FIXATION DE L'ACCIDENT
Nous avons quitté ce sourd-muet, ce paraplégique, ce plicaturé, ce «petit blessé » en train d'immobiliser sa main, ce «petit malade» fixant une boiterie sur une algie déjà guérie, tous convaincus de l'existence d'une infirmité qu'ils croient parfois définitive. Mais sous l'influence de la vie hospitalière, grâce aussi à la sollicitude qui les entoure, cette infirmité devient peu à peu facilement supportée; le malade s'y habitue. Il désire encore guérir, mais les
4a TRAITEMENT DES PSYCHONÉVROSES
divers traitements auxquels il a été soumis restent sans résultat. L'idée d'incurabilité progresse dans son esprit. Il est envoyé à la méeanotliérapie dont il a entendu parler : il y va faire un stage qui ne l'améliore pas. Les mois ont passé et il échoue parfois dans un Centre Neurologique. Bien souvent il ne croit plus à ce moment sa guérison possible. 11 attend encore vaguement de l'électricité un soulagement mais il entend dire autour de lui que les applications en sont quelquefois douloureuses. Il s'y soumet cependant. Souvent par l'action psychique de ce traitement la guérison survient, miraculeusement, à sa grande stupéfaction et même aussi à sa grande joie.
Si le médecin, fatigué ou mal disposé, n'a pas su gagner sa confiance, si l'atmosphère morale du milieu est défectueuse, les traitements psycho-électriques doux resteront sans résultai, les couiants forts ne détermineront que de la douleur, sans aucune amélioration. Le malade ne s'y soumettra plus volontiers les jours suivants. Il sera bien convaincu celte fois qu'il n'y a plus rien à faire.
A tout prendre ces traitements lui paraissent pour le moins inutiles, voire même plus pénibles que son infirmité. Il a organisé sa vie hospitalière de telle sorte qu'elle n'est pas maintenant dénuée de tout agrément. Elle lui semble en tout cas bien supérieure a la vie pénible qu'il a menée au front, et à laquelle le conduirait fatalement la guérison. Dans son esprit, celle-ci devient peu enviable ; il la désire moins que jadis ; peu à peu il la redoutera : il est devenu un « prolongateur ».
Vient-on à lui proposer un nouveau traitement, il le refusera, tant il lui semble inutile de souffrir encore après de si nombreuses tentatives inefficaces. Ce refus fera si mauvaise impression qu'on croira avoir affaire à un simulateur. Il ne l'est pas encore pourtant, mais il a perdu toute confiance dans la médecine et les médecins. Il estime qu'il a fait pour sa part tout son devoir, tout son possible pourguérir et qu'il a bien droit à quelque repos Une seule solution lui parait équitable : la réforme.
Il a été blessé, après tout ! C'est parce qu'il a fait son devoir qu'il est réduit à la triste situation actuelle. N'est-il pas lui aussi une victime de la guerre et l'Etat ne lui doit-il pas réparation ?
La solution se fait-elle attendre, il confie ses malheurs à quel-