OBSERVATION V
Ulcère variqueux des deux jambes, traité par les incisions latérales, Guérison après deux mois et trois jours de traitement,
Devaux (Benjamin), âgé de 43 ans, menuisier, est entré le 7 août 1884, à l'hôpital Lariboisière, salle saint Augustin, lit 26.
Les antécédents héréditaires de ce malade n'offrent rien de particulier à signaler ; ni son père, ni sa mère n'étaient affectés de varices. Lui s’est toujours bien porté, c’est un homme vigoureux ayant toutes les apparences d’une robuste constitution.
C’est environ vers l'âge de 33 ans qu’il s'est aperçu pour:la première fois qu'il avait des varices des jambes. Sa profession l’obligeait à se tenir constamment debout, le soir il éprouvait de l’engourdissement dans les masses musculaires de la jambe et ces fatigues ne disparaissaient que par le repos de la nuit. Ses veines étaient constamment très dilatées.
Il y a environ un an, il commença à éprouver de vives démangeaisons qui l’obligèrent à se gratter « jusqu’au sang », selon ses propres paroles. C’est à la suite de cette excitation, portée sur uné peau chroniquément enflammée, que sont survenus les ulcères pour lesquels ce malade a demandé son admission à l'hôpital Lariboisière.
Pendant trois mois, il a gardé le repos le plus absolu, au lit, d’après le conseil d’un médecin de la ville. Malgré cette prescription rigoureusement observée, les ulcères sont demeurés stationnaires,
Le 7 août, i: est admis salle Saint-Augustin,lit26.
Deux ulcères siègent sur la jambe droite, au tiers inférieur. L'un occupe la partie antéro-interne de la jambe, il a une forme annulaire, son grand axe a six centimètres, son plus petit diamètre en mesure quatre et demi. L'autre est situé à la partie externe et inférieure de la jambe, au point correspondant à la malléole externe, il est ovalaire, sa longueur est de sept centimètres, son diamètre transverse de quatre. L'aspect de ces ulcérations est celui des ulcères variqueux ; leur surface est tapissée de bourgeons charnus, lesquels sécrètent du pus ichoreux et fétide en grande abondance. Ils sont séparés l’un de l’autre par le bord antérieur du
tibia dans sa partie inférieure, et par une portion de peau saine de trois centimètres de largeur.
La jambe gauche est également le siège de deux ulcérations semblables, l'une à la partie inférieure et interne de la jambe, l'autre à la partie externe et inférieure. La première ulcération est circulaire, ses dimensions sont celles d'une pièce de cinq francs en argent, les dimensions de l’ulcération du côté externe sont trois fois plus considérables, Ces deux ulcérations sont également séparées l’une de l’autre par un îlot de peau saine. La disposition que présentent ces ulcérations se rapproche beaucoup de celle que l'on observe sur la jambe opposée.
. Le 8. Le malade est chloroformé,
On pratiqua à deux centimètres des bords des deux ulcères, dans l'épaisseur des tissus sains, des incisions s'étendant jusqu'à l’aponévrose, et dépassant de deux centimètres et demi environ, en haut et en bas, les limites des ulcérations.
Dans ces incisions sont introduites des mèches d’agaric trempées dans la solution phéniquée, Un pansement de Lister enveloppe le membre, Pas d’hémorrhagie ni veineuse, ni artérielle.
Le 9, Etat général très satisfaisant.
Le malade n’a pas souffert de ses jambes, il n’a [plus éprouvé les démangeaisons qui le torturaient le jour et la nuit.
Les bandelettes d'agaric sont enlevées, on applique un pansement composé de bandes de tarlatane trempées dans une solution phéniquée à 2 1/2 pour 100; ces bandelettes sont recouvertes d’un taffetas gommé, et une bande, enroulée de l'extrémité du pied jusqu’au genou, exerce une compression circulaire modérée sur tout le membre. |
‘ Le 18. D... continue à se très bien porter. Il ne souffre plus de ses jambes.
