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III. — Médicaments adjuvants

L’épuisement et la cachexie sont les deux termes auxquels aboutit nécessairement tout diabète abandonné à lui-même. Tant que l’hyperglycogénie ne s’exerce qu’aux dépens des substances ingérées, tant que l’intégrité des fonctions digestives maintient l’équilibre alimentaire, ces deux conséquences ne sont pas à redouter. Mais à la longue, et on peut dire d’emblée dans les formes graves, la tendance à la transformation sucrée porte non seulement sur les aliments, mais aussi sur les éléments mêmes de l’organisme qui, ne réparant plus ses pertes, ne peut plus suffire à cet excès de dépenses. De là une double cause d’épuisement pour le diabétique qui n’assimile plus et dépense, pour ainsi dire, ses revenus et son capital.

C’est à ce moment que l’azoturie par hypernutrition fait place à ce que nous appelons l’azpturie de dénutrition et que celle-ci elle-même disparaît pour faire place à l’hypoazoturie, à une baisse de l’urée au-dessous du taux normal.

L’organisme se trouve profondément atteint par l’excès de désassimilation auquel il est soumis et auquel il ne peut plus suffire; tous ses éléments se détériorent; l’amaigrissement passager et remédiable des premières périodes devient continu en s’aggravant et la cachexie finale est imminente.

Dans le traitement du diabète, il ne faut donc pas seulement se proposer pour but de diminuer l’excès de formation du sucre : il faut encore avoir sans cesse devant les yeux la nécessité de prévenir la déchéance générale qu’entraîne cet excès de formation.

C’est à cette indication, non moins capitale que celle des antidiabétiques complets, que répondent les médicaments que nous appelons médicaments adjuvants, et qui peuvent se répartir en trois groupes principaux : les amers, les ferrugineux et les toniques ou reconstituants.

A. Les amers. — Les amers ne trouvent guère leur indication que dans les phases avancées du diabète, au moment où l’inappétence et le dégoût ont remplacé la boulimie du début, ou bien, quand à la suite d’une médication systématique trop longtemps continuée ; la fatigue de l’estomac détermine des troubles digestifs plus ou moins prononcés.

La macération de quassia amara, le vin de gentiane ou de Colombo, les gouttes amères de Baumé, la noix vomique en teinture, en poudre ou en extrait, sont

alors des stimulants gastriques et généraux qu’il est utile d’associer au fer et au quinquina.

Dickinson a recommandé la strychnine, non contre le diabète même, puisqu’il reconnaît que la strychnine n’a aucune action sur la glycosurie, mais contre l’état de faiblesse causé par le diabète. On l’emploiera, dit-il, avec avantage, associé à l’huile de foie de morue et au fer, à une période avancée du diabète, pour remonter les forces du malade et combattre la constipation dont il est souvent affecté.

Frerichs, toujours sceptique, déclare que la strychnine ne mérite aucune mention favorable. Comme antidiabétique, nous souscrivons àcejugement; mais, comme stimulant stomachique, nous pensons que la strychnine peut être utilisée contre les troubles dyspeptiques si communs dans le diabète arrivé à la période de cachexie, surtout lorsque ces troubles se compliquent de dilatation stomacale.

B. Les ferrugineux. —- Le fer ne guérit pas le diabète, comme le croyaient les premiers auteurs qui en ont indiqué l’importance chez les glycosuriques, mais, comme médicament adjuvant, il est aussi nécessaire et doit être aussi fréquemment prescrit que l’opium, les alcalins et l’arsenic, dans le traitement du diabète.

Marshal, par l’usage persévérant du perchlorure de fer, dit avoir guéri un diabétique en dix'semaines ; Peacock rapporte trois cas de guérison par l’association

du fer à l’opium. Griffith et Fraser conseillaient une mixture composée de sulfate de fer, de carbonate de soude et de myrrhe ; Smith et Venable préconisaient aussi le sulfate de fer. Howard, Gombette, Martin Solon, Burquet, vantèrent le protoiodure de fer et signalèrent la rapide amélioration qui suit l’emploi de ce composé. Bouchardat préfère le fer réduit par l’hydrogène, 10 à 50 centigrammes par jour ; il emploie aussi le carbonate de fer aux mêmes doses.

Depuis lors, une foule d’autres préparations ferrugineuses ont été introduites dans la thérapeutique. Nous n’avons à cet égard aucune préférence; toute préparation ferrugineuse nous semble bonne. Celles que nous prescrivons le plus souvent sont les pilules de Vallet, de Blancart, de Rabuteau, les pilules hématiques de Duroy, les solutions de phosphate de fer de Leroy, l’albuminate de fer de Laprade, le tartrate ferrico-potassique. Parfois, nous conseillons le fer à l’état de sous-carbonate, mélangé à la rhubarbe sous forme de poudre, ou associé à la rhubarbe et au quinquina sous forme de pilules.

