V. — Médication antispasmodique
Les antispasmodiques les plus divers ont été employés dans le croup, à l'époque où l'on croyait que cette maladie pouvait être classée dans les affections nerveuses ou spasmodiques. Toutefois il n'existe pas dans les au- / leurs une seule observation de vrai croup traité par cette I méthode seule. Les faits de guérison due à cette méthode doivent évidemment être rapportés à la laryngite spasmodique. A mesure que cette maladie fut mieux étudiée, on comprit que les accidents nerveux, les spasmes, étaient des symptômes de l'état phlegmasique des voies aériennes, et ces médicaments tombèrent peu à peu dans l'oubli. Ce n'est donc qu'à titre de mention que nous passerons successivement en revue les divers antispasmodiques employés :
Asa fœtida. — Jurine se louait beaucoup de ce médicament. Millar en avait fait une potion très célèbre; mais on sait que ce n'étaient pas de véritables croups qui firent la réputation de ce médicament. Thomson, Undervood,
Clieyne, firent un grand éloge de cet antispasmodique qu'ils donnaient principalement en lavements. Vieusseux prescrivait aussi l'asa fœtida sous diverses formes.
Musc et camphre. — Wichman donne au musc les mêmes éloges que Millar accordait à l'asa fœtida. Albers et Olbers se prononcent en faveur d'un mélange de musc, et de camphre qu'ils administraient, disaient-ils, avec un succès extraordinaire dans la deuxième période, et lorsque la maladie présentait la forme qu'ils appelaient typhoïde ou asthénique.
Opium. — Le célèbre Ruysch faisait usage du laudanum, qu'il donnait vers la fin de la maladie pour calmer la toux, qui persiste souvent longtemps dans la convalescence. Gregory prétendait que la leinture d'opium était très efficace; le docteur Hendrick prescrivait la même teinture à la dose de six gouttes toutes les heures, jusqu'à ce qu'il eût produit un effet soporifique qui calmait l'accès du croup. Quant à nous, qui savons combien l'opium est nuisible aux enfants, et même qu'à très petite dose, on peut produire des empoisonnements terribles, nous avons peine à comprendre cette méthode de traitement.
Uéther était employé en frictions par Pinel. Jurine le donnait aussi à l'intérieur, associé à la teinture de succin.
Belladone. — Les heureux effets qu'on obtient de ce médicament dans la coqueluche le firent essayer, mais inutilement, dans le croup.
D'après ce que nous avons dit de la nature du croup, telle que nous l'envisageons, la médication antispasmodique est d'une inutilité complète ; nous ne l'avons jamais vue employée.
Comme appendice nous plaçons deux médicaments dont l'effet n'est nullement antispasmodique, mais qui sont
TRAITKMKNT IJIJ CIlOUl',
très utiles pour modérer l'élémcnl iiinarnmaloire fébrile qui existe clans certains cas : ce sont Vaconil et la digitale.
La préparation qui convient, le mieux est la teinture, de 8 cà 15 gouttes, suivant l'âge des enfants. La teinture de digitale doit être donnée à moins forte dose.
\I. — Médication topique.
La médication topique, dans laquelle nous rangeons l'application d'astringents et de caustiques portés directement sur la muqueuse respiratoire recouverte de (tiusses membranes, sous quelque forme que ce soit (topigues pulvérulents, liquides ou gazeux), ne joue pas un grand rôle dans le traitement du croup proprement dit, vu la difficulté de pénétrer dans un organe aussi délicat que le larynx. Ce traitement, purement local, doit être réservé pour l'angine couenneuse; là il a beau jeu, et son application est aussi facile que les résultats en sont satisfaisants. Mais comme l'angine couenneuse précède très souvent le croup, qui n'est alors qu'un progrès de l'angine, nous avons cru à propos de parler des divers topiques employés dans le traitement de cette maladie, qui n'est presque toujours que la première période du croup.
Ce chapitre ne peut donc s'appliquer au traitement du croup simple sporadique, sans angine, tel qu'il a été décrit au commencement de ce siècle; malheureusement, depuis les terribles épidémies qui sévissent en France depuis plus de trente ans, le croup laryngé simple est relativement très rare. C'est ainsi que, pour notre part, sur 205 cas de croup, nous n'avons observé que 2li cas de croup sans angine couenneuse.
TRAlTKMEiNT DU GIIOL'P. 39
» La mcilicaliou topique, dit M. Trousseau, est la médication par excellence dans le traitement de la diplithérite; elle est aussi indiquée dans cette maladie qu'elle l'est dans la pustule maligne. »
Cependant elle présente un certain nombre d'inconvénients, surtout dans l'emploi des caustiques; aussi a-t-elle rencontré beaucoup d'opposition, et plusieurs médecins lui ont fait des objections d'une certaine valeur que nous exposerons.
Des divers topiques employés, les uns sont astringents : tels sont l'alun, le tannin, le borax, le calomel.
Les autres sont des caustiques faibles, tels que l'iode, le percblorure de fer, le nitrate d'argent, qui agit comme cathérélique.
Enfin, les caustiques escharotiques, tels que l'acide chlorhydrique, le fer rouge.
Poudre d'alun. — De temps immémorial l'alun a été employé contre la dipbtbérite. Ainsi que le fait observer M. Bretonneau, la médication topique rerrionte à l'époque où la maladie était connue sous le nom de mal égyptiac. Arétée recommande non-seulement de faire des lotions avec des médicaments acres, mais d'attaquer le mal avec des médicaments semblables au feu. Il prescrivait l'alun incorporé au miel, et insufflait cette poudre dans le fond de la gorge avec un roseau. Après Arétée, dans les siècles qui suivirent, et dans lesquels cependant la maladie strangulatoire fit de terribles ravages, cette médication fut oubliée; cependant elle était restée comme un moyen vulgaire employé par certaines personnes étrangères à la médecine, et à partir de 1828, MM, Trousseau et Bretonneau la remirent en usage.
