‹ Traitement du diabète sucréChapitre 16 sur 39 · II. — Antidiabétiques incomplets · texte numérisé non relu

II. — Antidiabétiques incomplets

Si le nombre des antidiabétiques parfaits se restreint aux trois groupes de substances que nous venons ,

de passer en revue, les médicaments que nous appelons antidiabétiques incomplets sont au contraire innombrables. Toute substance qui a paru capable de modifier ou d’atténuer quelqu’un des symptômes cardinaux du diabète, et en particulier la glycosurie et la polyurie, a été essayée, vantée, recommandée, et a trouvé des partisans plus ou moins enthousiastes.

Pour certains, diminuer la quantité d’urine ou de sucre éliminée par les reins semble être toute la question à résoudre ; on s’imagine ainsi améliorer ou guérir le diabétique parce qu’on aura abaissé à 2 litres ou 1 litre 1/2 la proportion d’eau ou qu’on aura supprimé la glycosurie.

Sans doute cette diminution de la polyurie, cette disparition du sucre, sont des effets qu’on est en droit de chercher et d’attendre d’uue médication bien dirigée. Mais encore faut-il tenir compte des conditions dans lesquelles ce résultat est obtenu. On ne fait pas attention que la polyurie et la glycosurie ne sont que des signes d’une perversion morbide, d’un trouble général de l’organisme, .et que faire disparaître ces signes sans en modifier la cause réelle, c’est poursuivre un but illusoire et peut-être dangereux. ,

Il est admissible, certainement, qu’en présence d’une polyurie excessive et qui fatigue le malade, on cherche à en restreindre l’abondance ; mais s’attacher uniquement à faire baisser la proportion d’urine pour dimi-

nuer la glycosurie, et surtout supprimer brusquement l’excrétion du sucre sans être certain qu’on en arrête la formation, c’est exposer le malade à des accidents graves dont les antidiabétiques incomplets doivent être souvent et justement rendus responsables.

Il convient donc d’opposer en tous points cette deuxième classe de médicaments à la première. Non seulement les substances qui entrent dans ce groupe n’ont pas l’action directe des antidiabétiques complets sur l’évolution intime du processus diabétique, et par suite n’ont aucune utilité réelle, mais encore ils peuvent, par un emploi inopportun, devenir une source de complications et d’accidents sérieux, sans compter ceux qui, comme le jaborandi et la digitale, doivent être tenus pour des moyens toujours et radicalement dangereux.

Nous réunissons donc sous le nom d’antidiabétiques incomplets les médicaments qui possèdent ou auxquels on a supposé la propriété d’atténuer ou de supprimer un des symptômes caractéristiques du diabète, la soif, la polyurie, la glycosurie, sans posséder en même temps une action certaine sur la cause même de ces symptômes, c’est-à-dire sur la formation en excès du sucre.

Ces médicaments peuvent rendre des services dans certains cas; c’est pourquoi il est bon de les connaître; mais il faut toujours les manier avec prudence, et avoir

soin d’en surveiller de très près l’administration.

On peut les diviser'en deux grandes classes :

1° Ceux qui modifient la glycosurie;

2° Ceux qui modifient la polyurie.

A. — Modificateurs de la glycosurie. — L’introduction d’une nouvelle substance dans la thérapeutique du diabète repose toujours sur une idée théorique. On peut se proposer théoriquement de modifier la glycosurie, soit en entravant la fonction du glycogène ou du sucre, soit en facilitant la destruction du glycose formé, soit en favorisant l’élimination du sucre par d’autres émonctoires que le rein.

Chacune de ces idées peut servir à catégoriser un groupe de médicaments. La première, qui dérive de la théorie de Pavy sur l’existence d’un ferment morbide, cause de la formation du sucre, a conduit à préconiser les antizymotiques dans le traitement du diabète. La créosote, l’acide phénique et l’acide salicylique, la teinture d’iode, l’iodoforme, le chloral peuvent être rangés sous cette étiquette.

