IV. REDRESSEMENT DES DOIGTS
Le redressement des doigts peut parailre insignifiant à côté de celui du coude ou de l’épaule. Les malades ne sont pas toujours de cet avis, ils s’accoutument mieux à l’ankylose du poignet qu’à celle des phalanges, regardée constamment comme une infirmité difficile à supporter. Le redressement est laborieux, parce que les gaines tendineuses sont presque toujours intéressées en même temps que l’articulation.
Dans l’observation de Brodhurst que nous donnons plus loin, on crut à une ankylosé osseuse; la rectification même après l’anesthésie chloroformique était impossible, et il fallut en dernier ressort avoir recours à la ténotomie. C’est surtout
pour ces petites articulations qu’il faut du courage et de la persévérance. Dans presque tous les cas, les interventions répétées, les mouvements actifs et passifs sont d’une nécessité absolue.
« Les doigts ankylosés en demi-flexion, dit Nussbaum, sont plus nuisibles qu’utiles et il n’est pas rare qu’on les ampute. Ces formes résultent souvent d’un traitement mal compris; dans tous les cas, l’amputation n’est jamais légitime tant qu’on n’a pas essayé le brisement forcé, ou qu’on n’a rien obtenu en tentant de provoquer la formation d’une fausse jointure soit
au-dessus, soit au-dessous de l’ankylose. Pour éviter les tendons, on devra faire latéralement les plaies de la peau. Dans les cas où j’ai eu recours à cette méthode, je n’ai jamais obtenu de pseudarthroses, mais seulement une direction plus favorable du doigt ankylosé.
Dans les tableaux qui font suite à son travail, l’auteur mentionne 16 ankylosés des doigts, 14 furent traitées par le brisement forcé, 2 par l’ostéotomie.
Voici les résultats obtenus :
Mobilité 4.
Amélioration de la direction 6.
Pas de résultat 6.
Si maintenant nous reprenons l’analyse de 14 cas de brisement forcé nous trouvons :
Mobilité 4.
Amélioration de la direction 4.
Pas de résultat 6.
Comparée à l’ostéotomie, la rectification violente est préférable à tous points de vue; cela ne veut pas dire qu’elle soit nécessairement salutaire puisque la proportion des succès n’est que de
Ajoutons que les détails sur la nature de l’ankylose et le moches faciendi font défaut.
Obs. XXI ( Brodhurst ).
Fausse ankylosé de la seconde phalange de l'index gauche consécutive à
une arthrite blennorragique. Redressement forcé apres anesthésie
chloroformique et ténotomie.
S. M. 33 ans, prend une blennorragie, l’écoulement apparaît 8 jours après la contamination; dix jours plus tard, il remarque que la deuxième articulation phalangienne de l’index gauche est raide et tuméfiée; mais comme elle n’est pas douloureuse, il ne lui accorde pas d’attention pendant quelques jours. Le soir en se mettant au lit, il n’avait absolument rien, les articulations étaient flexibles, mais en s’éveillant le matin il trouva celle du doigt dans l’état que j'ai indiqué précédemment. Sir William Gu II le vit et me demanda mon opinion sur la possibilité de rendre le mouvement au doigt. Je trouvai la seconde articulation phalangienne de l’index fléchie à angle droit, le doigt
ne pouvait pas être plus étendu, mais il pouvait être aisément fléchi dans la paume de la main. Le tendon du fléchisseur était contracté et rigide. Arrivé à l’angle droit, le mouvement de l’index était si brusquement arrêté que plus d’un chirurgien qui aurait vu le cas aurait recommandé la non-intervention parce que probablement les dépôts osseux empêcheraient un mouvement plus étendu. J’évitai de porter'un jugement définitif avant l’anesthésie; puis je recommandai l’extension forcée avec ou sans ténotomie suivant les indications qui se présenteraient. Sir William Gull fut de cet avis, et en conséquence l’intervention eut lieu le 14 mai 1880. Le malade ayant été anesthésié par le chloroforme, je m’efforçai d’étendre le doigt, j’employai une force assez sérieuse, beaucoup plus sérieuse même qu’on n’aurait pu le supposer. Comme, malgré tout, je n’obtenais rien, je fis la ténotomie et je recommençai : les adhérences cédèrent rapidement, et je n’eus plus besoin que d’une force légère. L’opération ne fut suivie que de peu ou point de douleur; au bout d’une quinzaine de jours, les mouvements passifs étaient excellents, mais il fallut plus longtemps pour que le muscle fléchisseur reprît son action.
Obs. XXII.
Raideurs articulaires multiples consécutives à une polyarthrite rhumatismale sub aiguë. Raideur plus prononcée des articulations phalangiennes, flexion impossible. Massage. Flexion forcée. Guérison.
M. G..., avoué. Polyarthrites rhumatismales chroniques, avec poussées subaiguës du côté des articulations des genoux, des épaules, des phalanges (index, médius et annulaire de la main droite), annulaire et auriculaire de la main gauche. Le malade écrit très difficilement et pendant très peu de temps ; il se fatigue extrêmement vite. L’extension complète est possible, mais la flexion est notablement entravée.
Massage des grandes articulations toujours un peu douloureuses, massage des articulations phalangiennes, flexion forcée. Elle est très douloureuse, mais n’est suivie d’aucune réaction appréciable. La douleur ne persiste pas après les séances. Au bout de deux mois, tous les accidents ont disparu du côté des grandes jointures, ceux de la main furent plus rebelles. 11 fallut encore un mois de traitement par le massage et la flexion forcée pour en avoir raison. 11 ne restait plus qu’un peu de raideur de l’annulaire gauche. A la fin du traitement, M. G... pouvait se servir aussi facilement de la main droite qu’avant sa maladie.
Obs. XXIII.
Raideur et tuméfaction des articulations phalangiennes des doigts de la main droite. Massage. Extension et flexion forcées. Guérison.
Mme L..., 32 ans. Polyarthrite rhumatismale à la suite de la scarlatine il y a 3 ans ; ces accidents ont disparu pour ainsi dire sans traitement. Seulement les articulations phalangiennes de tous les doigts de la main droite, sauf le pouce, sont restées tuméfiées, les doigts sont rigides. Elle a suivi différentes médications internes, fait des cures balnéaires à Aix-les-Bains, à Baden, tout cela sans grand profit.
Elle se présente à ma consultation au mois d’octobre 1884. Je constate que tous les doigts sont raides, légèrement recourbés en grille, la flexion est très limitée, la malade ne peut ni écrire, ni coudre, ni tricoter.
Extension et flexion forcées des doigts, l’application du procédé est très douloureuse et accompagnée de légers craquements. Massage préalable des articulations intéressées. Au bout de plus de 3 mois, "la malade réussit à se servir de ses doigts. Les articulations ont repris leur forme; mais les extrémités articulaires des phalanges sont toujours
plus grosses que celles de 1 autre main. Tous les mouvements sont faciles.