On insuffle l'alun ou on l'incorpore à du uîiel, et l'oji
hO TRAITEMENT DU CROUP.
badigeonne les parlies malades avec un pinceau imbibe de ce collutoire.
Pour que ce traitement réussisse, il faut que les applications topiques soient répétées fréquemment au début de la maladie, six, huit et dix fois dans les vingt-quatre heures, et convenablement faites : pour cela, on fait asseoir l'enfant sur les genoux d'un aide qui le maintient vigoureusement, pendant qu'une autre personne est chargée de lui tenir la tête ; au moment où l'enfant ouvre la bouche, on introduit le manche d'une cuiller, ou mieux un abaisse-langue formé de deux plaques de métal articulées à angle droit, jusque sur la base de la langue; à ce moment, la bouche s'ouvre plus grande encore, l'enfant étant pris d'envie de vomir, et l'on voit parfaitement le fond de la gorge, ce qui permet de porter le topique sur les parties malades.
Nous avons remarqué que l'insufflation produisait des quintes de toux assez pénibles, qui peuvent cependant être très utiles.
Tannin. — Arétée prescrivait la noix de galle en insufflations et en collutoires ; or, le tannin n'est que le principe actif de la noix de galle. Nous recommandons les collutoires au tannin. Nous avons vu aussi souvent Gillette, médecin de l'hôpital des Enfants, employer une solution de tannin dans l'alcool concentré.
Pour que la médication soit plus puissante encore, M. Trousseau recommande d'alterner les insufflations de poudre d'alun avec celle de tannin, celle-ci à la dose de hO à 50 centigrammes.
C'est cette méthode renouvelée d'Arétée que Loiseau (de Montmartre) a prônée dans ces dernières années, méthode que nous apprécierons à propos du cathé-
TRAITEMENT DU CliOUP. hl
térisme du larynx (voyez plus loin). M. Loiseau,au moyen d'applications répétées de tannin et d'alun, affirmait avoir guéri 99 angines couenneuses sur 100, toutes en moins de quatre jours, chiffre de guérisons véritablement fabuleux! Il citait à l'appui de sa méthode les faits observés par M. Trousseau en 183(5, lors de la mission dont il fut chargé dans le centre de la France.
Mais M. Trousseau est venu réfuter (1) immédiatement les assertions de Loiseau, en faisant remarquer qu'il n'avait jamais guéri les angines diphthéritiques en si peu de temps, et que tous les succès obtenus si promptement devaient être rapportés à des faits d'angine couenneuse simple ou d'angine herpétique.
Le borax, le calomel, ont aussi été employés comme topiques. Bretonneau recommande beaucoup la poudre de calomel, qui nous a rendu des services incontestables dans quelques cas de diphthérite cutanée.
Iode. — La teinture d'iode a été préconisée par M. Perron (d'Alexandrie) et M. Zurkowski. Ces médecins employaient l'iode pur comme topique, et les gargarismes iodés. Le docteur Perron a noté que ce moyen était excessivement douloureux pour les malades; mais nous devons dire que M. Boinet a protesté contre cette assertion, et, se fondant sur de nombreuses expériences qu'il a faites, il assure que l'application de la teinture d'iode sur les muqueuses ne détermine que peu de douleur.
M. Forget a aussi proposé l'iode dans la diphthérite, mais dans un autre but; il donne ce médicament à l'intérieur pour combattre la septicité dont s'accompagne la diphthérite.
(1) Lettre de M. Trousseau {Union médicale, 1860).
TllAITIÎMIiNT DU CROUP.
Porchlorurc de A'r. — L'aclioii topique aslringeiile de ce sel l'a fait employer dans le Irailement de 'l'angine couenneuse, mais en même temps on l'a donné à l'intér riem- comme tonique, et quelques médecins ont cru y voir un véritable spécifique de la diphthérite.
Comme topique, l'action de ce médicament sur les fausses membranes a été expérimenlée par M. Gigot (dé Levroux), qui a obtenu les résultats suivants :
Une pseudo-membrane fraîche ou conservée dans l'air cool, mise en contact avec cet agent, diminue de volume et se trouve en quelque sorte momifiée. D'un autre côté, en versant quelques gouttes de perchlorure de fer sur une portion de couenne préalablement dissoute dans une solution concentrée de bicarbonate de soude ou d'iodure de potassium, on voit que la matière albumineuse résultant de la dissolution de la fausse membrane se coagule à la manière du liquide sanguin traité par le même agent.
Le perchlorure de fer apphqué sur la muqueu.se du pharynx et les concrétions diphthéritiques, au moyen d'une éponge, donne les effets suivants :
Le premier effet de l'apphcation est l'expulsion immédiate de mucosités qui, coagulées par le perchlorure de fer, sont expectorées par le malade ou restent fixées an pinceau. Les pseudo-membranes minces et peu adhérentes à la muqueuse se détachent aussi immédiatement. Les plus adhérentes ne sont enlevées que par petits fragments semblables à des morceaux de chair musculaire macérés dans l'eau.
Outre son action énergique sur les pseudo-membranes et les mucosités, le perchlorure resserre encore les tissus subjacents, et peut empêcher ainsi de nouvelles exsudations couenneuses. Le filtre organique à travers lequel