La créosote a été employée dès 1834 par Berndt, qui note même la guérison d’un cas de diabète par cette médication. Bouchardat déclare qu’il s’en est servi dans quelques rares occasions, mais sans succès. Griesinger a èssayé aussi de l’utiliser. Depuis lors, la créosote n’a guère été expérimentée dans le diabète. Il y aurait lieu peut-être d’essayer de nouveau les injec-

tions sous-cutanées d’huile créosotée. Ces injections, en tout cas, nous paraissent rationnellement indiquées chez les diabétiques cachectisés et menacés ou atteints de phtisie pulmonaire.

Les acides phénique et salicylique ont été, dans ces dix dernières années, l’objet de tentatives plus nombreuses entre les mains de Cruppi, de Furbringer, de Fischer, d’Ebstein, de Peters, de Renzi, de Caplick.

Pour l’acide salicylique, on n’a pas tardé à lui substituer le salicylate de soude, et nous avons vu que c’est comme sel de soude, comme alcalin, qu’il agit contre le diabète bien plutôt que comme antizymotique.

L’acide phénique à la dose de 0,30 à 1 gr. 50 par jour ferait, d’après Furbringer, diminuer et même parfois disparaître la glycosurie en quelques jours. Cet effet persiste tant qu’on continue l’usage du médicament; mais il suffit de le suspendre pour voir, dès le lendemain, reparaître la glycosurie aussi intense, plus intense même qu’avant son administration. Or, il est impossible de continuer longtemps l’usage de l’acide phénique qui ne tarde pas à provoquer des troubles gastriques. Frerichs pense même que la disparition du sucre tient uniquement à cette influence nuisible du phénol sur l’estomac. Le catarrhe gastrique qui résulte de l’ingestion de cet acide diminue promptement l’ab-

sorption et par suite l’apport au foie des substances destinées à la transformation glycogénique.

Nous ne serons pas aussi absolu que Frerichs; les troubles gastriques ne surviennent qu’au bout d’un certain temps, et la glycosurie diminue sous l’influence de l’acide phénique dès le troisième ou le quatrième jour. Il semble donc bien que le phénol ait une action directe sur la glycosurie, et cette action, on peut l’utiliser passagèrement, quand, par exemple, à l’occasion d une intervention chirurgicale, on veut obtenir une diminution rapide de la glycosurie.

Mais il est impossible d’en prolonger l’usage, en raison de l’irritation gastrique qui en est la conséquence nécessaire. L’acide phénique est un médicament dangereux, utilisable seulement d’une manière toute temporaire.

Nous en dirons autant de l’iode, soit sous forme de teinture, soit à l’état d’iodoforme.

Ala dose de vingtàtrentegouttesde teinture d’iode par jour, Seegen a fait disparaître rapidement le sucre de l’urine chez trois diabétiques. Mais, à dépareilles doses, la teinture d’iode n’est pas tolérée longtemps par l’estomac. On peut être certain de voir apparaître des désordres gastro-intestinaux, qui d’ailleurs n’ont pas manqué chez un des malades de Seegen.

Même objection pour Viodoforme, dont Moleschott, Posz, Frerichs, ont obtenu de bons résultats aux doses

de O, gr. 20 à 0, gr. 40par jour. Moleschott prescrit l’iodoforme en pilules sous la forme suivante :

Iodofor me.• ... 1 gramme.

Extrait de laitue.... • • 1 —

Goumarine... 0 gr. 10

pour dix pilules.

Dans les cas légers, ce traitement a fait disparaître le sucre complètement; dans les cas graves, il en a diminué la quantité. Mais la glycosurie reparaît au même taux qu’avant, dès qu’on suspend l’usage du médicament.

D’après Posz, cet usage ne peut être continué au delà dê huit à quinze jours; il a vu, en effet, des accidents sérieux se développer si on insiste trop longtemps, salivation, diarrhée, tremblement, parésie. Maragliano est absolument opposé à l’emploi de l’iodoforme chez les diabétiques; il regarde l’iode comme tout à fait inutile et souvent dangereux.

Nous conseillons l’iodoforme dans les mêmes conditions que l’acide phénique. Il fait baisser la glycosurie d’une manière rapide ; mais il est impossible d’en continuer l’usage. C’est donc un moyen temporaire d’agir sur la glycosurie; ce n’est pas une médication.

