‹ Traitement des pleurésies purulentesChapitre 11 sur 38 · Gazette méd. de Paris · texte numérisé non relu

Gazette méd. de Paris

qu'il est à peine possible que les malades ne meurent pas pendant qu'on l'exécute ou immédiatement après; Corvisart dirait que procurant même rarement un soulagement éphémère, elle hâte, dans tous les cas, la mort des malades. »

Avant tout, il insista sur la nécessité d'avoir parfaitement reconnu l'existence de l'épanchement avant de songer à pratiquer l'opération. Ce n'est pas une recommandation superflue. Dionis raconte qu'un chirurgien de son temps ouvrit la poitrine au duc de Mortemart sans qu'il y eût de liquide, et Ledran fut empêché par le doute de ses confrères d'opérer un malade, auquel on trouva après la mort 5 pintes de pus dans la plèvre.

Les indications, pour Sedillot, se réduisaient à3 :

1" Ne pas opérer dans la période aiguë;

2° Opérer dans les épanchements chroniques, les sujets dont les viscères sont sains, avant que les poumons aient perdu la possibilité de se dilater et de reprendre leurs fonctions;

3° Reculer le plus possible l'opération, lorsqu'il existe des complications incurables et iVy avoir recours qu'à titre de traitement palliatif , et comme secours passager et précaire.

Voici comment il opérait : ayant pratiqué une incision cruciale sur la partie moyenne de la 9^ ou de la 10^ côte, et divisé les parties molles jusqu'à la face externe de celle-ci, il incisait le périoste et le détachait de la surface osseuse. La côte était ensuite perforée avec un petit trépan

de 0ns004n^ de diamètre, appliqué à égale distance des bords supérieurs et inférieurs, de façon à éviter la blessure de l'artère intercostale. Dans le trajet osseux, il introduisait une petite canule d'argent munie d'ailettes latérales et qui pénétrait à frottement. Aux ailettes latérales deux cordons étaient attachés, destinés à faire le tour du thorax et h fixer la canule.

Par cette canule on pouvait injecter dans le foyer purulent des solutions irritantes ou désinfectantes.

Quelle que soit la valeur du procédé opératoire lui-même, Sedillot, et c'est là un titre considérable, avait cherché à faire revivre cette opération de Fempyème, décrite par Hippocrate, abandonnée et rejetée comme fatale pendant des siècles, abandonnée encore après lui, et malgré son ardeur cà la défendre; reprise à notre époque et pratiquée couramment alors que les méthodes que l'on avait accumulées pour la supplanter sont au contraire peu à peu laissées dans l'oubli et presque le dédain.

A peine, en effet, l'œuvre de Sedillot eut-elle i84i-i843. paru, qu'elle fut oubliée. Il semble, dans cette histoire du traitement de la pleurésie purulente, que chaque succès doive être immédiatement contrebalancé et contredit. Presque au moment où l'opération semblait revivre, nous voyons Hope ' s'efforcer de prouver que le traitement

1. Brilish and foreign medico-chirurgical Revieiu (London), 1841.

TRATTEMKNT

des ëpanchemenls pleurétiques n'a pas besoin du secours do la chirurgin, que les moyens fournis par la malièr'e médicale sont toujours suffisants. D'accord, en cela, avec les médecins qui, lors de la discussion de 1835 devant l'Académie, soutenaient que la pleurésie n'est jamais mortelle, Hopp déclare que le défaut de la réussite tient à la timidité avec laquelle sont administrés les remèdes. Il vante l'emploi des mercuriaux h doses élevées, l'usage d'un régime réconfortant, d'une diète animale, malgré la fièvre et de quelques diurétiques.

Hope n'est pas seul à croire au succès possible 1843. d'un traitement exclusivement médical . On trouve, dans Max Salomon, l'indication de succès obtenus au moyen d'iodure de fer, par le D'' Lange. D'après cet auteur, ce serait moins l'iode que le fer qui aurait une véritable efficacité, car il a réussi également avec le malate de fer...

Il est inutile d'insister davantage et de consacrer des erreurs.

Trousseau. Eu Cette année. Trousseau lit son premier mémoire à l'Académie de médecine; et l'on peut dire avec Behier ' que « parmi tous les titres qui signalent le nom de Trousseau à la reconnaissance de ceux qui ont souci de la science médicale, deux surtout lui font particulièrement honneur : ce sont la vulgarisation de la trachéotomie dans

1. Behier, Discussion sur l'empyéme. (Académie de médecine, 1872.)

le croup et celle de la- thoracentèse clans lés cas de pleurésie aiguë ».

