MODE D'ACTION DES INCISIONS LIBÉRATRICES
Théorie de M. Gay. — M. Gay pensait que les incisions qu’il pratiquait de chaque côté de l’ulcère permettaient à la peau de glisser sur les parties sous-jacentes, et que lé principal obstacle à la guérison complète de ces ulcères était la rétraction de la peau et son immobilisation par l’infiltration plastique. D'après M. Gay, les incisions pratiquées sur les parties latérales de l’ulcère agiraient ici comme dans la staphylorraphie ; la cicatrisation de l’ulcère serait obtenue par une sorte de contraction de ses bords, facilitée par le glissement des tissus sous-jacents.
… Théorie de M. Dolbeau. — M. Dolbeau reconnaît pour cause principale de l’ulcère variqueux la gêne de la circulation en retour; sous cette influence, le membre subit cette énorme augmentation de volume, cette sorte d’état éléphantiasique, indice des troubies de nutrition dont il est le siege. Sous cette influence, toutes les parties constituantes du membre subissent des altérations notables, les os, le périoste, le tissu cellulaire, les nerfs et les vaisseaux participent à l’inflammation chronique.
M. Dolbeau considère ces troubles dans la nutrition du membre comme la cause plus ou moins éloignée de lPul-
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cères il pense donc'que c’est en faisant une tranchée entre l’ulcère et les veines variqueusés, en déterminant une circulation supplémentaire plus jeune, plus active et plus profonde, qu’agira le traitement par lincision circonférentielle.
Nous pensons que le mode d’action des incisions libératrices est complexe et qu’il faut tenir compte d’un grand nombre de circonstances, pour arriver à l’explication des phénomènes qui permettent de comprendre le processus régressif de l’ulcération..La rétraction des bords de l’ulcère joue assurément le principal rôle; comme M. Gay, nous pensons qu'elle tient à ce que les tissus sont immobilisés sur les parties sous-jacentes par l’infiltration plastique, mais il faut encore tenir compte d'une particularité anatomique qu à signalée M. Faure, c’est la convexité souvent très mar— quée dela région qui supporte les ulcères variqueux : « Quand une plaie, dit-il, repose sur une partie convexe, il arrive d’une manière éloignée la même chose que quand on divise par un coup de scie transversal les lames superficielles d’un cerceaü, les parties $’écartent par le fait. seul de lélasticité, Seulement ici, à l’élasticité mécanique se joint encore la rétractilité des tissus, propriété essentiellement physiologique. C’est cette disposition qui rend toutes les plaies de la jambe avec perte de substance si difficiles à guérir. Là, la plaie; par cela même qu'elle existe, bien loin comme partout ailleurs de tendre à se fermer, a une tendance naturelle à s’agrandir. On dirait un are dont la corde s’est brisée et dont les deux bouts n’ont d'efforts que pour s’ “écarter l’un de l’autre.»
!:Cette manière d'expliquer la tendance des bords dé Pul=
cèré à s'éloigner les uns des autres ne s’applique pas'évi= demment à la généralité des ulcères. Elle est vraie pour bon nombre d’entre eux, et là les incisions libératricés vièndront s’opposer à cette force qui tend sans cesse à éloigner les bords de la plaie et permettront au contraire leur r rapprochement et leur accolernent définitif, |
Nous pensons que les incisions libératrices ont encoré un autre mode d'action, sorte d'action irritative, produisant des phénomènes à distance ; en effet, les incisions pratiquées dans les tissus sains, à deux centimètres environ des bords de l’ulcère, ne tardent pas à s’enflammer, ‘à se recouvrir de bourgeons charnus, recouverts eux-mêmes d’épithélium.
Ces phénomènes, résultat d’un travail irritatif, se font probablement sentir au UE de Pulcère même, et là aussi, le travail de cicatrisation S opère.
Enfin, ilest des cas, et c’est Lorsqu’ il s’agit de ces HR ee ayant occupé plus de la moitié de la circonférence de la jambe, il est des cas, dis-je, où la rétraction de la cicatrice semble bien nettement la cause de la reproduction des ‘ulcères. La guérison, plutôt apparente que réelle, à été obtenue par les procédés ordinaires : repos, bandelettes de diachylon et compression longtemps prolongée. Le malade; confiaut dans sa guérison qu'il croit certaine, aprés avoir gardé le repos pendant six mois où même davantage, se remet à marcher, et malgré cela l’uleère sé reproduit à Punion de la cicatrice avec la peau saine. Et, en effet, ces vieux ulcères si étendus ne guérissent pas par les procédés ordinaires, et probablement. parceque la peau est immebilisée sur les parties sous-jâcentes, et que la cicatrice, étant
elle-même inextensible, lutte en vain contre des téguments inextensibles, eux aussi.
