I. — Ablation des amygdales
En l'année 1859, M. Bouchut imagina une nouvelle méthode de traitement de l'angine couenneuse et du croup, méthode qui consistait dans l'amputation des amygdales. Nous extrayons les conclusions de son mémoire présenté à l'Académie des sciences:
« L'angine couenneuse est une maladie d'abord locale, mais susceptible de se généraliser en infectant l'organisme.
» Elle peut être arrêtée à son début, dans sa marche progressive, envahissante, par l'ablation des amygdales, et cette méthode constitue un excellent moyen préventif du croup.
)) L'ablation des amygdales est absolument nécessaire lorsque ces glandes sont assez fortement tuméfiées pour faire obstacle à l'hématose, et lorsque le murmure vésiculaire respiratoire, extrêmement affaibli, se fait à peine entendre.
» Il n'y a pas lieu de craindre la reproduction des fausses membranes sur la plaie des amygdales. Cette opération est innocente, et la plaie se guérit très simplement.
» Pour réussir, ce moyen ne doit être employé que dans les cas où l'angine couenneuse existe seule et sans complication de fausses membranes du larynx. »
TRAITEMENT DU CllULT.
Ce IrailemeiU csL basé sur tics idées théoriques louolianl la nature de l'angine couenneuse et sur des faits cliniques.
iVI. Bouchut regarde l'angine couenneuse comme une maladie purement locale. Il repousse le mot d'angine dipblhéritique, et reproche à M. Bretonneau d'avoir fait des phlegmasies couenneuses une unité morbide, la diphthérite. Pour lui ce ne sont pas des maladies primitivement générales, diathésiques et plus ou moins toxiques, suivant les sujets, pouvant rester slationnaires , guérir, donnant ordinairement lieu à un empoisonnement mortel. « C'est là une erreur qu'il faut combattre, et ce pronostic delà diphlhérite, empreint d'une grande exagération, est évidemment contraire à toute observation clinique. »
Sans discuter ici la nature de la diphthérite, nous nous contenterons défaire remarquer que les idées de M. Bretonneau ont rallié la plupart des médecins, et que la diphthérite est classée parmi les maladies générales d'emblée. On peut s'en convaincre en lisant les thèses soutenues depuis quelques années sur ce sujet, non-seulement pour le doctorat, mais encore pour l'agrégation à Paris et à Montpellier. Cette année 1861, dans le cours officiel fait à la Faculté par M. le professeur Monneret, la diphthérite a été rangée parmi les maladies générales, à côté du typhus et des fièvres éruptives. En n'adoptant pas les idées de M. Bouchut, nous ne ferons donc que suivre les errements de nos professeurs et de nos maîtres dans les hôpitaux.
A l'appui de sa méthode, M, Bouchut n'a pu citer que quelques observations, dont quatre lui sont personnelles. Quant à la reproduction des fausses membranes sur la
56 TRAITEMENT DU CilOUI'.
plaie des amygdales, M. Garnier, interne de l'hùpilal Sainte-Eugénie, cite dans sa thèse un fait dans lequel cette reproduction eut lieu. L'ablation des amygdales ne prévient donc pas l'extension des fausses membranes au larynx, mais ce traitement doit être mis en pratique quand le gonflement trop considérable des amygdales est un obstacle à la respiration.
Que faut-il penser d'ailleurs de l'ablation des amygdales, quand nous voyons M. Otterbourg signaler à la Société médico-pratique de Paris un résultat basé sur une pratique de plus de vingt années de son observation, à savoir : que l'hypertrophie permanente des amygdales lui a paru présenter une sorte de protection contre le croup? Des enfants affectés d'hypertrophie énorme des amygdales, en contact avec des enfants atteints de croup, pendant une épidémie meurtrière, en furent épargnés, tandis que d'autres sans amygdales hypertrophiées en furent victimes. Cette observation, dont nous laissons à M. Otterbourg toute la responsabihté, conduit ce médecin à ne conseiller aux parents l'ablation des amygdales hypertrophiées chez les enfants qu'à un âge un peu avancé, où ils seront moins exposés aux attaques du croup.