Ses ulcères offrent des bourgeons charnus de très bon aspect. Pas d’hémorrhagies. Le pansement est renouvelé tous les deux jours.
Ecoulement modéré de pus de bonne nature.
. La cicatrisation tend à se faire très rapidement.
20 septembre. Les ulcères qui occupaient la jambe droite ont
presque entièrement disparu sous le tissu de cicatrice ; du côté
externe, il reste encore une surface ulcérée, dont les dimensions sont de quinze millimètres dans tous les sens.
Du côté gauche, il persiste une surface ulcérée plus considérable, ayant deux centimètres et demi d’étendue et présentant une forme auriculaire.
5 octobre. Les deux ulcères de la jambe droite sont cicatrisés. Le tissu de la cicatrice tranche par sa coloration rosée sur les tissus avoisinants.
Du côté gauche, il ne reste plus que quelques bourgeons charnus occupant une surface de cinq à six millimètres environ. *
Le 10. La cicatrisation est complète à gauche, comme elle l'était à droite. Le malade s’est procuré deux bas élastiques, et demande à quitter l'hôpital.
Le 18. Il revient à la consultation de l'hôpital Lariboisière, Bien qu'il ait marché presque constamment depuis sa sortie de l'hôpital, la guérison de l’ulcère s’est maintenue ; le tissu cicatriciel tranche toujours sur les tissus voisins par sa coloration rosée. Il est recouvert, du côté droit comme du côté gauche, de quelques croûtes jaunâtres de plusieurs millimètres d'étendue.
OBSERYATION VI (personnelle),
Ulcère de jambe, occupant la partie moyenne et antérieure de la jambe droite, traité inutilement par les incisions latérales.
Autrimal (Edouard), âgé de 49 ans, garcon charcutier, entre le 14 août à l'hôpital Lariboïsière, salle Saint-Louis, lit 34,
Depuis l’âge de vingt ans, cet homme a des varices des jambes. Il y à un an, il recut un coup de pied à la jambe droite; à cette époque il n’est rien résulté de cette contusion, mais trois mois avant son entrée à l'hôpital, A... vit survenir un ulcère à l'endroit même où avait porté ce traumatisme. )
Cet ulcère a débuté par une saillie rougeâtre de la peau et a acquis progressivement des dimensions assez considérables, puisque lorsque le malade est entré à l'hôpital, le 14 août 1884, la plaie présentait les dimensions suivantes : longueur 7 centimètres, largeur 5 centimètres dans son plus grand diamètre transverse.
. La forme de cette plaie est légèrement elliptique. Elle siège à la
région antérieure de la jambe, et s’il nous est permis de nous exprimer ainsi, elle est en quelque sorte à cheval sur la crête du tibia: la crête de ect os la partage en effet en deux parties égales et occupe le grand axe de l’ulcère dans toute son étendue.
Les bourgeons charnus qui tapissent la plaie sont rouges; facilement saignants ; à plusieurs reprises depuis trois mois, ils ont donné lieu à des hémorrhagies abondantes; ils sécrètent un pus sanieux et en grande quantité.
En explorant l'état de sensibilité de la plaie, nous constatons que la piqûre avec une épingle ne provoque aucune douleur dans toute la partie occupée par les bourgeons charnus. Les bords de l’ulcère offrent une diminution de sensibilité dans une étendue de 3 à 4 millimètres.
16 août. Sur les parties latérales de luleère, à 2 centimètres de ses bords et dans l'épaisseur des parties saines, M. Benjamin Anger pratique deux incisions entourant presque complètement l’ulcération. Les deux incisions restent distantes l’une de l’autre en haut et en bas de un centimètre. Il s'écoule une assez grande quantité de sang. Introduction dans les lèvres de ces incisions de deux bandes d’agaric phéniqué et pansement de Lister.
Le 17, Le pansement de Lister est renouvelé, l’état du malade satisfaisant. Température, hier soir et ce matin, 37°.
