II. — Eaux chlorurées et ferrugineuses
Si la cure alcaline est interdite aux périodes avancées Hu diabète ou dans le diabète compliqué, le traitement hydro-minéral peut encore, même dans ces cas, rendre de signalés services, et, tout en n’agissant pas directement sur la glycosurie, en modifier cependant heureusement les caractères, en agissant sur 1 état général. Ce sont les eaux chlorurées et fèrrugineuses qu’il faut savoir utiliser dans ce but.
Parmi les chlorurées, nous citerons les eaux de Hombourg, de Kissingen, de Wiesbaden, de Kreuznach, d’Uriage, de Bourbonne. Parmi les ferrugineuses, celles de Forges, Spa, Saint-Moritz, Schwalbach, Franzensbad.
Toutes ces eaux sont reconstituantes et agissent à la manière des toniques et des stimulants ; elles activent le
processus nutritif que restreignent les eaux alcalines.
Pour les eaux ferrugineuses, il n’est pas besoin de démonstration. Mais pour les chlorures, les recherches de Boussingault, de Barrai, de Voit, de Delin, prouvent que ces sels agissent en sens inverse des bicarbonates et des sulfates alcalins, qu’ils excitent le travail intérieur des cellules organiques et que sous leur influence il y a augmentation du poids du corps et augmentation de l’excrétion de l’urée.
Neubauer et Roth ont fait les mêmes cons tatations avec l’eau de Wiesbaden; Dietz avec, l’eau deHombourg; Beneke avec l’eau de Nauheim.
Autant ces eaux sont donc inutiles et même dangereuses aux périodes initiales du diabète, quand l’azoturie par hypernutrition est très marquée, autant leur indication devient pressante quand le diabétique épuisé et arrivé à la déchéance organique ne fournit même plus la quantité d’urée normale.
Sous l’influence d’une eau ferrugineuse ou chlorurée, on voit souvent, en même temps que les forces augmentent, la glycosurie diminuer. C’est d’ordinaire l’appétit qui se relève d’abord ; de là une nutrition plus satisfaisante et une tendance à l’augmentation de l’urée. Bientôt le système musculaire participe au bénéfice de cette amélioration; la sensation de fatigue et de courbature au moindre exercice, si pénible et si prononcée chez les diabétiques cachectiques, s’atténue; la contrac-
tion musculaire devient plus active, et c’est à ce retour de l’action musculaire qu’est due, en grande partie, la diminution de la glycosurie. Les muscles constituent, ainsi que nous l’avons dit, un des agents les plus puissants de la combustion du sucre. Lorsque la cachexie s’établit, la fibre musculaire appauvrie n’existe pour ainsi dire plus; son fonctionnement chimique est à peu près nul. Qu’elle reprenne de son énergie sous l’influence de la cure thermale et l’on verra son action sur la destruction du sucre reparaître et se traduire par une diminution de la glycosurie.
Nous conseillons surtout les eaux ferrugineuses, Forges, Spa, Saint-Moritz, quand l’état cachectique existe seul, dégagé de toute complication, et est le résultat direct d’un diabète prolongé. Nous faisons même volontiers, à une période moins avancée, suivre une cure d’eau sodique faible ou d’eau calcaire par une cure ferrugineuse.
Lorsqu’à l’état cachectique se trouvent associés des troubles dyspeptiques, de l’atonie gastro-intestinale avec inappétence et constipation, nous prescrivons plutôt Kissingen et surtout Hombourg, qui possède des sources chlorurées légèrement ferrugineuses.
Chez les diabétiques neurasthéniques, Gastein,Royat, Néris, nous ont donné de bons résultats.
Dans certains cas d’épuisement diabétique avec appréhension de tuberculose pulmonaire, nous avons con-
seillé avec succès les eaux chlorurées de Baden, de Bourbonne-les-Bains. Si la tuberculose est bien établie, la Bourboule et le Mont-Dore restent les meilleures eaux à recommander.
Dans des conditions analogues, nous avons cependant aussi recours aux eaux sulfureuses des Pyrénées, Eaux- Bonnes, Cauterets.
Chez les enfants, dont le diabète revêt si rapidement des allures graves avec épuisement rapide, les seules cures thermales qui nous paraissent utiles sont les cures chlorurées. Il est bien rare que les eaux alcalines même faibles soient indiquées. Nous conseillons parfois Salies-de-Béarn, mais plutôt Uriage ou Kreutznach, qui sont bien moins énergiques.