On anchylosis, p
pendant une semaine, puis le malade fut chloroformé de nouveau. Maintenant, avec un elfort très léger, il est possible de faire la rotation parfaite du radius; les adhérences cèdent immédiatement. Nouvelle application du froid, bras fixé comme auparavant. Pas d’inflammation. Au bout de quelques jours, on recommence les mouvements passifs, et en très peu de temps, le bras peut être fléchi et étendu. Deux mois plus tard, les mouvements volontaires sont presque parfaits, de telle sorte que l’avant-bras peut-être fléchi au delà de l’angle droit. Les mouvements de pronation et de supination sont limités.
Obs. XI ( Brodhurst ).
Raideur de V articulation du coude consécutive à une arthrite rhumatismale. Redressement forcé. Exercices. Abcès périarticulaire. Guérison.
G... H... 12 ans, avait eu anciennement une arthrite rhumatismale du coude droit qui s’était terminée par la perte complète des mouvements. L'inflammation avait débuté six mois avant que je le visse en 1858, et les accidents inflammatoires avaient entièrement cessé quand on me l’amena. Les bras étaient fléchis à angle aigu, et l’articulation du coude était tout à fait raide. On obtint la restitution des mouvements, en imprimant à l’avant-bras une brusque flexion, un peu de pronation. Aucune douleur ne fut ressentie après la rupture des adhérences. La fonction se rétablit lentement, il fut obligé de faire pendant assez longtemps des mouvements actifs. Au bout de quatre mois, un abcès se forma sur la face postérieure du coude ; je craignais qu’il ne fût en communication avec la jointure, à cause de l’abondance de l’écoulement qui se faisait par la plaie. Il n’était probablement en rapport qu’avec la bourse de la face postérieure du coude; l’inflammation était causée par la pression exercée sur le coude dans les mouvements que le malade faisait lui-même. Il appliquait souvent le bras nu sur la table sans y mettre un coussin intermédiaire. L’abcès se guérit très vite et les mouvements s’améliorèrent. La seule différence existant maintenant entre les deux bras, c'est la petite cicatrice de l’abcès. L’un est aussi fort que l’autre, et le coude ankylosé a repris ses fonctions.
Obs. XII ( Brodhurst ).
Raideur de l' articulation du coude consécutive à une arthrite blennorragique. Redressement forcé. Guérison.
E. G... fut, pendant un séjour en Chine, affecté d’un rhumatisme blennorragique occupant plusieurs articulations, entre autres celle du
coude gauche ; le docteur Lee l’envoya me consulter. Toutes les autres jointures guérirent, mais celle-ci resta rigide; la flexion fut faite pendant qu'il était sous le chloroforme, et au bout d’un mois, il quitta Londres pour retourner en Chine, pouvant étendre et fléchir complètement l’avant-bras. Les muscles pourtant étaient toujours faibles, et il fallut un exercice prolongé pour développer leur puissance. Trois ans plus tard je le rencontrai par hasard à Londres, et je lui demandai des nouvelles de son coude. « Il va bien me répondit-il (et en même temps, il agita vigoureusement ses bras); j’ai oublié que j’avais eu autrefois un coude raide, tous les deux fonctionnent exactement de la même manière. » Par un examen méthodique, je ne pus en effet découvrir aucune différence.
Obs. XIII.
Raideur de i articulation du coude consécutive à une luxation. Immobilisation de /’ avant-bras dans la flexion à cingle droit. Extension et flexion forcées. Massage. Amélioration notable.