Quant au chloral, les recherches d'Eckhardt sur son action dans le diabète expérimental du chien ont engagé à l’essayer chez l’homme. Il fait disparaître le sucre de l’urine des animaux dont on a piqué le quatrième ven-

104 traitement du diabète sucré tricule. Mais, d’après Frerichs, qui l’a donné souvent et parfois pendant longtemps, on ne peut lui reconnaître aucune efficacité réelle.

U faut ranger parmi les antizymotiques les sulfites, préconisés en Italie contre le diabète; le sulfite de soude, administré à la dose de 4 grammes par jour, aurait, au bout d’un mois, amené la guérison complète d’un diabétique traité par Mancini. Mais il faut dire que ce résultat si encourageant n’a plus été obtenu depuis lors. D’ailleurs, si le sulfite de soude a une action favorable contre le diabète, c’est, à notre avis, comme le salicylate de soude, à sa qualité d’alcalin et non à ses propriétés antizymotiques qu’il la doit.

On peut de même regarder comme un antizymotique - le syzigium jambolanum ou jambul, qu’on a vanté, bien a tort d’ailleurs, il y a quelques années, comme un véritable spécifique du diabète. Le jambolanum est un arbre de la famille des myrtacées, qui croît dans l’Inde.

G est l’extrait de ses graines qu’on emploie. D’après Hillebrandt, cet extrait entrave l’action des divers ferments animaux et végétaux. Il entrave aussi l’action des diastases et des ferments saccharifiants de la salive, du pancréas. Donné à la dose de 2 à 3 grammes, l’extrait de jambul a produit de bons elTets entre les mains de certains auteurs. D’autres n’ont rien obtenu. Chez trois diabétiques, Posner et Epenstein ont noté une légère amélioration des phénomènes subjectifs accusés

par des malades. Nous n’avons obtenu autre chose avec ce médicament que des troubles digestifs.

Ï1 n’y a donc à retenir de ces prétendus antizymotiques que leur action nuisible sur les fonctions de l’estomac. On peut, dans quelques cas, utiliser l’iodoforme d’une manière passagère, mais il faut se garder d’en prolonger l’usage.

En sens inverse, on a administré certains ferments dans l’espérance probable de faciliter la destruction du sucre, Gray, la présure-, Pavy, Richter, Bennett, la pepsine ; Bird, Herepath, Baudrimont, ont fait prendre de la levure de bière à des diabétiques, à des doses croissantes de 0, gr. 20, 0, gr. S0 et jusqu’à 2 grammes par jour; Ruckoldt a essayé le thymus de veau.

Ces tentatives anciennes sont à rapprocher des essais plus récents inspirés par les expériences de Mering et de Minkowski et dans lesquels on a donné le pancréas en nature ou fait des injections d’extrait de cet organe, préparé suivant la méthode de Brown-Sequard.

Au reste, pas plus les anciennes que les nouvelles, ces tentatives n’ont donné le moindre résultat. Quant à la levure de bière, dans deux des cas où elle a été prescrite, le diabète s’est terminé rapidement par la mort. Pour les autres, où les conséquences ont été moins graves, Pavy déclare qu’on ne saurait en continuer longtemps l’usage, « parce qu’elle provoque dans l’estomac la formation exagérée de gaz, et que, suivant la propre

expression des malades, ils croient qu’ils vont éclater ».

Les anti-diabétiques incomplets qui ont la prétention d’exagérer les combustions du diabétique, sont-ils plus efficaces ? On a conseillé les inhalations d’oxygène, les bains d’air comprimé, le peroxyde d’hydrogène, les préparations de chlorate et de permanganate de potasse.

Griesinger, Birch, Demarquay, Bérenger-Féraud, ont expérimenté les inhalations d’oxygène, avec des résultats plus ou moins satisfaisants. Griesinger déclare qu il n a obtenu aucun effet appréciable. Jamais nous n’avons vu baisser la glycosurie sous l’influence des inhalations d’oxygène.

Nous ne pouvons rien dire de l’eau oxygénée, que divers auteurs anglais ont donné à la dose de 2 grammes trois fois par jour. Il est peu probable que les résultats soient meilleurs.

