IV. — Médication vomitive
Les vomitifs ont, de tout temps, été employés dans le croup. Recommandés par les anciens auteurs, leur utilité est généralement reconnue. On peut dire que la médication vomitive est la seule qui ait obtenu l'assentiment général : à toutes les époques l'cmétique était le médicament employé. Albers, Borrowe, Michaclis, (^rawford.
Tr.MTI'MliNT DU CllOL'l'. 21
Hiit;l], le l'ogai daicnL comme le iiicdicamcnt liéruïquc par cxcellenco dans lo ti'ailcment du croup. Nous ne discuterons pas avec Pinel, Porlal, Schviigué, Descssarls el Roycr- Collard, s'il faul adniinisli er les émcliijiies à la première ou à la seconde période du croup, ou s'il faut réserver ce trailemenl pour les cas de croup slhénique.
Les vomitifs doivent être employés dès le début et fréquemment répétés, de la sorte on en obtient de bons efl'cts. C'est ce qu'a montré Valleix par son relevé : dans 53 cas tirés de divers auteurs, on a employé l'émétique et l'ipécacuanba comme médications principales 31 fois, et il y a eu guérisons, c'est-à-dire près de la moitié; tandis que dans 22 autres où les vomitifs n'ont été donnés qu'avec parcimonie, il n'y a eu qu'une seule guérison. Différence énorme, qui, malgré le petit nombre des observations, ne doit pas être considérée comme une simple coïncidence.
En elîet, parmi les 31 sujets traités par les vomitifs énergiques, 26 ont rendu des fausses membranes dans les efforts du vomissement, et de ce nombre ib ou prés des 3/5" ont guéri. Les 5 autres au contraire n'ont pas rendu un seul fragment de fausse membrane, et sont morts. Restent maintenant les 22 sujets chez lesquels les vomitifs n'ont été employés que d'une manière timide et comme médication secondaire. De ce nombre 2 ont rejeté des fausses membranes et i a guéri; les 20 autres n'ont pas rendu de lambeaux pseudo-membraneux, et sont tous morts.
A ce relevé nous devons joindre les 2/i cas de croup cités par le docteur Gaussail, dans lesquels dès le début on avait administré le tai tre stibié uni à l'ipéca : 3 malades seulement ont succombé, et chez ces derniers le médicament avait été mal administré.
Les faits que nous avons observés ne nous pcrmellent pas de promettre toujours par ce traitement un aussi grand nombre de guérisons. En edet, nous avons vu un certain nombre de malades guéris du croup par les vomitifs; mais nous en avons vu encore un bien plus grand nombre chez lesquels ce traitement, inauguré dés le début avec la même surveillance, n'a pu empêcher les progrès de la maladie et préserver les malades de la trachéotomie.
/ Quoi qu'il en soit, nous regardons la médication vomitive comme la meilleure dans le traitement du croup. L'administration du vomitif est presque toujours suivie d'un soulagement momentané, et en y revenant deux à trois fois par jour, comme nous l'indiquerons tout à l'heure, on réussit à s'opposer aux progrès de l'asphyxie.
Nous devons cependant signaler ici un inconvénient que nous avons observé plusieurs fois à la suite de l'administration des vomitifs. Il arrive quelquefois que les efforts des vomissements n'ont pas été suffisants pour expulser la fausse membrane; elle reste seulement détachée, flottante, et dans ces cas vient obstruer la glotte et amène des accès de suffocation très graves. C'est ainsi que nous avons été témoins de plusieurs faits dans lesquels, le malade se trouvait beaucoup plus oppressé après les vomissements, et plusieurs fois même nous avons observé des accès de suffocation tellement graves, qu'il a fallu avoir recours à la trachéotomie.
Heureusement ces cas sont rares, et en général un second vomitif, si toutefois l'état de l'enfant le permet, suffit pour faire disparaître ces accidents de suffocation en amenant l'expulsion de la fausse membrane.
La seule méthode de traitement médical qui nous ait
donné cic bons résultats dans le croup résido dans l'emploi des vomitifs; mais ces médicaments n'agissent que comme procédé mécanique, en expulsant les fausses membranes par les efforts du vomissement. Il ne faut donc pas cliercher à obtenir une action générale, comme l'ont proposé quelques médecins en donnant le tartre stibié à haute dose.
Autrefois l'émélique était le seul vomitif employé ; plusieurs autres ensuite ont eu la vogue, ce qui tient à ce qu'on les a vantés en même temps comme des spécifiques, tels sont le sulfate de cuivre et le polygala.
