TRAITEMENT DES TRYPANOSOMIASES EN GÉNÉRAL (HISTORIQUE
Comment s’est développée cette thérapeutique chimique Lingard, puis Bruce, ont bien montré, les premiers, l'avantage que l’on pouvait retirer du traitement arsenical, chez les Équidés atteints de Surra et de Nagana: ils ont même noté quelques guérisons. Laveran et Mesnil ont abordé, ensuite, l’étude des arsénicaux, appliqués à la thérapeutique du Nagana expérimental; ils ont constaté qu’en répétant les injections, on parvenait à prolonger notablement la vie des chiens et des rats infectés, mais 1ls n’ont pu sauver les animaux. Par contre (fait très intéressant au point de vue théorique), ils ont réussi, avec le sérum humain, à guérir quelques souris naganées:; Laveran a obtenu des résultats analogues chez les souris cadérées ou infectées de Surra.
Ebrlich et Shiga, en découvrant le Trypanroth, ont fait faire un grand pas au traitement des trypanosomiases. Ce médicament coloré leur à permis de sauver une notable proportion de souris cadérées, résultat vérifié depuis par Laveran et Mesnil, Halberstädter, Franke, Thomas, Malheureusement; comme le laissait prévoir le travail d'Ehrhich et Shiga, le Trypanroth se montre bien moins efficace vis-à-vis des autres animaux infectés de Mal de caderas et aussi vis-à-vis des autres trypanosomiases. Tout le monde s'accorde en effet aujourd’hui pour affirmer qu'il ne saurait guérir les souris naganées (Ehrlich et Shiga, Halberstädter, Franke, Thomas). I échoue, également, chez les souris inoculées avec le Surra de l’île Maurice, sauf quand on réitère le traitement (Laveran); il échoue toujours chez les rats ou autres animaux qui ont reçu le Trypanosoma gambiense (Laveran, Thomas). Par contre, il peut sauver les souris infectées de Mbori (Laveran, Franke) ou de Dourine (Halberstädter).
4. Le lecteur trouvera des détails plus circonstanciés dans Laveran et MEsnir,,
Trypanosomes et Trypanosomiases et dans les analyses publifes par l’un de nous in Bulletin de l’Institut Pasteur, t. I-IV, passim.
Les verts de méthyle ou d’éthyle, préconisés par Wendelstadt et Me Fellmer, n’ont jamais guériun seul animal, quand on les a employés seuls; ils n’ont pu déterminer que des survies assez longues chez les rats naganés.
Un progrès important est dû à Thomas qui a introduit, dans la thérapeutique des trypanosomiases, l’atoxyl, dérivé arsenical remarquable par sa faible toxicité. En réitérant l’administration de ce médicament, il parait avoir sauvé une certaine proportion d'animaux atteints de diverses maladies à trypanosomes. Des considérations théoriques nous avaient amenés, de notre côté, à entreprendre des recherches avee latoxyl, avant la publication du travail de Thomas.
Mentionnons, pour mémoire, les expériences de Balfour et Neave; ces auteurs ont employé la chrysoïdine, qui semble ne leur avoir donné que de mauvais résultats.
L'impossibilité d'obtenir à coup sûr des guérisons, par l’emploi exclusif de l’un quelconque des médicaments que nous venons de passer en revue devait forcément conduire à tenter l'association de deux ou plusieurs des dérivés efficaces. C’est ce ce qu'a fait Laveran, peu après la découverte du Trypanroth, en injectant cette couleur le lendemain d’un traitement arsenical et en renouvelant, plus ou moins fréquemment, l’administration des deux composés actifs. Il a pu guérir ainsi : des rats, des souris et des chiens, infectés de Mbori et de Surra de l’île Maurice; des rats, des chiens et deux macaques (#. rhesus) inoculés avec le Trypanosoma gambiense: et deux chiens atteints de Dourine expérimentale.
Grâce à une semblable association médicamenteuse, Franke asauvé des lapins et un cercopithèque, infectés de Malde caderas. Thomas est favorable, lui aussi, à l'emploi combiné de l'acide #Asénieux et du Trypanroth; toutefois, ayant reconnu la supériorité de l’atoxyl sur le premier de ces dérivés, il donne, dans ses recherches, la préférence au couple « atoxyl- Trypanroth ». Malheureusement, son travail contient trop peu de détails sur les résultats obtenus; il se plaint de la toxicité du Trypanroth, et dans sa note préliminaire, il émet le désir que celui-ci puisse être bientôt remplacé par une couleur «moins irritante ». Laveran avait déjà exprimé un vœu analogue.
(D) TRAITEMENT DES TRYPANOSOMIASES D17
Wendelstadt et Mie Fellmer ont cherché à perfectionner leur procédé de traitement, en faisant suivre l'administration du vert brillant de celle de l’acide arsénieux. De cette façon, un rat (au moins) et un Macacus rhesus ont été guéris. Le singe s’est même montré fortement immun, contrairement à la règle générale concernant les sujets guéris à la suite d’un traitement.
En regard de ces résultats positifs concordants, signalons, pour être complets, Les résultats négatifs du traitement arsenic: Trypanroth, pour les singes (Brumpt et Wurtz) et les rats (de Magalhaes) infectés avec le Trypanosoma gambiense.
Nos recherches, commencées :il y a deux ans (par conséquent avant l'introduction de l’atoxyl dans la thérapeutique des trypanosomiases), ont eu pour but non seulement d'étudier les facteurs chimiques qui président à l’activité des « couleurs de benzidine », mais encore de trouver, si possible, des agents médicamenteux supérieurs au Trypanroth, vis-à-vis des diverses affections à trypanosomes.
Dans la partie chimique de notre travail, nous n'avons fait, à la partie expérimentale, que les emprunts strictement indispensables. Ceux-ci ont surtout consisté en simples chiffres, exprimant l'efficacité maxima manifestée, à l'endroit de quatre trypanosomiases, par un grand nombre de couleurs que nous
avaient gracieusement fournies diverses Maisons de Matières colorantes et notamment les Farbenfabriken d'Elberfeld. Dans les lignes qui vont suivre, il ne sera plus question que des « bonnes couleurs », mais, par contre, l'histoire de leur pouvoir curalif, vis-à-vis des agents de {rois {rypanosomiases animales — Nagana, Mal de caderas et Surra — sera l’objet d’une étude approfondie. |
Nous tenons à faire remarquer, dès maintenant, qu'au cours de nos recherches sur les 3 trypanosomiases qui viennent d’être mentionnées, nous avons toujours administré exclusivement tel ou tel de nos médicaments colorés. Dans un travail ultérieur, consacré à la trypanosomiase humaine, la question de l'association des.couleurs, soit entre elles, soit avec d’autres composés chimiques, sera envisagée en détail.