Nous n’attendons pas que le diabète soit arrivé à la cachexie pour faire prendre du fer à nos malades : nous le donnons à toutes les périodes de la maladie, le faisant alterner avec les préparations alcalines, parfois le donnant concurremment avec les alcalins et l'opium.

Les eaux ferrugineuses aux repas et les cures

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annuelles d’eaux ferrugineuses sont encore des procédés d’administration du fer que nous employons habituellement.

Mais l'indication du fer est surtout formelle quand le diabète tend à la chronicité, quand les forces du malade commencent à baisser et que l’examen de l’urine montre une diminution de l’azoturie, en même temps que la quantité de sucre éliminée dans l’urine du jeûne tend à égaler celle de l’urine de la digestion. Dans ces cas, les préparations ferrugineuses associées aux toniques doivent faire la base de la médication.

C. Les toniques et les reconstituants. — Le quinquina, le sulfate de quinine, l’huile de foie de morue, sont les trois principaux médicaments de cet ordre ù prescrire aux diabétiques.

Le quinquina doit être donné comme le fer et dans les mêmes conditions. Nous ne croyons pas que cette substance, pas plus que le fer, possède une action directe sur le processus diabétique, et en cela nous partageons l’opinion de Gantani, de Furbringer et de Barr. Mais, à l’égal du fer, le quinquina stimule l’action nutritive des organes et excite les échanges et les phénomènes de dissociation cellulaire. La fibre musculaire reprend son énergie; ses contractions deviennent plus puissantes et les combustions qui résultent de ces contractions, se trouvent activées. D’où une destruction plus grande du sucre accumulé dans l’organisme,

et par là même une diminution de la glycosurie.

Bien que le quinquina ne puisse être regardé comm e un antidiabétique vrai, son action tonique aboutit en fait indirectement à des effets analogues, et, tout en combattant l’asthénie et l’épuisement des diabétiques, il diminue en même temps la proportion de sucre dans les urines.

II peut être prescrit sous forme d’extrait mou, à la dose de 1 à 2 grammes par jour, ordinairement à l’heure des repas, ou bien sous forme de vin, un à deux verres à bordeaux par jour. Parfois, nous ajoutons à chaque verre quelques gouttes de perchlorure de fer, et, bien que ce mélange donne lieu à une préparation insoluble, nous en avons obtenu de bons résultats.

Au même titre que le quinquina, on peut donner le sulfate de quinine. Certains auteurs ont voulu faire du sulfate de quinine un véritable antidiabétique. Blumenthal, d’après l’observation d’un seul cas, il est vrai, avance que la quinine, aidée de la diète carnée peut faire disparaître une glycosurie qui résiste à la suppression des féculents, et que son usage continué avec persévérance empêche la réapparition du sucre, malgré le retour à une alimentation mixte. Semmola a soutenu une opinion analogue. Dans ces dernières années, Worms a vanté de nouveau l’usage continu de la quinine. A la dose de 40 céntigrammes en deux fois, pendant une vingtaine de jours', il a obtenu une tolérance

l'HARMACEÜTIQUE DU DIABÈTE

parfaite, et sans le secours du régime une diminution marquée de la glycosurie.

Par contre, Cantani déclare que le sulfate de quinine n’â aucune action sur la glycosurie persistante de certains diabétiques soumis depuis plusieurs mois à la diète carnée, et que, dans deux cas même il a vu, sous ■ l'influence de ce médicament, le sucre et la polyurie 'augmenter.

D’après Frerichs, la quinine atténue certains symptômes concomitants, céphalalgie, névralgies, etc. ; mais il n’en a jamais obtenu d’amélioration positive du diabète même.

Nous donnons le sulfate de quinine à la dose de 30 à 50 centigrammes par jour, pendant huit à quinze jours, soit en place du quinquina,. soit dans les cas de diabète compliqué de manifestations névralgiques. Nous avons souvent constaté une diminution notable de la glycosurie dans ces conditions; dans plusieurs cas, la quantité de sucre est tombée de 50 et 60 grammes 0/00, à 30 ou 35 grammes.

Ces résultats nous portent à nous ranger de l’avis de Blumentbal et de Worms, et nous pensons que, même en dehors de toute complication nerveuse et de tout état d’épuisement, il y aurait peut-être avantage à prescrire le sulfate de quinine dans le diabète, en l’associant à l’opium ou aux alcalins.

Nous n’insisterons pas sur Yhuile de foie de morue,

recommandée par Frank et par Babington. Ses propriétés reconstituantes sont suffisamment connues. En outre, en tant qu’huile, elle permet d’augmenter la ration de graisse des diabétiques et nous avons déjà indiqué l’importance d’un excès de corps gras dans l’alimentation de ces malades.

