‹ Traitement du croup [electronic resource]Chapitre 6 sur 22 · III. — Médication allcraiile · texte numérisé non relu

III. — Médication allcraiile

Calomel. — En tête nous plaçons les préparations mercurielles, qui ont eu longtemps une grande réputation dans le traitement du croup.

Les médecins de l'Amérique septentrionale sont les premiers qui aient mis le mercure au nombre des moyens spéciaux qu'on peut opposer au croup. Thomas Rond (de Philadelphie), mort en 1/85, passe pour avoir donné le premier le calomel dans le croup. Bard, Bayley, Douglas,

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et surtout Rush, en ont clans la suite tellement exalté les avantages, que, selon Valenlin, tous les médecins des États-Unis étaient partisans de ce remède. Ils pensaient qu'en augmenlant les sécrétions muqueuses de la bouche et de l'arrière-gorge , qu'en donnant plus de fluidité aux matières sécrétées, le mercure pourrait prévenir la formation de la fausse membrane. Bard associait l'opium au calomel dans la proportion de 1/16°, ce qui devait modifier l'action nuisible de ce sel. Mais plusieurs médecins, Rush entre autres, regardaient cette addition comme nuisible, en empêchant l'effet du purgatif.

Rien de plus variable que les doses qu'ils prescrivaient. Les uns, comme Bard, ne donnaient que /i à 6 grains (20 à 30 cenligrammes) dans un jour. D'autres, tels que Rush, administraient 12 à 24 grains (60 à 120 centigr.). Le docteur Physick portait ce sel jusqu'à la dose d'un ^ demi-gros (2 grammes) dans un seul jour chez des enfants âgés de moins d'un an. Il prétendait qu'à cette dose le calomel produisait un effet contro-stimulant {counter action) et une puissante révulsion sur les intestins.

Parmi les médecins anglais qui avaient adopté l'usage du calomel dans le traitement du croup, Valentin cite Dobson, Cheyne, et surtout Hamilton (James) (1). Ce praticien donnait 1 à 2 grains (5 à 10 centigr.) toutes les heures, chez les enfants d'un an, 3 grains (15 centigr.) à ceux de deux ans, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la respiration fût plus libre. Alors il cessait graduellement, en laissant d'abord deux heures d'intervalle, puis trois et quatre, selon les symptômes.

Les médecins de l'Allemagne et du Nord de l'Europe

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ont renchéri sur les Américains elles Anglais, en joignant au calomel les frictions mercurielles. Un d'eux, Aulenrieth, imagina de faire du mercure la base de la curalion du croup. Il entreprit d'éteindre l'inflammation des voies aériennes en en déterminant une autre sur l'intestin.

Il administrait le calomel dès le début, et en donnait d'abord autant de grains que l'enfant avait d'années ; mais au plus fort du mal, il élevait la dose du remède autant que possible. Il employait communément 15 à 20 grains de calomel (75 centigr. à 1 gram.) dans vingt-quatre heures, et faisait administrer simultanément des lavements fortement vinaigrés, dans le but d'exciter davantage les intestins sur lesquels il voulait déterminer une forte fluxion. Autenrieth dit avoir obtenu beaucoup de succès par cette méthode, mais il n'a pas manqué de censeurs qui ont accueilli avec défiance les résultats qu'il avait annoncés. Jurine et Michaelis furent de ce nombre.

En France, la médication altérante ne fut jamais recommandée qu'en seconde hgne, après les médications antiphlogistique et vomitive. Bretonneau, un des premiers^ employa les mercuriaux'^a^vèclïïccès et mit ce traitement en honneur; il donnait 0,20 de calomel d'heure en heure, et faisait faire en outre des frictions avec 2 grammes d'onguent napohtain toutes les trois heures. Tout en se louant de cette méthode, Bretonneau en signala en même temps des inconvénients très graves, sur lesquels nous allons insister tout à l'heure. C'est pourquoi le traitement suivant, dû à M. Miquel (d'Amhoise), fut bien plus employé.

M. jliquel (d'Amhoise) recommande de donner alternativement toutes les deux heures 0,01 de calomel et 0,15 d'alun en poudre. Il espérait ainsi diminuer la

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plasticité du sang et favoriser l'absorption des produits organiques déjà déposés sur les muqueuses. En l'administrant d'après sa méthode, il pensait prévenir les accidents mercuriels et limiter la sphère d'action de l'agent thérapeutique à la partie qui est affectée dans le croup.

Depuis un certain nombre d'années, la médecine altérante est complètement tombée en discrédit, et nous n'hésitons pas, avec M. Trousseau, à la regarder comme <CaussiJuneste que les émissions sanguines.