Sampson, en 1853, a essayé le chlorate et le permanganate dépotasse. Les effets du chlorate de potasse furent nuis. Le permanganate de potasse, à la dose de 5 à 15 centigrammes, en solution dans trois à quatre cuillerées d eau, pris trois fois par jour un peu avant le repas, diminuerait la polyurie, calmerait rapidement la soif et modifierait avantageusement les troubles dyspeptiques. Masoin, en 1882, a vanté de nouveau le permanganate.

Il y a peu de fond à faire sur ce genre de médicaments. Car même en supposant qu’ils augmentent la quantité d oxygène introduit dans l’organisme, ils ne

peuvent faire que cet oxygène soit absorbé et serve à brûler le sucre, lieynoso, l’inventeur de la théorie respiratoire du diabète, proteste lui-même contre l’emploi des inhalations d’oxygène, en s’appuyant sur le fait démontré par Régnault et Reiset, que la respiration des animaux dans une atmosphère renfermant deux à trois fois plus d’oxygène que l’air normal, ne présente aucune différence avec celle qui s’exécute dans l’atmosphère terrestre.

Pettenkofer et Voit ont démontré de leur côté que le diabète met le malade dans l’impuissance d’augmenter la quantité d’oxygène absorbé. .

On ne peut, d’ailleurs, et nous nous sommes longuement étendu sur ce sujet dans notre Traité de la goutte (p. 515 et suiv.), faire pénétrer à volonté de l’oxygène dans le sang. Si parfois il y a chez l’être vivant sursaturation du sang par l’oxygène, cetté sursaturation n’est que la conséquence de l’excès de travail de dissociation qui se passe dans les tissus. L’oxygène répond à l’appel que lui fait l’économie, et cet appel n’a lieu qu’en raison directe de l’intensité de ce travail. L’oxygène participe à la formation des éléments nouveaux résultant de ces dissociations exagérées, mais il ne saurait les provoquer. Quelle que soit la quantité d’oxygène inhalé, on ne voit jamais augmenter la quantité d’eau, d’acide carbonique ou d’acide lactique.

Donc, ni théoriquement, ni pratiquement, il n’y a

lieu de faire intervenir les substances oxydantes comme des modificateurs de la glycosurie.

Reste le troisième groupe, basé sur l’idée de favoriser l’élimination du sucre par d’autres voies que le rein. Goolden a conseillé les bains turcs et Swinhoe les bains de vapeur sèche. Ce sont des moyens dangereux à employer chez les diabétiques, dont on risque d’exagérer ainsi la dénutrition d’une façon inquiétante.

Le jaborandi a trouvé des partisans dans Pepper et Wendelschmidt, et les injections sous-cutanées de pilocarpine sont recommandées par Glax et surtout par Hofifer. Mais tandis que Hoffer célèbre l’action merveilleuse de la pilocarpine, qui ferait baisser le chiffre du sucre et de l’urée et la quantité des urines, tout en favorisant le retour de l’embonpoint, ce qui en ferait un antidiabétique complet, Furbringer lui refuse absolument toutes ces propriétés. Pour Furbringer la pilocarpine n’a qu’une action à peine appréciable sur la glycosurie. Elle diminue, il est vrai, la polyurie, mais en déterminant la diarrhée. Hoffer explique les résultats défavorables obtenus par Furbringer, par l’emploi de doses trop élevées ou trop répétées.

Nous avons essayé la pilocarpine en injections hypodermiques, mais nous n’avons jamais remarqué que des effets insignifiants. La pilocarpine diminue sans doute la quantité des urines, mais n’atténue pas la glycosurie. Cette diminution des urines nous paraît

pharmaceutique du diabète 109

plutôt nuisible. Il résulte des recherches mêmes de Hoffer que la sueur ne contient pas de sucre. Furbringer a constaté que la salive n’en renferme pas davantage et que la sueur n’en contenait que des traces chez le malade qu’il a traité. Sans parler du malaise général que provoque la pilocarpine, l’action éliminatnce recherchée n’est donc pas obtenue. Il devient donc par suite dangereux de supprimer ou de diminuer la sécrétion rénale pour la remplacer par une autre sécrétion qui n’élimine que des traces de la substance qu’on veut dériver sur une autre voie.