C’est ici le lieu de discuter la valeur thérapeutique de la glycérine, que Schultzen a proposé de substituer aux graisses et de donner aux diabétiques comme aliment d’épargne, sous prétexte que la glycérine ne se transforme pas en sucre et qu’elle peut être utilisée directement comme aliment respiratoire. Si la théorie était vraie, la glycérine serait tout indiquée comme reconstituant chez les diabétiques épuisés qui usent leurs tissus à faire du sucre..

Malheureusement, l’idée théorique de Schultzen est erronée. D’après Kulz, Seegen, Senator, la glycérine se transforme en sucre et fournit autant de matière glycogène que la graisse (Salomon). D’après Cantani, elle augmente même la glycosurie plutôt qu’elle ne la diminue. Ustimowitch et Senator estiment même que la glycérine peut devenir dangereuse à forte dose, en raison de ses propriétés toxiques. C’est aussi la conclusion qui ressort des expériences de Dujardin-Beaumetz et d’Audigé.

Cependant, Jacobs et Holst ont observé la prompte disparition du sucre sous l’influence de la glycérine, à

la dose de 25 à 30 grammes par jour, associée, il est

vrai, au régime rationnel. Et Harnack, en donnant jusqu’à 200 et 300 grammes par jour, n’a noté aucun effet nuisible ; il est vrai que, d’après ce dernier, la glycosurie n’est nullement modifiée, mais on obtiendrait une amélioration de l’état général.

Pour nous, tout en n’admettant pas la théorie de Schultzen, nous croyons que la glycérine à dose modérée est un utile adjuvant dans le traitement du diabète. Nous la prescrivons souvent à la dose de trois à quatre cuillerées à soupe par jour ; sans compter que son goût sucré permet de l’employer comme succédané du sucre, pour édulcorer le café ou les boissons, il nous a paru

qu’elle avait l’avantage d’entretenir la liberté du ventre, d’activer la sécrétion biliaire, en même temps qu’elle diminuait la glycosurie et qu’elle empêchait le dépérissement et l’amaigrissement.

A ce titre, la glycérine nous semble nettement indiquée à la période d’épuisement des diabétiques, et pourvu qu’elle ne dégoûte pas le malade et qu’elle ne provoque pas de troubles diarrhéiques, on peut en alterner l’usage avec celui de l’huile de foie de morue.

On peut encore ranger parmi. les reconstituants divers moyens adjuvants qui ont été conseillés avec plus ou moins de raison aux diabétiques, le séjour aux bords de la mer, l’hydrothérapie, les bains ou les douches d’air comprimé, l’électricite.

Nous avons déjà parlé, à propos de 1’hygïène physique, de l’utilité des cures climatériques dans les pays chauds, dans les stations d’hiver. Le séjour au bord de la mer, pendant l’été, n’est pas moins favorable aux diabétiques. Nous avons souvent constaté au retour une diminution de la polyurie et de la glycosurie, une augmentation des forces. La vie au bord de la mer a pour effet de stimuler l’organisme et par suite d’activer les combustions. Sous l’influence de l’air salin et même des bains de mer quand l’état du malade le permet, les différentes fonctions de l’économie s’exécutent avec plus d’énergie, les muscles reprennent de . leur force et l’activité de leurs contractions augmente. Et en traitant de l’exercice physique, nous avons suffifisamment montré que c’est à l’énergie du système musculaire qu’est due la meilleure part de la combustion du sucre, d’où la diminution de la glycosurie.

L air comprimé, en douches ou en bains, n’a pas d autre action. Ce serait une illusion de croire que pour brûler le sucre en plus grande quantité il suffit de faire absorber au malade une plus grande quantité d’oxygène. L’oxygène ne commande pas aux dissociations organiques; il n’est utilisé par l’économie et n’est absorbé qu’en raison même de l’intensité de ce travail de dissociation. Les douches d’air comprimé nous paraissent utiles pour exciter le travail nutritif. Comme Campardon, qui en a préconisé l’usage, nous

pensons qu’elles agissent à la manière du massage. C’est en améliorant l’état général quelles diminuent consécutivement la polyurie et la glycosurie.

h’hydrothérapie répond aux mêmes indications ; c’est comme reconstituant et stimulant que nous la prescrivons avec les précautions sur lesquelles nous avons déjà insisté,

Quant à Y électricité, vantée par Semmola, Lefort, Seidel, nous l’avons souvent employée sous forme de courants continus ou intermittents. Mais pas plus que Kratschmer nous n’en avons jamais obtenu de résultats satisfaisants,

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