Le 22. Les dimensions de l’ulcère ont peu varié. Le diamètre vertical s'est réduit de 5 millimètres. Le diamètre transverse n’a pas varié dans une mesure sensiblement appréciable.
1% septembre. Même état. Les plaies artificielles ne se cicatrisent pas. L'ulcère, au lieu d'offrir des bourgeons charnus, ayant tendance à se cicatriser, ne présente qu’une surface rouge vif, presque régulièrement unie,
Pansement avec la poudre d'iodoforme.
Le 14. L'ulcère offre toujours le même aspect. Il n’y a aucune |
tendance à la cicatrisation.
L'iodoforme est supprimé.
Lavages à l'eau phéniquée, répétés chaque jour et suivis d'un pansement de Lister.
Le 20. Pansement de l’ulcère avec les bandelettes de diachylon imbriquées et s'étendant seulement à une partie de la circonférence de la jambe, ke
2 octobre. Le pansement au diachylon à été renouvelé à plusieurs reprises, tous les trois jours environ; la surface de l’ulcère ne bourgeonne pas, il ne s’en écoule pas de pus. Aucun progrès jusqu’à ce jour.Le malade a toujours gardé le lit depuis son entrée à l'hôpital. |
Nous avons tenu à rapporter ici cette observation, bien qu’elle soit en quelque sorte négative, puisque la cicatrisation n’a pu être obtenue.
À plusieurs reprises les urines ont été analysées et par les procédés d'investigation ordinaires, nous n’avons trouvé nisucre, ni albumine. Pas de tuberculose pulmonaire. Ce malade n’a jamais eu la syphilis. Peut-être faut-il voir dans la position toute spéciale qu’occupe l’ulcère, par rapport au tibia, la cause de cet obstacle à la guérison. Les bords de l’ulcère, en raison du siège qu’il occupe, sont en effet sollicités à s'éloigner l’un de l’autre plutôt qu’à s’en rapprocher.
En présence des résultats obtenus dans le traitement des vieux ulcères de jambe, M. Benjamin Anger songea à employer le même procédé des incisions libératrices pour d’autres variétés d’ulcères chroniques, et notamment pour les ulcères consécutifs aux brûlures étendues des membres. La plupart de ces ulcères ne guérissent pas, pour la même raison que les ulcères variqueux,
Leurs bords ne peuvent se rapprocher, parce qu’ils sont immobilisés sur les parties sous-jacentes ; ils ont au contraire tendance à s'éloigner sous l'influence de la rétraction exercée sur eux par le tissu cicatriciel. Il était rationnel de penser que les incisions libératrices, en supprimant ces causes, et aussi en excitant la vitalité de ces ulcères, en pour raient procurer la guérison. Nous citerons plusieurs observations recueillies par nous, où les incisions latérales et circonférentielles se sont montrées efficaces et ont procuré
la guérison de vieux ulcères chroniques.
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OBSERVATION VII (personnelle).
Ulcères de jambe, consécutifs à une brûlure, traités par les incisions latérales,
Valeur (Eugène), âgé de 32 ans, cordonnier, est entré le 15 octobre 1883, salle Jarjavay, à l'hôpital Saint-Louis.
Cet homme, d’une robuste constitution, nous dit que jamais il n’a été malade, Pas de diathèse ni syphilitique, ni rhumatismale. Pas d’alcoolisme.
Le 14 octobre 1883, il a été brûlé par la flamme de pétrole dans toute la région antéro-externe de l’avant-bras droit, ainsi qu'à la partie antéro-externe du membre inférieur droit, et à la partie interne de la jambe gauche.