Mme E..., 26 ans. A la fin du mois de mai 1884, luxation du coude droit dans une chute. Par suite de la tuméfaction locale, on attend dixhuit jours avant de faire la réduction en se bornant à appliquer des cataplasmes. Après la réduction on immobilise l’avant-bras dans la flexion (il forme un angle droit avec le coude). Lorsque trois semaines plus tard on enlève l’appareil, on trouve que la luxation existe toujours; elle s'est reproduite ou n’a pas été réduite ; on la réduit de nouveau et on immobilise pour la seconde fois l’avant-bras dans la même position. La malade garda son bandage pendant vingt jours, et alla faire ensuite une saison à Toplitz. Le résultat fut à peu près insignifiant, et les mouvements de l’articulation du coude étaient extrêmement limités. Après avoir exercé son bras à l’aide de différents appareils, elle obtint un peu d’amélioration après cinq mois. L’avant-bras est toujours à peu près fixe dans une position intermédiaire à la pronation et à la supination. Rotation peu étendue; dans les mouvements actifs et passifs du coude, on ne peut produire un déplacement de plus de 15°, soit en avant, soit en arrière. Biceps atrophié, tuméfaction de toute la région; pas de fluctuation. Écrit difficilement et est obligée de se reposer de temps en temps. Pour manger se sert exclusivement de la main gauche. Extension forcée, puis flexion. L’application du procédé est très douloureuse. La réaction très faible fut combattue par des frictions légères. Au bout de trois semaines, la flexion est un peu plus facile, mais on a peu gagné du côté de l’exten- \ sion. L’obstacle parait siéger du côté du condyle interne, l’extension forcée provoque une violente douleur à cet endroit. A la fin du traite-
ment, l’extension peut être portée jusqu’à 140°: peut porter la main à sa bouche : la rotation du bras est plus étendue et plus facile. Massage de l’articulation, disparition de l'œdème. Massage du biceps qui a repris son volume normal.
Le résultat obtenu dans l’observation VIII et IX fut peu satisfaisant ; il n’y avait rien de bon à espérer : l’état général de la malade était déplorable, on avait affaire à une tumeur blanche du coude, c’est-à-dire, si nous jugeons le cas d’après nos idées actuelles à une arthrite suppurée de nature suspecte. Les accidents aigus n’étaient pas terminés; le procédé employé par Bonnet fut en même temps trop et trop peu radical: il fil la rectification forcée, non pas dans l’espoir de rendre à l’articulation ses mouvements mais pour prévenir l’ankylose en position vicieuse dans laquelle le bras n’eût rendu à peu près aucun service. Le résultat fut ce qu’il est toujours en pareil cas ; le traumatisme agit comme un coup de fouet et une nouvelle poussée aiguë remit tout en cause ; le chirurgien fut même heureux de n’avoir eu qu’une suppuration de médiocre intensité. 11 vaut mieux, en pareil cas, attendre que la tumeur blanche soit guérie ; peu importe que l’ankylose soit complète, une résection a moins de dangers qu’une poussée aiguë. On aurait pu l’éviter peutêtre par le massage. Eût-il été bien prudent d’y recourir? 11 n’y a pas de tumeur blanche qui ne soit suspecte de tuberculose ; nous l’avons dit ailleurs, il nous semble peu rationnel de faciliter la résorption des produits.
Dans les trois observations suivantes, empruntées à Brodhurst, les résultats furent excellents à tous points de vue. 11 est fâcheux qu’elles aient été rédigées longtemps après le moment oû elles ont été recueillies ; les détails sont tellement sommaires qu’il est difficile de se faire une idée même approximative de l’état des malades au début du traitement. Les conditions étiologiques n’étaient ni meilleures ni plus mauvaises que dans d’autres. Les arthrites étaient dues au rhumatisme simple ou blennorragique, au traumatisme. Les lésions étaient-elles plus graves que dans les faits précé-
dents ? nous 11e saurions le dire. Il nous semble que Brodliurst a déployé plus de hardiesse que Bonnet après la rupture des adhérences. Au lieu de faire l’antiphlogose uniquement par l’immobilisation, il a recours aux compresses mouillées, et communiqué constamment des mouvements aux jointures ; dans aucun cas la reproduction de l’ankylose ne s’est faite.
