RL
Ces auteurs rapportent d'abord les observations de Bianchi (Paris), Brivois (Paris), Nonne (Berlin), dans lesquelles un traumatisme des branches d’origine du nerf dans le petit bassin (accouchement laborieux, tête fœtale, application de forceps) a été suivi d’une véritable névrite avec ses symptômes les plus caractéristiques (atrophie rapide, paralysie des extenseurs, démarche de stepper, troubles de la sensibilité, réactions de dégénérescence, ete.), et où, chose remarquable, la localisation la plus fréquente se fait à la branche poplitée externe.
Dans un deuxième ordre de faits, ils ont recueilli des observations très complètes de névrites analogues, mais dans des sciatiques non traumatiques, chez des sujets porteurs de sciatiques vulgaires, graves il est vrai, et à répétitions ; ici aussi, du reste, la localisaton se fait avec prédilection sur les extenseurs, avec paralysie et steppage, et l’on conçoit dans ces cas quelle est la gravité du pronostic commandé par la présence d’une névrite avec atrophie dégénérative des muscles, et que le diagnostic s'impose avec la polynévrite alcoolique ou autre, par l'unitéralité de la lésion et l'origine en apparence primitive, Dans plusieurs de nos observations, nous avons noté nousmème une atrophie remarquable du membre malade.
Existe-t-il done dans la névralgie, comme dans la névrite, des lésions appréciables sur le trajet du nerf, et quelle est la nature même de ces lésions?
Question pleine encore d’obscurités en l’état actuel de la science, par la diversité des observations qui ont été
a | OM
recueillies. Martinet', en 1803, signale l’infiltration purulente du nerf, comme Cotugno avait relaté l’infiltration adémateuse dans un cas où ce phénomène paraît n'avoir été qu’un fat cadavérique (Phulpin, th. de Paris, 1896).
Bichat (Anatomie générale), attribue la névralgie à des phénomènes de compression, par suite de l’état variqueux des veines autour du nerf ou dans son épaisseur. De même pour Quénu*?, les variqueux peuvent avoir une variété de sciatique que ses caractères cliniques rapprochent de la névrite sciatique décrite par Lasègue et Landouzy; elle est engendrée par les varices et semble s'étendre lentement de bas en haut, du nerf übial postérieur au nerf poplité, puis au sciatique fémoral; une simple gêne dans la circulation veineuse du nerf peut aboutir à un moment donné à une dilataüon persistante de ses veines, capable elle-même d’engendrer une névrite interstitielle à marche ascendante‘.
En présence d’un malade atteint de sciatique, 1l faut toujours s’enquérir, même en l'absence de varices des veines saphènes, de l’état des veines profondes; inversement en présence de varices anciennes, 1l faut rechercher sil existe sur le trajet du sciatique les points douloureux de Valleix#.
1 Marthinet, Thèse de Paris, 1803.
* Quénu, De la névralgie sciatique chez les variqueux (Bull. de la Soc. de chir, XIV, pp. 130, 161).
* Verneuil. De la névralgie sciatique chez les variqueux pp. 150, 152.
* Magnau, Scialique variqueuse chez les femmes enceintes, Paris, 1898.
Dans ces deux cas, il y a tout avantage à conseiller au malade l’usage de bandages élastiques remontant jusqu'au pli de l’aîne.
En 1896, Delagenière a soutenu la même opinion devant la Société de chirurgie de Paris, après que Quénu, en 1892, au 6° Congrès français de chirurgie, eut préconisé contre la douleur due à la phlébite des veines adhérentes au nerf une opération facile, inoffensive et efficace qui est la résection des veines variqueuses.
En Angleterre, Roy', en 1890, avait publié l’observation d'un cas de névralgie du trijumeau, pour laquelle, après avoir inutilement réséqué les nerfs dentaire inférieur et lingual, il pratiqua, en quatre fragments l'extraction du ganglion de Gasser, dont l'examen histologique montra des lésions de sclérose interstiüelle. Ce fait intéressant est à rapprocher de celui de Tripier qui, examinant un fragment nerveux réséqué par Ollier, y trouva des lésions très nettes et avancées de sclérose interstitielle, et de l'observation de Leudet qui trouva sur un nerf douloureux une infiltration graisseuse assez étendue.
Il nous faut éliminer les cas, dont 1l ne saurait être question, de sciatiques symptomatiques, dues aux traumatismes, aux compressions par l'Siliaque distendu de matières fécales, les tumeurs du bassin et des organes pelviens, anévrismes, adénopathies, hernies, cancer, grossesse, accouchement, mal de Pott, méningites spi-
1 Roy, Removal of the Gasserian ganglion for severe neuralgla (Lancet, 1°" novembre 1890).
nales, ete., qui ressortissent au traitement chirurgical et disparaissent avec leur cause. Dès lors, demeurent en présence les deux grandes divisions de Landouzy en sciatique-névrite et sciatique-névralgie avec une dislinction mal définie entre les deux formes, du moins dans l'état actuel denos moyens d'observation, puisque certains cas de névralgie ont montré des lésions assez avancées du cordon nerveux, alors que d’autres où la douleur avait une intensité considérable, paraissent avoir laissé le nerf dans un état d'intégrité absolue. La théorie d’Anstie!, soutenue par Vulpian en 1875 dans ses Leçons sur l'appareil vaso-moteur, paraît donner une explicalion suffisante des phénomènes douloureux, par les désordres centraux sortant surtout au niveau de la moelle. Les travaux de Jacçoud ?, Brissaud*, qui font de la sciatique une névralgie, non seulement du nerf sciatique, mais encore de tout le plexus lombo-sacré, la motlité des douleurs dans la région lombaire, les symptômes spasmodiques dans les scolioses homologues, enfin l’exagération bilatérale des réflexes et la bilatéralité de la trépidation épileptoïde, sont autant d'arguments nouveaux en faveur d’une participation des centres moteurs, surtout après les expériences significatives de Vulpian et Brown-Séquard, qui réussirent à déterminer chez des
* Anstic, Art, Neuralqia in à System of Mecicin ed bys Russel Requolds, London 1872.
à np ; * Jaccoud, De la sciatique {Journal de méd. et de chir. pralique, Paris, 1890).
Brissaud, Des scolioses dans les névralgies sciatiques (Arch. de neurologie, 1890).
cobayes, par excitation et cautérisation du sciatique, des lésions médullaires avancées, sans autre altération sur le trajet périphérique du nerf.
De toute façon, quelle que soit l’origine ou la nature de la maladie qui nous occupe, la douleur est son symptôme essentiel, celui contre lequel le thérapeute devra diriger d’abord son action, car le patient pardonne plus volontiers de ne pas savoir guérir que de ne pouvoir pas conjurer la souffrance. Les moyens propres à atténuer la sensation douloureuse peuvent s'adresser soit au centre nerveux, organe de perception, par les narcotiques, les stupéfiants, les anesthésiques, la suggestion (Bernheim), soit à l'élément périphérique sensitif malade par des procédés nombreux et, en particuher celui que nous allons proposer tout à l'heure,