En somme, on le voit, il n’y a rien à attendre que des mécomptes ou des accidents des divers antidiabétiques incomplets dont la prétendue action s’exercerait sur la glycosurie. Ceux qui agissent sur la polyurie ne sont guère plus recommandables.

B. — Modificateurs de la polyurie. — Par analogie, les médicaments qui réussissent contre le diabète insipide, l’ergot de seigle, la valériane, l’antipyrine, la belladone, ont été expérimentés dans le diabète sucré.

Hasse, chez deux diabétiques, a vu le seigle ergoté, à la dose de 50 centigrammes, diminuer la quantité et faire baisser le poids spécifique de l’urine en même temps que s’amendaient tous les autres symptômes du diabète. Barr et Pepper ont obtenu des résultats analogues avec l’ergotine ; ils ont même vu leurs malades reprendre de l’embonpoint. Tiedmann croit également

a l’action favorable de l’ergotine dans le traitement du diabète sucré.

Nous ne reconnaissons à l’ergot de seigle et à l’ergotine d’autre utilité que celle de diminuer la polyurie. On peut les prescrire momentanément dans le cas où ce symptôme prédomine d’une façon gênante sans être en rapport avec une glycosurie abondante. Mais, par le fait même que l’usage de ces médicaments ne peut être prolongé quelque' temps sans préjudice pour l’estomac, ils doivent être tenus pour incapables de modifier une maladie comme le diabète sucré qui réclame une médication continue et persévérante.

La belladone agit de même sur la polyurie et calme la soif, mais elle n’a pas d’influence sur la glycosurie Dans la proportion de 2 centigrammes d’extrait de belladone pour 4 centigrammes d’extrait thébaïque elle a donné de bons résultats à Villemin, qui, dans un cas de diabète grave chez un jeune soldat, a obtenu la guérison à l’aide de cette médication. Mais, dans ce résultat, la part la plus importante ne revient-elle pas à l’opium?

De ces modificateurs de la polyurie, la valériane nous semble posséder l’action la plus utile. On pourrait même la regarder comme un antidiabétique complet si cette action était moins incertaine et moins passagère. D’après les recherches de Bouchard, la valériane à dose massive ralentit la combustion des substances '

hydrocarbonéés et diminue ainsi la polyurie et la soif. Get auteur donne l’extrait de valériane à la dose de 8 grammes par jour et pousse jusqu’aux doses quotidiennes de 20 et 30 grammes.

Mais de semblables doses ne peuvent être maintenues quelque temps qu’au prix de troubles digestifs plus ou moins marqués qui obligent à en suspendre l’usage, et la polyurie avec ses conséquences reparaît immédiatement.

D’après notre expérience, il vaut mieux donner la valériane à dose modérée, 30 à 60 centigrammes d’extrait par jour; à cette dose, l’action sur la polyurie est peu prononcée ; mais l’emploi du médicament peut être prolongé suffisamment pour qu’on puisse maintenir les deux effets qui se produisent dans ces conditions, c’està-dire la diminution du sucre et de l’azoturie.

C’est dans le diabète accompagné de troubles nerveux qu’on obtiendra les meilleurs effets de l’usage de la valériane.

h’antipyrine est à placer sur le même rang que la valériane. D’après G. Sée, les diabétiques dont la glycosurie ne dépasse pas 80 à 100 grammes par litre, guériraient souvent complètement par l’emploi de ce médicament. En revanche, les effets seraient nulê chez les diabétiques fortement glycosuriques, au-dessus de 200 grammes par litre, et chez les diabétiques phtisiques. D’après Dujardin-Beaumetz, l’antipyrine est

aussi absolument inefficace dans le diabète grave.

Robin insiste sur ce fait que l’antipyrine ne doit pas être un médicament d’habitude. On doit la donner pendant 8 à 12 jours au plus. Ce temps écoulé, il faut en suspendre l’usage dont la prolongation pourrait provoquer une albuminurie, transitoire il est vrai, mais pouvant déterminer un nouveau trouble de la nutrition. L’antipyrine doit être cessée dès que l’urine contient la moindre trace d’albumine.

