Cantani, le Diabète sucré. Trad. fr. par Charvet
dant trois mois au moins ; on revient ensuite progressivement et avec prudence à une alimentation moins exclusive.
Le régime de Cantani est certainement très rationnel ; en supprimant complètement les féculents et le sucre, on prive le foie de toute substance capable de produire du glycogène en excès et Cantankpense que l’hypersécrétion du foie doit arriver ainsi, faute d’aliments, à s’atténuer et à disparaître. Les matières albuminoïdes doivent servir à compenser les dépenses exagérées que crée le diabète. Les graisses sont destinées à remplacer les matières amylacées dans les combustions hydrocarburées dont l’organisme ne saurait se passer.
Mais, sans parler de l’impossibité pratique d’obtenir le consentement des malades, sans parler du dégoût et des troubles gastro-intestinaux auxquels conduit nécessairement-l’usage prolongé d’une semblable alimentation, le régime carné exclusif est-il sans dangers? Il diminue la glycosurie, cela n’est pas contestable, mais il expose le diabétique aux accidents de l’acétonémie. y^Ebstein en 1881 a signalé le fait à l’occasion d’un de ses malades qui avait été pris de coma diabétique au moment où on le soumettait au régime de la viande ; les phénomènes graves se modifièrent sous l’action d’un régime mixte. Ebstein supposait que l’abus des matières azotées détermine la nécrose de l’épithélium rénal, qui, d’après lui, favorise l’intoxication. Dans un second tra-
vail, il insiste sur ce fait qu’en prescrivant le régime carné il faut noter avec soin la présence ou l’augmentation de la réaction diacéturique de l’urine (coloration rouge par le perchlorure de fer) 1 .
En môme temps, Jœnicke concluait de l’observation de trois diabétiques de la clinique de Biermer que le régime exclusif de la viande est une cause de production exagérée d’acide diacétique dans l’urine 3 .
Rosenfeld, Gaplikc, Bond et Windle ont constaté de même que, sous l’influence de la diète carnée, on voit apparaître dans l’urine les réactions que donnent l’acide diacétique et l’acétone.
Les recherches d’Auerbach tendent à la même conclusion, en montrant qu’un régime trop azoté augmente l’acidité des liquides organiques ou plutôt en diminue l’alcalinité, et la diminution de l’alcalinité du sang est une des caractéristiques du coma diabétique.
L’exclusivisme de Gantani est donc inadmissible; pour notre part, même avec une glycosurie considérable, nous ne prescrivons jamais une alimentation aussi absolue. Nous ne dirons pas avec Pavy que, si le diabète non traité aboutit à la phtisie, le diabète traité aboutit à l'acétonémie, mais nous dirons que le diabétique trop traité est exposé à des accidents aussi graves que le diabétique trop négligent. En règle