I. — Eaux alcalines proprement dites
Ce sont les seules dont l’emploi est généralement vanté dans le traitement du diabète. Vichy, Vais et Carlsbad sont les trois noms qu’on retrouve dans tous les livres classiques. Ces trois eaux sont en effet celles dont l’action antidiabétique s’exerce avec le plus de puissance et de certitude. Mais ce sont en même
temps celles dont l’emploi inopportun est le plus dangereux.
Dans le môme groupe d’eaux alcalines, il en est d’autres, moins puissantes à la vérité, dont l’utilité n’est pas moins grande et qu’il faut savoir manier à propos.dans les cas où les eaux de Vichy ou de Carlsbad seraient trop actives et pourraient être nuisibles.
Nous subdiviserons donc les eaux alcalines en trois variétés :
1° Les eaux bicarbonatées sodiques fortes de Vichy et de Vais et les sulfatées sodiques et magnésiennes de Carlsbad et de Marienbad ;
2° Les bicarbonatées sodiques faibles de Royat, de la Bourboule, de Neunahr, de Bilin, d’Ems, de Wildungen;
3° Les bicarbonatées bu sulfatées calcaires de Pougues, de Contrexéville, de Vittel.
A. — Bicarbonatées et sulfatées sodiques fortes. — Le type des eaux alcalines antidiabétiques est Vichy, dont les eaux contiennent en moyenne de 3 à 5 grammes de bicarbonate de soude par litre. Lorsqu’on prescrit Vichy avec discernement, lorsque cette prescription est justifiée par l’âge et l’intensité du diabète, la vigueur du sujet,' l’état de ses différents organes, les effets de la cure se font sentir avec une rapidité et une sûreté remarquables. On voit dès les premiers jours le sucre diminuer en même temps que l’urine devient
alcaline, la fréquence des mictions s’atténuer et se rapprocher du type normal, la polyurie nocturne disparaissant; on constate un arrêt de Tamaigrissement et souvent une augmentation marquée du poids, et enfin la diminution rapide du volume du foie. Cette diminution de la matité hépatique est d’autant plus marquée que l’amélioration est plus tranchée. On peut, pour ainsi dire, dans la généralité des cas, mesurer l’action de la cure thermale au retrait plus ou moins rapide du foie, qui finit par ne plus dépasser le rebord costal, alors qu’avant l’usage des eaux la matité hépatique descendait à trois ou quatre travers dé doigt au-dessous.
La glycosurie peut disparaître complètement, et nous avons vu des malades qui Urinaient S à 6 litres par jour avec 50, 60, 80 grammes de sucre par litre, revenir de Yichy ne présentant plus trace de sucre dans l’drine et débarrassés de leur polyurie.
Cette amélioration n’est, il est vrai, que passagère, et les cas de guérison absolue doivent être tenus pour exceptionnels. Au bout d’un temps variable, on voit reparaître tous les symptômes du diabète, parfois cependant atténués. Mais l’effet de la cure n’en est pas moins utile, en ce sens qu’il devient dès lors plus facile, à l’aide d’un régime mitigé et de quelques moyens pharmaceutiques, de maintenir le diabète dans des limites compatibles avec la santé. De temps à autre, une cure d’eau de^Vichy à la maison, une nouvelle cure
LES EAUX MINÉRALES DANS LE DIABÈTE 131 annuelle soit à Vichy même, soit à des eaux plus faibles, contribuent à assurer l’équilibre pendant de longues années.
L’action des eaux de Vais 1 est semblable à celle des eaux de Vichy; leur constitution est à peu près la même; elles renferment de 3 à 9 grammes de bicarbonate de soude par litre. Il serait difficile de leur trouver des indications différentes. Gantani déclare cependant qu’il les préfère aux eaux de Vichy « tant pour leur action puissante sur les organes digestifs que pour leur action tonique reconstituante générale ». 11 ne faudrait pas s’abuser sur cette action tonique et reconstituante. Les eaux de Vais sont reconstituantes au même titre que les eaux de Vichy, tant qu’elles sont données à propos dans certaines formes et à certaines périodes du diabète. Elles reconstituent en ce sens qu’en modifiant d’une manière favorable la nutrition des diabétiques, elles suppriment ou atténuent l’excès de désassimilation qui les épuise. Mais elles ne sontpas toniques au sens ordinaire du mot, à la manière, par exemple, des eaux ferrugineuses, et il faut se garder d’en faire un usage excessif ou de les prescrire chez des diabétiques débilités.
On peut les donner, dans les cures faites à la maison, de préférence à celles de Vichy, comme le faisait Bouchardat, ou alterner l’emploi de ces deux variétés d’eaux alcalines. Bouchardat faisait boire dans la mati-
née 2 ou 3 demi-verrées d’eau de la source Précieuse, le reste du litre étant bu dans la journée, une demiheure avant chaque repas et le soir en se couchant. Il prescrivait l’eau de la source Saint-Jean, qui est la plus faible, pour couper le vin aux repas. Pour les glycosuriques constipés, il recommandait un verre de la source Magdeleine, dans lequel on ajoute depuis une cuillerée à café jusqu’à une cuillerée à dessert de crème de tartre soluble.
Les eaux de Carlsbad sont des sulfatées sodiques et magnésiennes. Ce sont les sources du Sprudel et de la Muhlbrunner qu’on utilise surtout dans le diabète en boissons et en bains. La quantité d’eau prescrite est à peu près la même qu’à Vichy, S à 6 verres par jour de ISO grammes chacun.
L’action n’est pas moins énergique que celle de Vichy. L’eau de Carlsbad, dit Seegen, diminue, même dans les formes les plus graves, les symptômes pénibles tels que la sécheresse de la bouche, la soif et les envies fréquentes d’uriner. La glycosurie baisse rapidement ; dans 50 0/0 des cas, Seegen déclare avoir vu le sucre disparaître complètement de l’urine. L’action des eaux de Carlsbad, dit il, peut se résumer dans ces mots : diminution dans la formation du sucre.
Mais, ajoute-t-il, les résultats de la cure seront d’autant moins favorables que l’état sera plus grave ou, pour mieux dire, que les troubles de la nutrition seront