Nous allons donc -successivement examiner les divers médicaments employés dans le croup pour obtenir un effet vomitif, en ayant soin He faire ressortir les inconvénients et avantages attachés à chacun d'eux.
Ipécacuanha. — C'est le seul employé à l'hôpital des Enfants. L'ipéca produit très bien le vomissement et n'ci aucune influence dépressible sur l'état général. Son seul inconvénient, quand il . est répété, est de causer de la diarrhée.
C'est pourquoi, au lieu de le donner d'une façon coqtinue et prolongée, il vaut bien mieux le prescrire à petite dose pour provoquer seulement deux ou trois v"ômîssements, et y revenir dans la journée, si le premier vomitif n'a pas été suivi d'amélioration. En agissant ainsi, on ne fatiguera pas les enfants, qui pourront s'ali menter, et l'on évitera les effets purgatifs du médicament. Cependant il ne faut pas revenir au vomitif plus de trois fois par jour.
La meilleure préparation de l'ipéca, à notre avis, est le sirop. On le donne à la dosé de 30 grammes, auxquels on ajoute 50, 60, 80 centigrammes et même un gramme
24 TRAITEMENT UU GllUUl'.
j de poudre, suivant lage de l'enfant, à prendre par cuillerée à café de cinq en cinq minutes jusqu'à deux ou trois vomissements. L'effet obtenu, on suspend, pour recom-
, mencer quelques heures après, si l'on n'a pas obtenu d'amélioration.
Rarement nous avons vu l'ipéca, le vomitif successif par excellence, manquer son effet. Il faut en excepter les jeunes enfants au-dessous de deux ans, chez qui la tolérance de ce médicament s'établit plus facilement.
^ Le tartre stibié, soit seul, soit uni à la poudre d'ipéca,
♦ est aussi un très bon moyen à employer. Nous le recommandons aussi, mais à petite dose, 10 centigrammes au plus. Si nous ne le mettons qu'en seconde ligne après l'ipéca, c'est qu'il ne réussit pas là où l'ipéca a échoué, et a de graves inconvénients, tels que de causer aux enfants une soif vive, atroce, quelquefois insupportable; de produire des diarrhées avec selles verdâtres, porracées, très rebelles, eT enfin de jeter les petits malades, quand son emploi est longtemps continué, dans un état adynamiquc très grave, caractérisé par la prostration, pâleur du visage, tendance aux hpolhymies et aux syncopes.
Nous ne saurions donc trop blâmer un nouveau mode d'administration du tartre stibié qu'on a préconisé dans ces derniers temps, et qui consiste à traiter le croup par la potion stibiée à haute dose, continuée sans interruption penïïant un certain temps. Des médecins qui ont proposé ce moyen, les uns n'ont cherché que l'eflet vomitif, les autres ont cru obtenir une action générale sur l'économie, une action hyposthénisante, antiphlogisliquo. A ce litre, le tartre stibié devait être placé par nous dans le chapitre où il a été question de la médication antiphlogistique; mais pour ne pas scinder l'histoire d'un
TIIAITEMENT DU CIlOUl'. 25
inédiciiiiiciil, nous avons préféré indi(iuor ici, cl les résultais qu'on a oblenus par celle mélhoclc, el les inconvcnienls que nous y avons trouvés.
L'émélique, comme conlro-slimulanl, avail élé proposé, mais non employé par Laennec. Plusieurs médecins, parmi lesquels nous citerons M. Bazin, avaient rapporté quelques cas de guérison de croup par l'emploi du tartre slibié à dose rasorienne; mais ces faits étaient presque oubliés, lorsqu'en 'J859 MM. Bouchul et Constantin (d'Amiens) remirent ce traitement en honneur.
Ces deux médecins employaient la formule suivante.
M. Bouchul :
Julep gommeux. . . . lOOgram.
Sirop diacode 13 gram.
Tartre slibié 50 à 75 cenligr.
Une dem'i-cuiilerée à bouche à prendre toutes les lieures.
M. Constantin :
Julep gommeux. . . . 250 gram.
Sirop de morphine. . 60 gram.
Émélique 1 gram.
Ce dernier médecin emploie le larlre slibié à haute dose avec audace, puisqu'il a administré à des enfants de trois à quatre ans jusqu'à 9 grammes d'émélique (1) dans l'espace de trois à quatre jours, et il n'a jamais observé d'accidents, si ce n'est quelques légères éruptions stibiées.