Nous n’avons jamais vu de guérison du diabète par l’antipyrine, mais nous avons observé des améliorations aussi nettes qu’avec les alcalins et les opiacés. Tous les symptômes du diabète s’atténuent en même temps que la glycosurie etl’azoturie diminuent. Comme la valériane, l’antipyrine pourrait être rangée parmi lesantidiabétiques complets, si son action était plus persistante. Mais on ne peut en continuer longtemps l’usage pour deux raisons : d’abord parce qu’elle détermine à la longue une albuminurie plus ou moins abondante; ensuite parce qu’elle provoque des gastralgies et des troubles digestifs plus ou moins précoces suivant les sujets.

Nous donnons l’antipyrine à la dose de 3 à 4 grammes par jour concurremment avec les alcalins et le bicarbonate de soude; elle agit, à notre avis, dans le même sens que l’opium, la valériane ou le bromure de potassium. On peut en alterner l’usage avec celui de

ces trois médicaments, en ayant soin de ne pas la prescrire pendant plus de 8 à 10 jours.

Les substances de la même série, exalgine, phénacétine, antifébrine, feraient aussi, comme l’antipyrine, baisser la glycosurie, d’après Dujardin-Beaumetz. Mais leurs inconvénients sont encore plus rapides et plus graves que ceux de l’antipyrine.

Furbringer a expérimenté la digitale dans le traitement du diabète : il a constaté qu’à faible dose, la digitale augmente l’élimination du sucre et de l’urine, mais qu’à forte dose, elle la diminue.

Y a-t-il là une indication à l’emploi de la digitale chez les diabétiques? Pas la moindre, à notre avis. D’abord, ni l’estomac ni l’organisme ne peuvent tolérer longtemps de fortes doses de digitale; des troubles digestifs et toxiques ne tardent pas à se produire. Et il est bien probable que la diminution de la glycosurie et de l’azoturie constatée par Furbringer ne tient pas à d’autres causes.

En outre, la digitale eût-elle une action directe sur le diabète qu’il ne faudrait pas moins la considérer comme un médicament dangereux chez les diabétiques, dont le cœur est si souvent surchargé de graisse. En excitant à contre-temps les contractions d’un cœur menacé souvent d’impuissance, on a toujours à redouter les conséquences de l’action digitalique sur les cœurs dégénérés et les accidents du collapsus cardiaque.

La digitale n’a d’autre indication dans le diabète que celles qu’on lui reconnaît dans toute autre maladie. C’est l’état du cœur et de la sécrétion urinaire qui doit guider le médecin. Quand il se produit de l’oligurie et de l'anurie, et que la persistance de cette anurie peut faire redouter les accidents cérébraux résultant d’une véritable intoxication glycémique, la digitale peut être prescrite avec avantage, et même encore dans ces cas, en raison de l’asthénie cardiaque, c’est plutôt la caféine qu’il faut choisir de préférence.

Il reste entendu' que chez les diabétiques cardiaques, atteints de cette endocardite que nous avons signalée en 1881, la digitale doit être maniée suivant les mêmes règles qui président à son administration dans toute maladie du cœur.

Bien d’autres substances ont encore été employées contre le diabète. Il nous paraît inutile d’insister sur ces faits. On a donné le copahu et la térébenthine (Schonlein) ; le cubèbe (Baumgmarten) ; le baume du Pérou (Van T Nees); le camphre (Hasse, Dzoudi, Richter) ; on a essayé la teinture de cantharides (Morgan, Brisbane, Wrisberg, Schonlein); l’urée (Lulk, Rochoux); le colchique (Willis, Pulchelt); les acides nitrique, sulfurique, chlorhydrique, phosphorique (Fraser, Martin Solon, Griesinger, Thornby) ; lé tanin (Jarock), et l’alun (Dower, Selles, Dreysig) ;- la santonine (Séjournet); le sulfure de cuivre ammoniacal (Berndt et Franck) ; etc., etc.

Qu’on remarque bien que chacune de ces substances hétéroclites compte à son actif des guérisons ou du moins, des améliorations. Ce qui nous paraît prouver au moins une chose, c’est l’inutilité des médicaments dans un grand nombre de cas de diabète.

Page 1