Dans l’observation IX, également empruntée à Bonnet, les circonstances étaient favorables; il n’y avait ni accidents aigus, ni soupçon de spécificité, l’arthrite originelle était de nature rhumatismale, pourtant le résultat (ut peu satisfaisant, malgré la ténotomie préalable. Celui de l’observation XIII fut beaucoup meilleur; si la guérison ne fut pas complète, nous eûmes au moins une mobilité préférable à tous points de vue aune ankylosé même dans une position peu gênante. Le massage, qui permit de poursuivre avec persévérance et sans interruption le traitement, fut pour beaucoup dans ce résultat; c est également lui qui nous permit d’intervenir chez le malade dont il va être question dans l’observation prochaine. La première fois que nous le vîmes il existait encore un peu d épanchement articulaire qu’on put facilement faire disparaître1.
Obs. XIV.
Hydartrose du coude droit consécutive ci un rhumatisme subcugu. Ex-
KJ
tension de V avant-bras très limitée. Extension forcée. Massage. Guérison.
Pendant mon séjour à Ragatz, en 1885, je fus appelé vers le milieu de juillet, près d’une paysanne du canton des Grisons, âgée de 38 ans. Cette personne avait éprouvé depuis plusieurs années des douleurs vagues du côté des articulations et des muscles. Il y a deux ans, après qu’elle eut lavé son linge par un temps froid et humide, le coude droit devint rouge, chaud et douloureux. Ces accidents se passèrent sans médication, mais ils reparurent au bout de cinq à six semaines. Depuis lors plusieurs poussées analogues se sont faites du côté de la meme jointure, mais elles ont disparu, en partie, par l’usage des bains chauds.
1. Il arrive assez souvent que pour les anlcyloses du coude la rectification com- ^ plète est impossible; àla suited’unephlegmasiechronique ; il se fait une hypertrophie de l’olécràne des condyles,ou une diminution du creux sus-condylien. V. p. 17.
Depuis huit mois, ces accidents sont devenus plus rares et plus faibles. Dans leur intervalle elle éprouve au meme niveau des douleurs vagues, peu aiguës, plus prononcées à l’approche des changements de temps, et vers le soir. Depuis un an, elle a cessé de pouvoir sérieusement travailler aux champs ; elle s’occupe uniquement à coudre, à tricoter. Au bout d’une heure elle éprouve une telle fatigue qu’elle est obligée de s’arrêter et de prendre un certain temps de repos. Peu à peu l’étendue de l’extension de l’avant-bras a diminué. Aujourd’hui l’angle maximum que puisse faire dans les mouvements spontanés, l’avant-bras avec le bras est de 105°; on peut en déployant une certaine force augmenter l’extension ; la flexion est normale.
A l’examen du coude, on constate que toute la région est le siège d’une tuméfaction mal limitée ; plus prononcée sur le côté interne de l’olécrâne ; on dirait que la synoviale articulaire distendue fait saillie à ce niveau. Ce diverticule présente à l’extérieur le volume d’un œuf de pigeon; il est manifestement en communication avec la cavité articulaire, on constate, malgré l’épaisseur de la paroi une fluctuation marquée à ce niveau. Sensibilité seulement aux pressions fortes ; les condyles de l’humérus paraissent augmentés de volume. Le bras n’est pas sensiblement amaigri.
Extension forcée très douloureuse surtout en avant. Craquements perceptibles. Frictions légères ; réaction peu marquée ; sugillations en avant et en dedans du coude.
Après quelques séances ces phénomènes deviennent de moins en moins marqués, il n’y a plus d’ecchymoses ; massage énergique sur le diverticule de la synoviale. Vers la tin du traitement, elle avait à peu près disparu; on ne sent plus aujourd’hui qu'un léger épaississement à ce niveau. Comme les mouvements sont tout à fait libres, et que l’articulation n’est pas douloureuse, on cesse le massage. L’angle d’extension est aujourd’hui de 170°. La guérison s’est maintenue.
Durée du traitement : 2 mois, deux séances par jour pendant les quatorze derniers jours.