CHAPITRE VII
Membre inférieur
§ 1. — ARTICULATION COXO-FÉMORALE
Le traitement des raideurs de cette jointure a été abordé avec plus de précaution et de défiance peut-être que celui de la plupart des autres. Bonnet déclare que la rupture de l’ankylose est loin de réussir h la hanche comme au genou ;
« Toutes les observations, dit-il, qui s’élèvent contre cette méthode, peuvent être justifiées par l’expérience. En effet, bien souvent il est impossible de rompre les adhérences ; quand on procède avec trop de vigueur, on s’expose à fracturer le fémur. A-t-on affaire à un scrofuleux? il faut compter avec le danger de provoquer une poussée aiguë. En 1853, l’auteur n’avait opéré que deux fausses ankylosés de la hanche consécutives à des coxalgies ; dans les deux cas, il fit la téno- ] tomie et n’eut pas à se louer de son intervention. » L’un des malades, nommé Courtois, âgé de 18 ans, avait une ankylosé fibreuse, consécutive à une tumeur blanche, avec suppuration et fistules guéries depuis quelques années. Je lui fis la section des fléchisseurs et des adducteurs, je rompis l’ankylose et j’obtins un redressement immédiat presque complet. Celte opération fut pratiquées une époque où, depuis deux ou trois
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mois le malade éprouvait dans la hanche des douleurs profondes, présage d’un nouvel abcès. Quelques semaines après l’opération, celui-ci devint plus évident chaque jour. Les douleurs obligèrent d’interrompre l’usage des appareils, et quand l'abcès fut guéri, le malade était revenu au même état qu’avant l’opération.
Je n’ai pas mieux réussi sur un second malade. Chez ce dernier, jeune enfant de 8 ans, il y avait un allongement du côté malade ; l’ankylose n’était pas complète, mais les mouvements étaient très limités. Les suites de l’opération ont eu toute la simplicité qui est propre aux plaies sous-cutanées même les plus étendues. Après les sections musculaires et la rupture des adhérences par des mouvements imprimés à la jointure pendant le sommeil provoqué par le chloroforme, le redressement s’est opéré d’une manière progressive, l’épine iliaque a repris son niveau, et l’allongement qui était de 4 à 5 centimètres depuis plus de 7 mois, a disparu vers la troisième semaine sans que l’on eût besoin de recourir à aucun appareil. Satisfait du résultat obtenu, je permis à l’enfant de retourner dans sa famille cinq semaines après l’opération. Il ne fut point surveillé et deux mois après on me le ramena dans une position exactement inverse de celle qui avait précédé l’opération. Le membre, au lieu d’être plus long de 4 centimètres, était plus court d’une quantité égale ; au lieu d’être dans l’abduction, il était dans l’adduction. En un mot, il s’était fait là ce qui arrive dans l’opération du strabisme lorsque l’œil, d’abord entraîné au dedans, se porte définitivement au dehors. Cet accident n’aurait pas eu lieu, si l’enfant était resté sous mes yeux, et s’il avait été placé dans mon grand appareil d’immobilisation après que l’égalité de longueur avait été obtenue. Depuis celte opération, deux abcès se sont fait jour au dehors ; les eaux d’Aix, en Savoie, ont été employées pendant deux années de suite, et l’enfant a fini par guérir. Aujourd’hui, il est parfaitement rétabli, et le membre est conservé dans la rectitude où je l’avais momentanément ramené *.