A l'appui de son traitement, M. Constantin cite hQ guérisons sur 53 cas de croup.
M. Bouchul commença par donner cinq observations
(1) Gazette (les hô/nioux, 1850.
26 TRAITEMENT DU CllOUP.
de croups confirmés guéris par ce moyen. Dans deux cas il y avait eu rejet de fausses memijrancs (1).
Dès lors l'élan était donné, et l'on trouve dans les journaux de médecine plusieurs observations de guérison de croup, toutes à l'appui de cette méthode.
M. Nonat a obtenu 3 guérisons sur 3 cas.
Le docteur Bedère publia une observation dans laquelle une petite fille, d'une très chétive constitution, guérit après avoir pris en trois jours 1 gramme 50 centigrammes d'émétique.
Le docteur Ricordeau, une observation.
Le docteur Baizeau, trois observations (2).
Si bien que M. Bouchut put recueillir un relevé de 88 guérisons sur 115 cas de croup.
Nous ne voulons nullement contredire ici les chiffres donnés par M. Bouchut; mais nous ferons seulement observer que dans cette statistique entrent les 53 cas tirés de Valleix, et dans lesquels l'émétique n'avait pas été employé seul, ou du moins n'avait pas été administré par celte méthode que nous n'hésitons pas à qualifier d'irrationnelle.
« Le tartre slibié,dit M. Bouchut, est dans ces cas employé comme dans la pneumonie aiguë, et, sauf exception, il ne produit pas d'affaiblissement ni de prostration inquiétante. »
Nous allons montrer tout à l'heure que tous les médecins n'ont pas été aussi heureux que M. Bouchut ; mais nous ne pouvons laisser passer sous silence ce rapprochement entre deux maladies si différentes, telles que la pneu-
(1) Journal de médecine pratique, 1859.
(2) Gazette des hôpitaux, 1859, n° 48.
monie aiguë et. la diphlhérile. Nous comprenons très bien le traitement de la pneumonie, maladie inflammatoire par excellence, par le tartre stibié; mais nous ne comprenons pas qu'on puisse guérir par le même moyen une maladie éminemment seplique comme la diphtérite, maladie dans laquelle on rencontre si souvent, dès le début, faiblesse générale, prostration, pâleur de visage, absence de réaction fébrile et état adynamique assez prononcé.
Bien avant M. Bouchut, M. Gigon (d'Angoulême), dès l'année 1853, employait l'émétique à haute dose contre le croup. Il ne cherchait pas dans le médicament l'effet vomitif, mais il croyait que l'émétique agissait en s'adressant directement à la diathèse morbide.
« A dose vomitive, dit-il, on ne combat qu'un accident, l'obstruction du larynx. Tandis que l'émétique à haute dose, ce fluidifiant par excellence, combat la diathèse morbide sous l'influence de laquelle l'albumine du sang se concrète et passe à l'état de membrane. De la sorte, le médicament s'attaque à l'essence, à la spécificité même de la diphthérite. »
Ce médecin pense que les croups que l'on a donnés comme guéris par les vomitifs administrés coup sur coup, l'étaient bien moins par l'action vomitive que par l'émétique absorbé par les petits malades.
A la théorie de M. Gigon nous répondons ceci :
Il est à peu près admis généralement que la diphthérite est une maladie générale, totius substantiœ; or, une des preuves les meilleures que l'on puisse donner à l'appui de cette opinion, consiste dans une altération particulière du sang trouvée à l'autopsie d'enfants ayant succombé aux formes les plus graves de diphthérite infec-
28 ti;aiti-:mi:nt du ckuup.
ticiisc, allôralioii caractLMiséc par une coloralion noire sépia, avec un clat dimuenl et poisseux du sang-, qui n'est coagulé nulle part, ni clans les gros vaisseaux, ni dans le cœur. Si donc dans la diplilliérite il existe, comme le prouvent les reclierches cadavériques, une disposition à la fluidificalion dii sang qui est la cause ou l'eflet de la maladie, à (|uui bon donner un médicament qui a la propriété d'augmenter cet élat diffluenl? N'est-ce pas donner de nouvelles forces h la maladie et l'acliver au lieu de la combattre?
M. Korlurn (de Doberan) recommande de même le tartre stibié, non comme vomitif, mais comme modification générale.
M. Chapelle (d'Angoulème) , comme son confrère M. Gigon, employait le même traitement. En 1852, il envoyait à l'Académie de médecine un mémoire sur le traitement du croup par le tartre stibié à dose rasorienne.