"^xaminonsTêiTeffet, quelle est l'action du mercure sur l'économie.

Les préparations mercurielles introduites dans l'économie agissent dans trois phases distinctes. Dans la première, action topique sur les muqueuses, irritante au point de devenir caustique; c'est ainsi que les mercuriaux purgent en agissant directement sur l'intestin. Deuxième et troisième phase ; absorption et action générale consécutive à l'absorption; action altérante, véritable cachexie prouvée par le refroidissement des sujets, l'état de dissolution et de fluidification du sang, amenant des hémorrhagies et des gangrènes.

Le mode d'action du mercure était un grand argument en sa faveur. Que pouvez-vous trouver de mieux que le calomel? disent les partisans de la médication altérante. Le calomel agit d'abord directement, topiquement sur la muqueuse du pharynx, modifie sur son passage et les fausses membranes déjà organisées et la muqueuse qui allait devenir le siège de sa production, puis est absorbé et agit alors comme altérant, c'est-à-dire diminue l'état inflammatoire de l'organisme ; puis, èhminé, a une action directe et spécifique sur les membranes muqueuses, particulièrement celles des bronches, du larynx, du pharynx

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et de la bouche, et augmente la sécrétion du mucus si nécessaire pour favoriser le décollement et l'expulsion des fausses membranes.

Sans entrer ici dans les discussions Ibéoriq.ues sur la nature du croup et le mode d'agir des médicaments, nous dirons simplement que Ton a renoncé aux préparations mercurielles, parce qu'on y a reconnu les inconvénients suivants :

1° Si le mercure est donné à l'intérieur :

La salivatio7i, qu'il est impossible de prévoir, car on voit des doses très petites produire une salivation très grave, tandis qu'à côté un enfant dans les mêmes conditions, mais de constitution différente, supporte impunément de fortes quantités de calomel;

Les ulcérations des gencives, la gangrène de la bouche;

Des diarrhées incoercibles, verdâtres, porracées ;

Des hémorrhagies et un véritable état cachectique qui vient compli^quer la forme souvent adynamique de la maladie.

2° S'il est employé à l'extérieur en frictions :

Des éruptions mercurielles;

Des érysijjèles et des phlegmons du cou; • Et enfin des ulcérations qui peuvent ainsi devenir le siège d'une diphthérite cutanée, terrible complication.

Enfin, à propos des accidents causés parle traitement mercuriel, M. Bienfait (de Reims) a constaté quelques faits de diphthérite survenant chez des sujets soumis à ce trailement, notamment chez des accouchées menacées de péritonite et traitées par les frictions d'onguent napolitain ; toujours il a vu la mort survenir très rapidement, en deux ou trois jours et d'une façon subite.

Après les préparations mercurielles, viennent les alca-

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lins, sur lesquels on a fondé de grandes espérances. Le bicarbonate de soude, les chlorates de polasse et de soude en France, le carbonate de potasse en Allemagne, sont les préparations qui ont été surtout expérimentées.

Bicarbonate de sonde. — Marchai (do Calvi) est un des premiers promoteurs de la médication alcaline. Il avait été porté à l'administrer d'après cette idée théorique, que les alcalins ayant la propriété de ramoUir et de dissoudre la fibrine, c'était le plus sûr et le meilleur moyen d'agir sur la fausse membrane. Nous ne suivrons pas M. Marchai dans les considérations qu'il a cru devoir émettre pour appuyer cette idée, et nous ne discuterons pas avec lui la question de savoir si le sang contient plus de fibrine dans la diphthérite.

Marchai emploie le bicarbonate de soude en potion h. la dose de 12 grammes par jour, 1 gramme par heure; Baron, médecin de l'hôpital des Enfants assistés de Paris, employait le bicarbonate de soude sous forme d'eau de Vichy naturelle ou artificielle, soit simplement dissous dans un julep gommeux. La dose était de Ix à 12 grammes par jour. Un moyen presque mathématique d'atteindre et de ne pas dépasser la dose convenable, consiste h se faire présenter tous les jours l'urine des petits malades et . 'y tremper un papier de tournesol rougi. La quantité ingérée sera suffisante quand l'urine sera devenue unpeu alcaline.

Gomme nous n'avons jamais employé ni vu employer la médication alcaline, nous allons indiquer, d'après les auteurs, quelles sont les conditions nécessaires pour que ce médicament réussisse.

