sa tumeur, mais elle ne peut supporter aucune pression à l’entrée du vagin. Quand la malade ne porte pas de ceinture, la tumeur pèse sur le petit bassin, et son poids est si incommode que la marche est très pénible; au lit , cette tumeur suit tous les mouvements du corps, elle se porte à gauche si madame Chaudessaigues incline de ce côté, à droite s’il survient un changement de position.

Prescriptions : Eaux de Celles argentiques à prendre soir et matin sur un peu de sucre à la dose de cinq ou six gouttes ; trois heures par jour de lotions sur la tumeur ou dans ses alentours, avec le même liquide.

26 mars. Madame Chaudessaigues a fait son traitement avec beaucoup de soin , mais elle l’a même outré en quelque sorte; aussi elle en recueille déjà des fruits. Le ventre est aplati , la peau plus épaisse est

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

moins collée sur la tumeur, le sang de l’écoulement mensuel qui a lieu dans ce moment est rouge et sans odeur, tandis qu’il était pâteux et infect autrefois.

Prescriptions : Les mêmes avec addition du chlorure d’or, et frictions de la poudre argentique sur la langue.

20 avril. La tumeur continue à perdre de son volume, mais pas autant que je voudrais ; la malade se plaint de douleurs stomacales.

Prescriptions : Cessation des frictions de la langue ; deux bains pris à la température de vingt-cinq degrés ; on a fait dissoudre quatre-vingt-dix centigrammes des sels de l'eau artésienne de Celles.

30 avril. Le premier bain détermine un écoulement de sang très abondant, mais inodore et sans jet ; le second bain, pris deux jours après, provoque le même résultat; l’exsudation du sang a toujours lieu, avec peu d’intensité cependant; prostration des forces, douleurs stomacales , perte de l’appétit , la malade est un peu inquiète , je la rassure, car la tumeur a diminué énormément , ïe ventre ne fait plus de saillie, la ceinture n’appuie que sur les os iliaques et devient incommode ; l’exploration du vagin me décèle que la tumeur ovoïde, détachée de l’utérus, est au même niveau vers le fond du vagin ; quant à la mamelle gauche, elle est très souple et revenue à son état normal ; il existe cependant beaucoup de sensibilité soit dans le sein , soit dans la région hypogastrique.

Prescriptions i Laux de Celles aiguisées par le cuivre ,* suppression de tout médicament interne ,* eau de poulet et autres boissons émollientes.

10 mai. L’écoulement sanguin est remplacé par un

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