Mais, en 1859, il envoie un second mémoire dans lequel il déclare que les succès obtenus au début de celte mé- I dication ont élé suivis de revers si nombreux, qu'il a été ^ forcé de l'abandonner.
Dans les hôpitaux d'enfanis de Paris, celte méthode n'a jamais donné de bons résultais ; loin de là, elle est regardée comme nuisible. Pour s'en convaincre, il suffît de lire les thèses des anciens internes de ces hôpitaux, la plupart soutenues sur le croup et la diphthérile.
Citons seulement quelques faits de la thèse de M. Garnier (1), qui expose les faits de diphthérile observés dans le service de son maître, M. Barthez, à l'hôpilal Sainle-
(1) Garnicr, Thèses de Paris, 18G0.
tuaitement du croup.
Eugénie, poiulanl r;innée 1859; nous extrayons le passage suivant à l'arlicle TrailemeiU du croup :
« Êmétiqucà haute dose. — Ce mode de traitement a été employé six fuis. Dans trois cas la trachéotomie dut être pratiquée, et les trois sujets succombèrent.
» Le premier enfant y fut soumis dès le début du croup, et prit ce médicament pendant trois jours, à la dose de 20cenligr. ; des vomissements abondants sans diarrhée se produisirent, mais la dyspnée n'en lit pas moins des progrés, et l'opération devint nécessaire. Les deux autres sujets prirent seulement pendant un jour 20 centigr. d'émétique : chez l'un il détermina de la diarrhée seulement, chez l'autre de la diarrhée et des vomissements. Nous ne parlons pas d'un quatrième enfant chez lequel les premières cuillerées d'une potion de 60 centigrammes déterminèrent une telle diarrhée, qu'on dut en suspendre l'emploi.
Sous l'influence des préparations stibiées, trois enfants ont échappé à la trachéotomie. Le premier prit pendant quatre jours 20 centigrammes d'éméliquc ; le premier jour il eut des selles abondantes, et les autres jours de la diarrhée et des vomissements. La première période du croup ne fut pas dépassée, mais le sujet mourut subitement, alors que les accidents laryngés avaient disparu.
» Le deuxième prit pendant trois jours 20 centigr. d'émétique, et eut des vomissements et de la diarrhée : il guérit.
» Le troisième enfant fut le plus gravement atteint, et l'asphyxie en vint k un tel point, que l'opération fut jugée nécessaire : chez lui l'émétique présenta celte particularité, que l'eiïet vomitif ne se manifesta souvent que six ou sept heures après son ingestion. Six potions de 20 centigr. furent administrées et la guérison obtenue.
On le renvoA/a dans sa lamillc; mais deux ou trois jours après, il succomba subitemcnL. »
Le faits qui nous sont personnels sont au nombre de six, et fournissent les mêmes résultais.
Sur six enfants (pji furent soumis à la potion stibiée, trois la prirent pendant deux jours : selles nombreuses et vomissements; l'aspbyxie n'en fit pas moins des progrès, et la trachéotomie dut être pratiquée. Chez deux autres enfants, les premières cuillerées de la potion déterminèrent une telle diarrhée avec prostration et pâleur de la face, qu'on fut forcé de la suspendre.
Enfin, le dernier mourut subitement, après avoir pris la potion stibiée pendant une journée.
Ces faits ne sont pas assez nombreux pour que nous puissions en tirer une conclusion absolue; ils prouvent seulement qu'il y a des cas où le tartre stibié h haute dose est nuisible.
Nous ferons aussi la réflexion suivante : sur 12 cas, nous avons eu 3 morts subites.
; Les observations de mort subite dans la diphthérite ne sont pas rares comme dans toutes les maladies sepliques, telles que la fièvre puerpérale, la variole hémorrhagique, la scarlatine maligne, etc.; mais jamais cet accident ne se montre en si grande proportion. Le médicament n'aurait-il pas été pour quelque chose dans cette terminaison si fâcheuse (J)?
Sulfate de cuivre. — Comme vomitif, ce médicament est assez employé, et plusieurs auteurs le mettent même
(1) Voyez, pour plus amples détails, le travail publié à ce sujet par l'un (le nous : Nouvelles remarques sur l'emploi du tartre stibié à haute dose dam le croup, par F. Brichcteau {Bulletin de thérapeutique, mai 1862).
au-dessus de l'ipécacuanha et du tartre stibié; nousmênie avons vu le sulfate de cuivre amener le vomissement chez des enfants qui avaient déjà pris, mais en vain, des doses assez fortes de sirop et de poudre d'ipéca.
