TROUBLES PSYCHO-SENSORIELS
Troubles de l'ouïe et de la parole. — 1° La surdi-mutité,
type de beaucoup le plus fréquent, se présents au poste de secours, à l'ambulance ou dans les hôpitaux suivant trois types différents (Roussy et Boisseau)
A. — Tantôt, il s'agit de sujets en pleine confusion mentale ; le masque facial exprime la terreur, les yeux sont hagards, la respiration haletante, l'air anxieux. Agitation et phobies. Le traitement immédiat peut être suivi de succès, mais vu le degré d'agitation, il est préférable d'attendre quelques heures ou quelques jours pour le faire.
B. — Tantôt, le malade offre l'aspect du confus mental hébété, au masque figé, immobile, absent de tout ce qui l'entoure. Aucun bruit, aucune tentative thérapeutique ne parviennent à le faire sortir de sa torpeur. Type du sourd-muet, confus mental stupide.
Dans ces deux types, on a affaire à des troubles mentaux d'ordre commotionnel ou émotionnel, accompagnés de surdi-mutité.
C. — Dans un 3° type, le tableau clinique est différent : le malade est parfaitement conscient et cherche à attirer l'attention sur sa surdi-mutité. Il fait de nombreux gestes, montre ses lèvres, fait signe qu'il veut écrire : lorsqu'on lui donne du papier, il note avec force détails le récit de l'accident. Ce sont des malades bavards de leurs gestes (Roussy et Boisseau) qui rappellent le type anciennement classique du sourd-muet hystérique.
2° La surdité seule, uni ou bilatérale s'accompagne de troubles auditifs subjectifs, et peut être plus ou moins complète ou ne consister qu'en hypoacousie exagérée par un défaut d'attention manifeste du sujet. Caractère clinique important, les malades sont fort peu gênés par leur surdité; tout se passe comme si elle n'existait qu'au moment où, en la recherchant, on attire sur elle l'attention du sujet.
3o La mutité peut exister seule. Elle est totale : le malade n'ébauche aucun son, ne fait aucun mouvement des lèvres ni de la langue et montre, avec force gestes, qu'il est dans l'incapacité de parler.
Parfois il s'agit seulement d'aphonie soit primitive, soit consécutive à une mutité en voie de guérison.
Le bégaiement se voit souvent seul ou associé à d'autres troubles commotionnels. 11 est généralement très prononcé. Début brusque ; cessation rapide sous l'action du traitement psychothérapique.
Troubles visuels. — L'amaurose complète n'est pas rare. L'examen oculaire révèle sa nature pilhiatique.
L'amblyopie, la photophobie s'accompagnent souvent d'autres troubles névropathiques (hémiplégie, paraplégie). Les malades portent de grosses lunettes noires, prétendent avoir la vue atteinte depuis une explosion d'obus, une émission de gaz. Ils se plaignent indéfiniment de picotements, de larmoiements, etc.
Signalons encore le blépharospasme uni ou bilatéral, le battement ou clignotement des paupières, le nystagmus qui est rare.
§ 10. — TROUBLES SPHINCTÉRIENS
Les faits d'incontinence d'urine psycho-névropathique observés durant cette guerre, peuvent être ainsi groupés :
1° Fausse incontinence d'urine commotionnelle. — Dans ce premier type il s'agit de sujets qui, à la suite d'un bombardement violent, d'un enfouissement présentent les différents troubles du syndrome commotionnel auxquels vient s'ajouter l'incontinence d'urine. Celle-ci s'explique facilement au début par la réaction émotive. Peu à peu ce trouble s'installe, se fixe dans le subconscient, fixation souvent aidée par un diagnostic erroné ou des examens médicaux imprudents.
2° Fausse incontinence d'urine par habitude. — Rarement diurne, habituellement nocturne, elle s'installe sans cause apparente ou à la suite de n'importe quel petit incident, chez des sujets souvent entachés de débilité mentale qui ont pris la mauvaise habitude de pisser aulit, comme d'autres prennent l'habitude déboîter. Ce sont des pisseurs d'habitude.
3° Reprises d'incontinence d urine essentielle. — D'autres fois,
ce peuvent être des reprises d'incontinence vraie, essentielle, disparue depuis plusieurs années et réveillées par les fatigues, les émotions ou une commotion ; équivalence de mal comitial.
La rétention d'urine hystérique, n'existe pas, en réalité.
1° Ou bien la rétention n'a été qu'un phénomène passager succédant pendant quelques heures à quelques jours à la commotion (phénomènes spastiques, d'ordre commolionnel et émotionnel transitoires qui disparaissent spontanément).
2» Ou bien il s'agit de rétention incomplète avec douleurs vésicales et l'on a, ébauchés, des signes de lésion uni ou bilatérale de la queue de cheval ou de lésion médullaire.
Quant à la polyurie ou à la pollakiurie, si elles peuvent être des manifestations passagères, réactions réflexes de l'émotion, elles ne constituent que des phénomènes transitoires et de courte durée.
Troubles du sphincter ano-rectal. — Nous n'ouvrons ce paragraphe que pour nier leur existence en tant que troubles psychonévrosiques. A part la diarrhée émotive et le relâchement passager de tous les sphincters chez les grands commotionnés, ce sont de fausses incontinences des matières chez des débiles chez lesquels de sévères réprimandes remettent vite toutes choses en bon ordre.
§ 11. — TROUBLES VISCERAUX
Troubles digestifs. — Ce peut être Vanorexie des hystériques ou anorexie mentale rarement observée en temps de guerre.
Les vomissements hystériques ont une allure paradoxale. Se produisant plusieurs fois par jour, sans cause appréciable, ils surviennent inopinément, sans grand effort. Ils sont essentiellement alimentaires.
L'examen clinique et radioscopique de l'estomac ne permet de déceler aucun symptôme anormal.
Particularité importante : le vomissement névropathique n'entrave en rien l'alimentation. Le malade conserve son appétit et habituellement une partie de son embonpoint.
Troubles respiratoires. Tachypnée névropathique. — Beaucoup moins fréquents que les précédents et beaucoup plus difficiles