On comprend dès lors que les incisions libératrices proeurent une guérison définitive, puisqu'elles suppriment la cause des récidives, en permettant aux téguments de s’allonger en quelque sorte, et de céder ainsi à la traction de la cicatrice. Ce mode de guérison définitive s’explique aisément par la théorie de M. Gay; il est une preuve de plus de l’excellence de son procédé, puisqu'il procure la guérison de ces vastes ulcères, récidivés nombre de fois, et inguérissables par les autres modes de traitement.
OBSERVATION I (personnelle).
Ulcère variqueux siégeant au tiers inférieur et à la face interne de la jambe gauche. — Application du procédé de M. Gay (incisions latérales). — Guérison ou bout de 22 jours.
Vas (Étienne), âgé de 65 ans, menuisier, entre le 18 mars, salle Saint-Augustin, lit no 9, à l'hôpital Lariboisière, dans le service de M. Benjamin Anger.
Ce malade, interrogé par nous sur l’état de santé de ses parents, nous dit que son père a eu des varices ; sa mère s’est toujours bien portée, et est morte à un âge avancé, Pas de diathèse syphilitique ni rhumatismale chez ce malade.
Dès l’âge de trente ans, il a commencé à souffrir des deux jambes, plus de la jambe gauche que de la droite. Peu à peu ses veines sont devenues volumineuses puis sinueuses, en un mot il avait des varices des jambes, varices plus marquées à gauche. D’après les renseignements que nous communique V..., la dilatation variqueuse des veinesse compliquait d'œdème chronique des jambes, œdème également plus marqué du côté gauche,
de UE um
Il y à six ans, pendant qu'il s’occupait à son travail, l'extrémité d’une planche vint heurter la partie inférieure de sa jambe gauche ; c'est à la partie antéro-interne que se produisit le choc, et c’est à la suite de ce traumatisme que se développa graduellement un ulcère qui augmenta surtout en surface. Pendant les six années que ce malade traîna pour ainsi dire, cette pénible infirmité, il eut à souffrir dans sa jambe de démangeaisons presque continuelles ; chaque soir sa jambe enflait et, la nuit, les souffrances qu’elle lui occasionnait le privaient de sommeil. A plusieurs reprises il fut admis dans les hôpitaux; la guérison ne s’obtenait qu'après plu sieurs mois de séjour et la récidive se produisait peu de temps après, dès qu’il recommencait à marcher.
Le 18 mars il demande d’être admis à l’hôpital Lariboisière. Les dimensions de cet ulcère sont les suivantes : 8 centimètres dans son plus grand diamètre et 3 cetimètres et demi dans son diamètre transversal. Sa forme est régulièrement elliptique, le fond est tapissé de bourgeons charnus saignant au moindre contact. Les
‘bords sont minces, décollés dans une étendue de plusieurs milli-
mètres tout autour de l’ulcère. Autour de l’ulcère variqueux les té-
guments présentent une coloration blanc mat, dans une étendue de
trois à quatre centimètres ; en explorant la sensibilité de la peau à ce niveau, on constate qu elle est notablement diminuée.
Toute la jambe est le siège d’un œdème chronique, caractérisé d'abord par sa coloration jaunâtre, par la déformation du membre qui a pris une forme presque régulièrement cylindrique, la pression avec la pulpe du doigt ne produit pas cette dépression que l’on observe dans les œdèmes récents. If s’agit ici d'un œdème dur, d’une induration chronique du tissu cellulaire de la jambe; cet œdème s'arrête à trois travers de qe environ ‘de l'articulation du genou.
Le 19. M. Anger prescrit le repos absolu, l'élévation du membre
à l’aide d’un coussin placé sous la jambe et des cataplasmes émol-
lients afin de faire disparaître l'inflammation vive des bords de l’ulcère, cause probable des souffrances du malade.
Le 20. Même traitement. L'état général est satisfaisant.
Le 21. M. Anger prescrit le traitement par les bandelettes de diachylon selon la méthode de Baynton.