Le docteur Hoffmann, en 1821, est le premier qui ait préconisé son emploi.
Le professeur Stœber (de Strasbourg) en fait les plus grands éloges. Il faut l'administrer à petites doses, 20, 30 à àO centigrammes au plus. On lui a reproché d'être très irritant pour la muqueuse stomacale, et de produire des douleurs gastriques assez vives.
En outre, ce médicament a été préconisé comme altérant et spécifique. Pour cet effet, on le donne en poudre à doses réfractées, et on le continue pendant plusieurs jours. Cette méthode a été surtout employée par les médecins d'outre-Rhin.
Kermès. — Jamais administré comme vomitif, mais seulement comme expectorant.
Sulfure de potasse. — Proposé pour la première fois par l'auteur d'un des mémoires envoyés au grand concours de l'année 1808, ce sel a été vanté comme spécifique assuré, puis il est tombé dans un discrédit complet. Sa saveur désagréable, la difficulté de le faire prendre aux jeunes malades, en ont été sans doute la cause. On trouve cependant/lans les auteurs quelques exemples incontestables de guérison du croup par ce médicament. Maunoir (de Genève) s'en est bien trouvé à la dose de 60 à 90 centigrammes en vingt-quatre heures, dans un looch blanc.
Le sulfure de potasse dans quelques cas ne produit pas d'évacuations alvines ni de vomissements; d'autres fois il purge abondamment. On lui reproche de provoquer
•"^2 TRAITEMENT DU CROtM».
tles accidents graves, des vomisseinenis, des coliijucs et une diarrhée colli(iuative, de blanchir l'intérieur de la bouche et de produire des douleurs épigastriques.
C'est un médicament qu'il faut donner avec prudence. On en prescrira jOà 20 centigrammes au plus toutes les sept heures, de manière à ne pas dépasser 1 gramme en vingt-quatre heures. 11 vaut mieux le donner en sirop. Klaproth a inventé un sirop dont la composition ne diiïére pas de celui de Chaussier.
On mêle 80 centigrammes de ce sel avec 30 grammes de sirop simple, et toutes les deux heures on donne une cuiherée du mélange.
Dans celte avant-dernière année, le docteur Bienfait (de Reims) a publié (1) un travail dans lequel il vante ce médicament. Son mémoire est un résumé sommaire d'une pratique de onze années, pendant lesquelles il a eu à traiter 16 cas de croup primitif. Sur ce nombre, 10 appartiennent à une première période pendant laquelle il employait le traitement ordinaire , mercuriaux , vomitifs, etc. 0 moururent, dont 2 dans la convalescence ; un seul guérit.
Les 6 autres cas forment une catégorie dans laquelle le foie de soufre est venu remplacer le calomel comme base de médicament ; (5 cas, 3 succès. La dose employée était 15 centigrammes dans un looch -de 120 grammes.
M. Bienfait dit n'avoir jamais observé les accidents produits par ce médicament, ce qui tient sans doute à la dose peu élevée à laquelle il l'administrait.
Comme appendice à la médication vomitive, nous plaçons ici quelques médicaments qui, à haute dose, peu-
(1) Gazette hebdomadaire, 1859.
vent produire des vomissements, mais qui ne sont jamais employés que comme expectorants.
Polygala. — Citons d'abord le polygala, qui rend de très grands services dans les affections catarrhales des bronches qui accompagnent si souvent le croup, et qu'on voit persister longtemps après. L'histoire du jjolygala senega est une preuve de la facilité avec laquelle un médicament nouveau prôné avec enthousiasme acquiert la réputation presque toujours usurpée de spécifique dans le traitement des maladies.
En 1791, le docteur Archer, du comté de Harfort, dans le Maryland, administra le premier la racine polygala senega dans le croup. Ses essais furent suivis avec succès par deux de ses fils. John Archer, l'un d'eux, fit connaître dans une lettre au docteur Barton (de Philadelphie), et dans sa dissertation inaugurale, la marche qu'il suivait dans le traitement du croup.