D'après les renseignements que nous fournit V..., «la peau avait été brûlée dans ces parties, ainsi que la graisse qui est sous la peau ». Les lésions s’étendaient probablement jusquà l’aponévrose. Ce malade est resté en traitement à l'hôpital Saint-Louis jusqu’au 20 juillet 1884. Ponr hâter la cicatrisation de ses vastes brûlures, on a tenté, mais vainement, les greffes épidermiques. Les brûlures du bras et de la jambe gauche étaient cicatrisées à sa sortie de l'hôpital, mais le membre inférieur droit offrait encore deux vastes ulcérations.
La première siégeait à la partie externe du genou. La seconde vers la partie moyenne de la jambe, à la face externe,
20 juillet 1884. Quoiqu'il ne fût pas encore guéri, le malade demanda à quitter l’hôpital; il est envoyé à l'hôpital des convalescents, à Vincennes. Ses ulcères avaient une étendue qu'il évalue au double de celle d'une pièce de cinq francs en argent.
Loin de garder le repos, il marche pendant la journée dans les jardins de l'hôpital. Ses ulcères augmentent d'étendue, les bourgeons charnus se congestionnent, la surface de la plaie saigne au moindre contact.
1° Août. Pansement des ulcères avec les bandelettes de diachylon. On prescrit au malade de ne pas se lever pendant la journée.
Le 14. Malgré le traitement parles bandelettes de diachylon continué jusqu’à ce jour, les ulcères ont continué à s'étendre; leur étendue, au dire du malade, est devenue trois fois plus considérable.
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Il se décide à entrer à l'hôpital Lariboisière.
Le 16. L'état du membre inférieur droit est le suivant : il présente deux vastes ulcères, dont l’un occupe la partie externe de l’articulation du genou; sa longueur est de 8 centimètres, sa largeur de quatre en son milieu, et de trois centimètres à ses extrémités.
L'autre occupe la partie inférieure et externe de la jambe, à trois centimètres au-dessus de la malléole externe. Sa forme est elliptique : il mesure sept centimètres dans son plus grand diamètre et trois dans son plus petit. Au centre de ce second ulcère existe une sorte de pont, formé par du tissu cicatriciel, reliant les deux bords latéraux de l’ulcère, sa largeur est de deux centimètres; ce tissu s’est formé consécutivement à une greffe épidermique, et depuis trois mois environ, est demeuré stationnaire, sans augmenter ni diminuer d’étendue.
Le 17. Le malade est chloroformé. M. Anger fait à la partie supérieure et externe de la première ulcération, une incision en fer à cheval, circonscrivant l’ulcère dans les deux tiers de la périphérie et à deux centimètres de ses bords.
Cette incision pénètre jusqu’à l’aponévrose, lon y introduit des bandes de tarlatane trempée dans une solution d'eau phéniquée à 2 1/2 pour 100.
L'ulcère de la partie inférieure de la jambe est circonscrit également par deux incisions, faites l'une en avant, l’autre en arrière de la plaie, leur longueur est de sept centimètres, longueur correspondant à celle de l’ulcère. Bandes de tarlatane phéniquée. Pansement de Lister.
Le 18. Lavage des incisions et de l’ulcère à l’eau phéniquée. Pansement de Lister. État général satisfaisant. Pas de réaction fébrile.
15 septembre, L'ulcère de la partie externe du genou est à peu près cicatrisé; il ne reste plus qu'une petite surface bourgeonnante ayant une étendue de quinze millimètres environ dans tous les sens. Pour l’ulcère de la partie inférieure, la marche de la cicatrice a été moins rapide. Son grand diamètre s’est réduit à quatre centimètres, son diamètre transverse à trois.
Chaque jour on lave les plaies à l’eau phéniquée et on panse avec des compresses de tarlatane phéniquée.
8 Octobre. Les deux ulcères sont rem lacés par du tissu cicatri-
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ciel; le malade commence à marcher en s’aidant d’une béquille. Le 10. La guérison se maintient. Il quitte l'hôpital Lariboisière.
Le 18. V... est revenu sur notre demande à la consultation. Le tissu cicatriciel n’a pas cédé, la marche n’est pas douloureuse. Il pense être guéri définitivement de ses ulcères.