GENÈSE DES ACCIDENTS
l'axe encéphalo-médullaire. Que le corps du sujet lui-même ait été projeté contre le sol, une tranchée, une paroi d'abri, ou qu'au contraire ce soit un projectile, obus ou balle, ou un tout autre objet déplacé violemment au cours d'une explosion et venant frapper avec force le crâne ou la colonne vertébrale, le résultat est le même : l'ébranlement du syslèrfle nerveux.
Dans la commotion indirecte il s'agit de tout autre chose. S'il y a ébranlement du système cérébro-spinal, il est produit par la vibration aérienne qui se transmet au cerveau et à la moelle par les oscillations du liquide céphalo-rachidien recevant soit le contre-coup de l'ébranlement tympanique, soit la dénivellation brusque de la tension artérielle.
La commotion directe si elle est génératrice de troubles psychonévropathiques détprmine souvent des lésions matérielles du système nerveux ; la commotion indirecte au contraire donne surtout lieu aux accidents névropathiques.
Quelle part doit-on faire dans l'étiologie des accidents psychonévropathiques à V émotion ? C'est une question qui à l'heure actuelle est fort loin d'être élucidée.
La guerre présente a-t-elle solutionné celte question en apportant des faits démonstratifs et abondants? Il ne semble pas, du moins quant à présent.
Pour Roussy et Lhermitte le rôle de l'émotion dans le déterminisme des psychonévroses demeure fondamental. Comme la commotion pure et simple, l'émotion suffit à déclancher la névrose ou à fixer sur un appareil le trouble psychologique qui est à la base même de l'accident névropathique.
Il est vrai que bien sou vent s'additionnent la commotion et l'émotion et que faire le départ de ces deux facteurs est très difficile.
A côté de la commotion et de l'émotion il faut placer :
Le traumatisme local; son rôle est de premier plan; non pas qu'il suffise à lui seul à créer l'accident névropathique chez un sujet prédisposé, mais il constitue l'agent de fixation ou de «cristallisation » d'un état névropathique ébauché et imprécis jusque-là.
En apportant des perturbations évidentes dans la motricité et la sensibilité d'une région du corps, le traumatisme local agit de plusieurs manières. D'abord en créant un état émotionnel qui emprunte son importance et son intensité aux circonstances du
46 TRAITEMENT DES PSYCIIONÉVROSES
combat, puis en suggérant dans l'esprit du sujet, à la faveur de l'anestliésie mentale émotionnelle, l'idée d'un trouble fonctionnel plus grave que celui qui répond aux modifications organiques créées par le traumatisme.
On sait, par exemple, que le cboc provoqué dans un membre par un projectile animé d'une grande vitesse initiale détermine immédiatement une « stupeur » des nerfs et une paralysie motrice et sensitive passagères complètes. Rapidement en quelques minutes, la torpeur, l'engourdissement ont cédé chez le sujet normal. Il en est tout autrement chez le névropathe pour lequel cet état d'impotence fonctionnelle se fixe et se stabilise comme nous l'avons indiqué plus haut à la faveur de l'auto-suggestion.
Nous voyons donc qu'en dernière analyse les deux facteurs principaux de l'accident névropathique ou de la psychonévrose sont : X émotion ou la reviviscence de l'émotion favorisant X autosuggestion, origine immédiate de l'accident psycho- névropathique. Quant à la suggestion exogène son rôle quoique peut-être moins important dans la création des accidents est loin d'être négligeable en ce qui concerne leur persistance.
La plus importante est X hétéro suggestion médicale C'est surtout dans la création des troubles de la sensibilité que son influence apparaît de la manière la plus nette (création d'anesthésies diversement réparties (Babinski)), mais on peut la retrouver également à l'origine des troubles moteurs.
L hétéro suggestion de blessé à blessé ou de malade à malade avait paru plutôt rare à l'un de nous (Roussy) lorsque notre champ d'observation était surtout limité aux malades de la zone des armées. Si le fait reste exact pour cette catégorie de malades récents, il n'en est pas de même pour les pilhiatiques anciens et invétérés de l'intérieur. L'analogie, la similitude des accidents notés chez des sujets voisins de lits, l'attitude parfois surprenante et identique que prennent certains plicaturés provenant d'un même hôpital, les caractères d'analogie des boiteries provenant des mêmes régions, montrent bien l'influence de la contagion directe de malade à malade ou de blessé à blessé. Si bien qu'à voir défilera leur arrivée les psychonévrosés qui sont évacués sur noire Centre de Salins, il nous arrive souvent de pouvoir, sans interroger les malades, dire de quelle région, de quel Centre Neurologique ils arrivent !