Nous trouvons, dans la leçon clinique * qu'il consacre plus tard à la paracentèse de la poitrine, la relation des faits qui l'ont amené à pratiquer cette opération. On assiste, dans cette lecture d'un intérêt si puissant, à l'évolution de ses idées; il montre successivement plusieurs cas de mort subite au cours de pleurésies non opérées; on le voit, justement efi'rayé des faits dont il vient d'être le témoin impuissant, redouter l'avis de ses confrères, craindre que leur hésitation ne l'empêche d'agir dans des cas semblables; attendre, pour ainsi dire impatiemment, qu'un malade se présente qu'il puisse opérer. — Bientôt, une malade arrive avecun énorme épanchement, et Trousseau, seul, ne voulant agir que sous sa responsabilité unique, intervient; et guérit sa malade. Des succès s'ajoutent au premier; il peut intervenir dans des cas de jikiirésie purulente, et il écrit, avec une modestie charmante : i Je n'ai pas la prétention d'avoir imaginé la paracentèse delapoitrine;jen'aiinventé aucun instrument spécial pour faciliter cette opération, je n'ai conseillé aucun procédé opératoire qui ne fût connu auparavant... mais, je crois avoir popularisé une méthode qui maintenant est à peu près généralement adoptée, et à ce titre, je pense avoir fait faire quelques progrès à la thérapeutique de la pleurésie.»

\. Leçons cliniques de l'Hôlel-Dieu, t. L.

Cette page de Trousseau, sur la thoracentèse, est une des plus belles qu'il ait jamais écrites, et ses idées eurent d'ailleurs une influence considérable sur les médecins qui vinrent après lui. 1844 A la suite de ses travaux, en effet, deux monographies paraissent en Angleterre, lesquelles closent, pour un temps, la liste des publications de quelque importance relatives à la ponction du thorax : la est le mémoire d'Hamilton Hoe, sur la paracentèse du thorax dans l'empj'ème; l'autre est un mémoire de Hughes paru en 1844. Le procédé opératoire de Roe était des plus simples; il se réduisait à la ponction avec un trocart de médiocre importance dans un espace intercostal, sans lieu précis d'élection. i845 ài8Go. Après cette période, que des travaux de premier ordre ont rendue si active, si pleine d'enseignements, une longue série d'années s'écoule, desquelles il ne reste presque rien. Au milieu de ces documents épars, peu nombreux, disséminés au hasard des sociétés savantes, ou des revues périodiques, deux noms, en France, méritent surtout d'être rappelés, ceux de Boinet et d'Aran, dont les procédés ingénieux, mais rapidement tombés en discrédit, furent la source de quelques progrès.

L'idée générale qu'on peut se faire de cette période, et qui ressort assez nettement de l'examen des principaux travaux qui parurent alors, c'est l'abandon presque absolu de l'opération de l'empyème, en dépit des encouragements vivaces

de Sedillot, et de l'ardeur qu'il avaiL mise k tenter sa réhabilitation. Par contre, l'opération de la thoracentèse devint plus courante, les observations se multiplièrent, et, en 1850, la Société médicale des hôpitaux nomma une commission, chargée de tirer des conclusions de tous ces matériaux.

Marotte, chargé du rapport de ladite commission, conclut ainsi qu'il suit :

l» Les épanchements purulents réclament l'empyème par incision dans la grande majorité des cas.

2° Dans les épanchements purulents aigus, la thoracentèse ou empyème par ponction est aussi impuissante que l'empyème par incision.

3° Dans les épanchements purulents chroniques, il faut recourir à l'empyème; mais si le liquide est séro-purulent , on peut se contenter de la thoracentèse.

40 Enfin, dans les grands épanchements séreux' et fibrineux de la plèvre et dans l'hydrothorax, il faut employer la thoracentèse, c'est-à-dire la ponction avec le trocart.

Malgré ces conclusions, qui, en somme, sont plutôt favorables à l'opération de l'empyème, c'est du. côté de la thoracentèse que les recherches se poursuivent et que l'on tente d'y apporter quelque modification.

A partir de 1830, en effet, sous l'influence de l'enseignement de Trousseau et de la vulgarisation du procédé de Reybard, la thoracentèse

fut de plus en plus souvent appliquée au traitement des pleurésies; mais aussi on se prit à reconnaître l'insuffisance des ponctions simples lorsque la pleurésie était purulente, et l'on chercha à agir directement sur la plèvre. C'est vers ce but que tendirent les recherches de Hoinet et d'Aran.

Velpeau venait de faire connaître les résultats qu'il avait obtenus en injectant des solutions d'iode dans les cavités closes, soit pour modifier la nature "des produits *de sécrétion, soit pour provoquer l'adhésion des parois.

Boinel. Dès 1840, Boviiet vulgarisa l'injection iodée dans le traitement des affections purulentes, et 1853. en 1853 *, il appliqua au traitement de l'eriiinjeciiond'io- pyème ces mêmes injections iodées et donna une caviié'"'piei- des premières descriptions du procédé de la sonde à demeure. Par l'orifice de l'espace intercostal, une sonde était introduite dans la cavité de l'empyème, sonde en gomme ou bien tube en caoutchouc assez rigide pour que la rétraction des parties molles n'en efface pas la lumière. Par cette sonde, fixée au thorax par un fil, Bomet faisait dans la plèvre des injections iodées, après avoir pratiqué un lavage avec de l'eau d'orge, de guimauve, ou de l'eau tiède, et après avoir évacué ce liquide avec le pus.

C'était une solution peu concentrée qu'il faisait d'abord pénétrer : 10 grammes de teinture d'iode

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