John Archer (1) conseillait de faire bouillir doucement dans un vaisseau clos une demi-once de racine de polygala senega concassée dans 8 onces d'eau de fontaine, jusqu'à réduction de h onces. On donne de cette décoction une cuillerée à café chaque heure ou chaque demi-heure, selon l'urgence des symptômes. Il prescrivait aussi quelquefois le polygala en poudre à la dose de /i à 5 grains délayés dans un peu d'eau.
Ce médecin considérait le polygala comme expectorant, et il lui attribuait la propriété spéciale de provoquer l'expectoration de la fausse membrane formée dans le croup. Malgré sa grande confiance dans ce médicament,
(1) An inaugural dissertution on Cynanche trachealïs commonly cuUed Croup or Ilives.
hà TRÂTTEMENT DU CROUP !
John Archer ne laissait pas d'y joindre très souvent l'administration interne du calomel et les frictions mercurielles autour du cou.
La racine du polygala est un excitant énergique qui, à dose élevée, occasionne des vomissements. Gomme tel il modifie la sécrétion muqueuse des voies aériennes, et peut •favoriser l'expulsion des concrétions membraniformes.
Le docteur Thomas Massie (1) a fait sur l'action du polygala des expériences desquelles il résulte que cette substance accélère les pulsations artérielles, augmente' la chaleur de la peau, détermine souvent une sensation de chaleur brûlante dans la gorge et l'estomacj et quelquefois une augmentation de la sécrétion muqueuse du larynx et de la trachée, avec expuition. : Ce ruédicament nous a été très utile pour combattre les afiections pulmonaires catarrhales que nous avons rencontrées en si grand nombre chez nos petits opérés du croup par la trachéotomie. En général, nous l'associons aux médicaments suivants :
' Kermès. — Nous avons donné le kermès comme expectorant, à petite dose, 10 à 20 centigrammes au plus dans une potion composée d'une infusion de polygala avec sirop de Tolu.
. Voxijmel scillitiqiie peut aussi être employé de la même manière, mais nous lui préférons le kermès.
Soufre. — Ce médicament, à petites doses, avait été proposé autrefois, puis il a été repris ces derniers temps par deux médecins, MM. Duché et Sénéchal (2). Ils recom-
(1) An cxperimmlal inquiry info the properfies of (he Polygala senega.
(2) Gazette hebdomadaire, 1859.
TRAITEMÈNT Dti tROUP. 35
mandent la fleur de soufre en insufflations pharyngiennes et nasales fréquemment répétées, et à l'intérieur ils donnent ce médicament mêlé à du miel, par cuillerées à café, aussi fréquemment que possible.
Mais que penser d'un traitement basé sur l'hypothèse suivante, que « les pseudo-membranes qui constituent les diverses affections couenneuses pourraient bien n'être en réalité, qu'un parasite végétal »? Le soufre, qui détruit l'oïdium, est administré par analogie.
Or, il est bien prouvé par les études micrographiques que les exsudations diphthériliques n'ont aucun rapport avec les parasites végétaux.
Slernulatoires. — L'emploi des sternutatoires est aujourd'hui tombé dans un discrédit complet. Cependant il nous semble à priori, disent Barihez et Rilliet (1), que l'éternumenl, qui n'est autre chose qu'une violente expiration, doit être un moyen précieux de favoriser le décollement et le rejet de la fausse membrane, et, sous ce rapport, cette médication peut être assimilée à la médication vomitive. Toutefois Guersant pense que l'utihté de ces divers moyens est assez restreinte, parce que, suivant lui, les secousses de la toux et du vomissement ne peuvent avoir quelques chances de succès que lorsque des mucosités abondantes sont sécrétées dans les bronches, soulèvent les fausses membranes et en facilitent l'expulsion; elles échouent quand la toux est constamment sèche, parce que la colonne d'air glisse, sans l'ébranler, sur la surface de la pellicule couennense, trop intimement unie à la muqueuse sous-jacente.
Si l'on veut recourir à ce moyen, on introduira de la
I) Malndies des enfanU, lome
poudre de labac dans les narines de l'enfant, ou mieux de la poudre Saint-Ange, composée d'un mélange des poudres d'asarum, de bétoine et de verveine.
Néanmoins on ne saurait être trop réservé sur l'emploi de ce moyen. Dans la diphthérite,la moindre irritation des muqueuses ou de la peau est suivie le plus souvent de la formation de fausses membranes. Le coryza diphthéritique est une complication fâcheuse que nous devons nous garder de provoquer, et qu'on traitera par la poudre de chlorate de potasse au moindre écoulement nasal suspect.