CHAPITRE PREMIER
Coup d’œil historique sur l’anatomie-pathologique et la classification des ankylosés.
Ankylosé est un de ces mois de prime abord si clairs que toute définition ou toute explication semblent superflues. Tant qu’on ne sort pas de la langue courante, on désigne ainsi les suppressions ou les diminutions de la mobilité des jointures, à condition que ces diminutions aient atteint un certain degré. Si Ton pousse l’analyse plus loin, on s’aperçoit que l’anomalie n’est pas aussi simple qu’on serait tenté de le croire ; qu’il y a ankylosé et ankylosé ; que, si le chirurgien veut remédier aux infirmités de cette nature, il doit avoir à sa disposition plus d’une ressource; qu’il faut, pour obtenir des succès, tenir compte des indications, s’orienter sur d’autres données que l’inspiration ou l’imitation.
Une phlegmasie chronique d’un muscle s’accompagne d’une rétraction permanente, d’une transformation des éléments contractiles ;la direction des os sur lesquels il s’insère est modifiée, comme la nature et l’amplitude desmouvements de l’articulation correspondante : tout le monde parlera d’ankylose.
Une fracture de l’olécrane détermine la formation d’un cal exubérant; lot ou tard, il s’ossifie, le cubitus et l’humérus
forment un levier soucié au milieu par une masse osseuse : c’est encore une ankylosé. Une synovite du genou détermine un épaississement des ligaments, parfois la production de brides intraarticulaires ; autre ankvlose.
On ne saurait dire que ce soient là des variétés hypotétiques, créées par la nosographie, toutes existent, toutes ont été constatées. On ne peut même pas regretter l’expression générale qui désigne l’ensemble de ces troubles morphologiques et fonctionnels; car au point de la direction, de l’attitude, de la gêne motrice, ils présentent des analogies si frappantes qu’il n’y a bien souvent, entre eux, quels que soient les causes et le processus originel, qu’une différence de degré.
C’est assez dire que la nécessité d’une classification s’impose ; quelle provient non pas du besoin de donner satisfaction à l’esprit, mais des exigences mêmes de la pratique. Sans classification pas d’indications, sans indications pas de thérapeutique.
On en est donc arrivé, — et la nature même des choses explique pourquoi, — à dissocier les ankylosés, à créer des variétés. Dans l’état actuel de la science les livres classiques donnent des divisions simples et utiles, nous ne voulons pas dire qu’elles soient irréprochables; mais en tout cas, elles sont meilleures que la confusion contre laquelle ont lutté longtemps les chirurgiens.
L’histoire des classifications et, par suite, celle du traitement est presque moderne. De l’antiquité au XVIIe siècle on n’a rien fait. Les ankylosés étaient comparables aux malformations congénitales; on ne s’occupait ni des unes ni des autres; probablement les chirurgiens les plus hardis, les plus instruits, auraient regardé comme une hardiesse sacrilège toute tentative destinée à redresser un membre rigide. Le grand Hippocrate, qui connaissait la question, en avait parlé en praticien résigné aux arrêts de l’inexorable Destin.
« Dans la luxation du coude, il faut faire la réduction de telle sorte que si la jointure s’ankylose, elle ne s’ankylose pas dans une position mauvaise et s’ankylose vile1. — Du reste,