Le traitement alcalin doit être commencé dès le début. 11 ne peut rien contre la fausse membrane elle-même; fjuand la médication est commencée à temps dans la

période protlromiquc ou môme dans la première période, quand l'énanllicme n'est pas très confluent et qu'on a soin de tenir le malade sous l'induence du médicament pendant cinq à six jours, on en obtient les plus heureux résultats.

Donnés trop tard, mal à propos, à dose insuffisante, les alcalins n'agissent plus, ce qui explique pourquoi celte méthode compte si peu de partisans.

11 n'en est pas de même d'autres sels alcalins qui ont une efficacité incontestable contre les affections diphthéritiques, tels que le chlorate de potasse et le chlorate de soude, que nous ajoutons ici comme appendice à la médication altérante.

Chlorate de potasse. — C'est le seul médicament, à notre connaissance, dont la propriété dissolvante des 4- fausses membranes ne puisse être contestée. Son efficacité admise par tout le monde dans le traitement de 2 l'angine et de la stomatite diphlhéri tique est plus contestée " * lorsqu'il s'agit du croup.

Robert Thomas, de Salisbury, est le premier médecin qui l'ail proposé comme antiseptique contre l'angine maligne.

Plus tard, llunt, West, Babington en Angleterre, Henoch en Allemagne, l'employèrent contre la gangrène de la bouche chez les enfants.

Mais ces faits étaient restés dans l'oubH, lorsqu'on 1855 MM. Herpin (de Genève) et Blache appelèrent l'attention des praticiens français sur l'utilité du chlorate de potasse ^ dans la stomatite mercurielle. M. Blache étendit bientôt^ son expérimentation aux autres espèces de stomatite, et obtint des succès remarquables dans la stomatite ulcéromembraneuse et dans l'angine couenneuse.

L'emploi do ce médicamenl est très rationnel. Des nombreuses expériences de M. Isambert, il résulte que le chlorate de potasse est éliminé par la plupart de nos sécrétions. Les deux voies principales d'élimination sont l'urine et la salive. Cinq minutes après avoir pris le chlorate, le réactif en accuse déjtà des traces dans la salive, et l'on en retrouve pendant un espace de temps qui varie de quinze à trente-six heures. Le principal phénomène physiologique est une salivation marquée qui exerce une action rapide sur les fausses membranes. Dans plusieurs cas 011 ce médicament a été sans effet, nous avons remarqué que la salivation avait fait complètement défaut ; et cependant la dose était toujours la même. On le donne habituellement à la dose de à grammes dans une potion gommeuse de 1 20 grammes, et l'on dissimule sa saveur par une forte quantité de sirop d'écorce d'orange. La plupart des enfants que nous avons observés prenaient très bien cette potion. On a aussi fait des pastilles de chlorate de potasse, chacune contient 20 centigrammes de ce sel; mais on comprend qu'il faille absorber un grand nombre de pastilles pour arriver à la dose de h grammes. Nous avons essayé cette préparation : les enfants s'en dégotjtaient promptement, et ces pastilles leur causaient une soif très vive. Nous n'avons donc pas retrouvé dans les pastilles de chlorate de potasse tous les avantages que leur attribue Cullerier dans le traitement préventif de la stomatite mercurielle.

Personne ne conteste plus l'utilité du chlorate de potasse dans le traitement de l'angine couenneuse, mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit du croup. Préconisé d'abord comme un spécifique infaillible, il a été au bout de quelques années rejeté comme infidèle. Exagération

lie part et d'autre. Jamais, nous le craignons du moins, on ne trouvera un remède spécifique contre la diplithérilc, pas plus que contre les autres maladies toxiques, telles que le typhus, etc., etc., et d'un autre côlc nous croyons utile de prescrire le chlorate de potasse dans tous les cas de croup, sans pour cela prédire une prompte guérison. Plusieurs observations insérées dans le mémoire de M. Isambcrt sur le chlorate de potasse renferment des faits de guérison obtenue sans aucun autre traitement. Après lui, MM. André et Millard, dans leur thèse, vantèrent ce médicament et se louèrent de ses bons résultats dans le croup.

Au moment où nous écrivons ces lignes, le chlorate de potasse a beaucoup perdu de sa faveur, même à l'hôpilal des Enfants; cependant il est toujours employé dans le service de M. Blache, et sans avoir une opinion bien arrêtée sur son efficacité dans le croup, nous recommandons son emploi en citant cette conclusion de la thèse de M. Millard :

(.( Le chlorate de potasse me semble favoriser souvent la guérison des opérés, et comme, en tout cas, il est parfaitement inoffensif, je ne vois aucun inconvénient à l'administrer. »

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